LIVRE SECOND, CHAP. III
obéissance ; que les premiers, s'estans corrompus en malice, sont ennemis de tout bien, et par conséquent de toute l'Église; les seconds, ayans esté préservés par la grâce de Dieu , sont ministres pour glorifier le nom de Dieu et servir au salut de ses esleus.
8 . Nous croyons que non seulement il a créé toutes choses, mais qu'il les gouverne et conduit, disposant et ordonnant selon sa volonté de tout ce qui advient au monde. Non pas qu'il soit autheur du mal, ou que la coulpe lui en puisse estre imputée, veu que sa volonté est la reigle souveraine et infaillible de toute droiture et équité, mais il a des moyens admirables de se servir tellement des diables et des meschans, qu'il sçait convertir en bien le mal qu'ils font et duquel ils sont coulpables. Et ainsi confessant que rien ne se fait sans la providence de Dieu, nous adorons en humilité les secrets qui nous sont cachés, sans nous enquérir par dessus nostre mesure, mais plustost appliquons à nostre usage ce qui nous est monstre en l'Escriture saincte pour estre en repos et seurté, d'autant que Dieu, qui a toutes choses subjectes à soi, veille sur nous d'un soing paternel, tellement qu'il ne tombera point un cheveu de nostre teste sans son vouloir, et cependant tient les diables et tous nos ennemis bridés en telle sorte qu'il ne nous peuvent faire aucune nuisance sans son congé .
9. Nous croyons que l'homme, ayant esté créé pur, entier et conforme à l'image de Dieu, est par sa propre faute décheu de la grâce qu'il avoit receue, et ainsi s'est aliéné de Dieu, qui est la fontaine de justice et de toul bien, en sorte que sa nature est du tout corrompue ; et, estant aveugle en son esprit et dépravé en son
cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir rien de résidu. Et combien qu'il y ait encores quelque discrétion du bien et du mal, nonobstant, nous disons que ce qu'il y a de clarté se convertit en ténèbres quand il est question de chercher Dieu, tellement qu'il n'en peut nullement approcher par son intelligence et raison. Et combien qu'il ait volonté, par laquelle il est incité à faire ceci ou cela, toutesfois elle est du tout captive soubs péché, en sorte qu'il n'a nulle liberté à bien que celle que Dieu lui donne.
10. Nous croyons que toute la lignée d'Adam est infectée de telle contagion, qui est le péché originel et un vice héréditaire, et non pas seulement une imitation, comme les Pélagiens ont voulu dire, lesquels nous détestons en leurs erreurs, et n'estimons pas qu'il soit besoin de s'enquérir comment le péché vient d'un homme à l'autre, veu que c'est bien assez, que ce que Dieu lui avoit donné n'estoit pas pour lui seul, mais pour toute sa lignée, et ainsi, qu'en la personne d'icelui, nous avons esté desnués de tous biens, et sommes tresbuschez en toute povreté et malédiction.
1 1 . Nous croyons aussi que ce vice est vrayement péché, qui suffit à condamner tout le genre humain, jusques aux petits enfans dès le ventre de la mère, et que pour tel il est réputé devant Dieu ; mesme qu'après le baptesme c'est tousjours péché quant à la coulpe, combien que la condemnation en soit abolie es enfans de Dieu, ne la leur imputant point par sa bonté gratuite. Outre cela, que c'est une perversité, produisant tousjours fruicts de malice et rébellion, tels que les plus saincts, encores qu'ils y résistent, ne laissent