‹ Histoire universelleChapitre 164 sur 332 · LIVRE SECOND, GHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, GHAP. VIII

cantique qui avoit pour subject : « Bienheureux sont « ceux qui souffrent persécution pour justice. »

Ceste doctrine fut illustre au xme siècle par Wiclef *, docteur en théologie, qui la fit recevoir au duc de Lancastre2, au chancelier Zeigli3 et à plusieurs comtes et milors d'Angleterre ; depuis , favorisée par le roi Edouard4, guerroyée par Richard5, et, à la sollicitation du chancelier Halob6, tellement persécutée que ceux qui peurent allèrent trouver leurs frères en Bohême.

Là encores, maltraictés par Wenceslaus7; mais les constantes morts des persécutez donnèrent vie à ceste religion. Les spectacles des feux et supplices publics envoyèrent des messagers par toutes les parts d'Allemagne, de Pologne, et par toutes les parties des pays septentrionaux, toutes ces parts de l'Europe ayans espousé ceste doctrine. Pour y remédier, le concile de Constance fut ordonné, où vindrent, sous la foi et

1. John de Wicleff, né en 1324 à Hipswell dans le Yorkshire, mort, le 31 décembre 1387, à Lutterworth, dans le comté de Leicester.

2. Jean de Gand, duc de Lancastre, troisième fils d'Edouard III et de Philippine de Hainaut, né à Gand en 1339, régent à la mort d'Edouard III (juin 1377), mourut en 1399.

3. Ce nom est méconnaissable. Au moment des débuts de Wicleff, la chancellerie d'Angleterre était occupée : en 1367, par Wickham; en 1371, par Shorpe; en 1372, par Knyver.

4. Edouard III, né le 13 novembre 1312, prit "Wicleff pour chapelain, et mourut le 21 juin 1377.

5. Richard II, né le 13 avril 1366, à Bordeaux, mort en Ecosse en février 1400.

6. Probablement Michel de la Pôle, nommé chancelier d'Angleterre le 13 mars 1383.

7. Wenceslas IV, roi de Bohème et empereur d'Allemagne, né le 26 février 1361 à Nuremberg, mort le 16 août 1419 près de Prague.

sauf-conduit de l'empereur1, Jean Hus et Hiérosme de Prague (quelques uns ont voulu que le dernier fust sans saufconduit). Lesquels, après longue prison et dispute, furent bruslés, le dernier ayant trempé un an dans un cachot. La fermeté et bonne grâce de ces deux vieillards eurent pour spectateurs tant de prélats, que quelques uns en furent esmeus. Et, dès lors, courut une lettre par l'Italie de Poge2, florentin, non sans quelques contradictions imprimée. Ces escrits animèrent merveilleusement les esprits en Italie, et plus les âmes en Germanie. Zisca, avec 40,000 hommes, fit la guerre à l'empereur Sigismond et aux ecclésiastiques pour avoir faussé la foi et maintenu l'article du concile, qui permettoit et commandoit de fausser le serment donné, ne pouvant ce guerrier et ses compagnons recevoir les exceptions et différences de foi. L'empereur, secouru d'Hongrie, de la Moravie, de la Bohême, de l'Alemagne, de Danemarc, d'Italie, d'Espagne et de Portugal, avec tout cela plusieurs fois rompu par Zisca, quoi qu'il eust perdu les deux yeux en divers rencontres, fut contrainct de traicter avec lui. Zisca mourut en l'allant trouver, attiré, comme plusieurs, au piège des réconciliations. Et, comme on l'importuna de disposer de son enterrement : « J'or- « donne, dit-il, que mon corps soit escorché ; j'en donne « la peau par testament aux compagnons pour faire « un tambour, le son duquel fera fuir leurs ennemis. »

1. Sigismond, empereur d'Allemagne, né le 14 février 1368, mort à Znaim le 9 décembre 1437.

2. Jean-François Poggio Bracciolini, né à Terranova, près de Florence, en 1380, a laissé de nombreux écrits. Il mourut à Florence le 30 octobre 1459.

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