LIVRE SECOND, CHAP. IX
Nostre-Seigneur l'ennemi de Dieu. C'est ce Dieu, la puissance suprême duquel doit estre considérée sur toutes les puissances du monde, et le serment à lui preste, dispensé de tout serment à lui contraire.
« Quant à la simplicité que vous cognoissez en nous, Dieu la bénit, pour ce qu'il n'a que faire des grandeurs de la terre, à parfaire les choses grandes. Les instruments les plus abjects lui ont souvent esté les plus agréables. Assez sages sont les conseils que son esprit met en avant, assez hardis sont les cœurs qu'il eschauffe, assez vigoureux les bras qui sont fortifiez par lui. Nous sommes ignorants, et n'affectons éloquence que de prier avec foi. Et, quant à la mort de laquelle on nous menace, la foi du prince est plus prétieuse que nos vies ; et, en tout cas, celui qui a bien au cœur la crainte de Dieu n'y a pas celle de la mort. »
Telles paroles esmeurent Ghassincourt à la réformation, esmeurent les plus tendres de cette cour, si bien qu'ils obtinrent un édict portant liberté et exercice de leur religion, quelque payement de deniers et la réception d'un fort à la discrétion du prince. Faict et accordé cest édict, l'an 1561 .
Il a falu suivre ceste branche d'Albigeois jusques à ce point pour monstrer la naissance de petites estincelles qui, de si grand feu, ont embrasé la chrestienté. Il faut adjouter que ce qui eschauffa et confirma les courages à tant de périls et à la longueur de tant de labeurs fut que cette confession se vit en mesme temps signée de tant de sang. Parmi tant de nations différentes à la fois, tant de constances esmerveillables parurent, que les spectateurs mescroyent leurs yeux d'avoir veu, et les escrivains d'avoir fidellement rap-
porté. Il advint que, pour confirmer la vérité de ces choses estranges, ceste religion estant receue principalement par les hommes de lettres, il y eut fort peu de siège de justice en France, où il n'y eust quelque officier favorisant ceste doctrine. Par le moyen de ceux-là, ceux qui compilèrent le gros livre des martyrs garentirent leurs rapports par des actes et procès entiers tirés des greffes1, si bien qu'avant l'année 1 562, à laquelle ce livre touche, ce recueil contenoit ce que vous verres au chapitre suivant.