LIVRE SECOND, CHAP. IX
venir au combat, et s'effrayèrent tellement que plusieurs se noyèrent en un ruisseau qu'ils vouloient passer en fuyant. De mesme effroi, les moines quittèrent l'abbaye, de laquelle les ministres empeschèrent le ravagement.
Les garnisons y retournèrent en plus grand nombre, et les hontes qu'ils reçeurent occasionnèrent le duc4 d'y envoyer une juste armée conduite par le sieur de la Trinité2. Le premier combat contre ce général fut près le village de la Tour, dans des vignes au pendant de la coline3. Là, environ cent villageois, armés de fondes et de quelques arbalestes, arrestèrent sur cul ceste armée, qui, de là, tourna à Villars et Taillaret, d'où le peuple fuit encores aux montagnes. Là ralliés, ayans fait la prière, tournèrent teste et mirent en fuite les forts jusques dedans la plaine.
Le général, recognoissant l'effroi des siens, et luimesme estonné de ces merveilles, amadoua par divers messagers ces peuples, leur persuadant que tous ces combats n'estoyent advenus que par les escapades des soldats.
Ces simples gens, se contentans des simples promesses, posèrentlesarmes, esloignèrent leurs ministres, qui n'estoyent pas de cest advis, reçeurent garnisons, et lors furent traictés sans rémission. Les soldats estoyent les parties, les juges et les exécuteurs. Cestoit à qui trouveroit des morts plus ingénieuses et des tourments plus exquis; ils en firent mourir à petit