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Chapitre VIII

Que devint la dispersion des Albigeois.

Toutes3 les villes des Albigeois estant perdues, et

1. Trencavel, n'ayant pu s'emparer de Garcassonne, mit le feu au bourg et se retira le 11 octobre 1240.

2. Ce fut dans Montréal et non dans Réalmont que Trencavel fut assiégé (octobre 1240).

3. Ce chapitre, par suite des lacunes précédentes, porte le n° vi dans l'édition de 1616. Il commence ainsi : « On se plaint que les histoires des Vaudois ont esté presque toutes falsifiées, il en faut mettre sur pieds ce qui se pourra briesvement, tant pour ce que les Réformez veulent que l'enseigne d'Israël ait esté relevée par eux, comme aussi parce que ceux-là ont espandu en divers royaumes les semences de ceux à qui ouvertement on a peu attribuer la réformation. Vous pouvez avoir leu le commencement de Valdo, qui donna son bien aux pauvres, en leur annonçant le' sentiment qu'il avoit de la religion, à cause de quoi sa suitte fut nommée les pauvres de Lion. Les plus curieux pourront avoir leu aussi la dispute de l'évesque de Pamiers contre un ministre demeurant à Lombes, nommé maistre Arnoltot, que quelques-uns depuis ont appelé Arnauldus. Le succez de ceste dispute esmut premièrement l'évesque d'Alby et plus de quarante villes de ce pais-là d'une part, et bien tost après, de l'autre, tous les pais méridionnaux de la France, puis tout Testât du royaume, contre lequel ils subsistèrent cent quarante ans, puis en fin

les misérables ayans esprouvé combien sont propres les grands aux affaires des petits, les uns s'atterrèrent sous le joug, cerchèrent dans la révolte une vie précaire, et, se cachant dans le mespris, après toutes extrémités, supportèrent que leur race fust séparée des autres, tenue comme de ladres, et sont ceux qui encores aujourd'hui sont appelés christiats et capots1.

Les autres, quittans leur pays pour leur religion, se retirèrent selon leurs moyens, adresses et cognoissances, les uns en Angleterre, les autres en Bohême, les autres aux montagnes de Savoye et ailleurs.

Les Anglois les reçeurent avec toutes sortes d'inhumanités. Nous trouvons entr'autres d'un Gérard et de dix huit hommes et femmes avec lui, qui furent condamnés à périr de faim, et par les injures de l'air ; car, après une défense publiée sur peine de mort, de leur donner eau, feu, pain ne couvert, ils furent despouillés nus et finirent leur vie par les rues de Londres, en un monceau, pour cacher leurs parties honteuses, chantans jusques aux derniers soupirs un

deffaits, quand les princes de leur parti, comme il advient souvent, virent d'un costé trop de péril et de l'autre des récompenses. Donc, après les massacres différents que fit faire le comte de Montfort et l'armée du roy en Avignon, les hommes bruslez à centaines dedant les granges, la comtesse de Gramin lapidée dedans un puits, de sept à huit cents esteints de sang froid par morts exquises, toutes leurs villes estant perdues, ils se retirèrent selon leur connoissance et moyens, les uns en Angleterre, les autres aux montagnes de Savoie, les autres jusqu'en Bohême.

Les Anglois les reçeurent »

i. Cagots. L'opinion de d'Aubigné sur l'origine de ces parias est digne d'être remarquée, bien qu'elle ne soit pas d'accord avec les recherches modernes. Voir Y Histoire des races maudites de M. Francisque Michel.

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