LIVRE SECOND, CHAP. XIV
Les Parlements, qui enclinoyent aux droicts naturels et à ce qui estoit le plus françois, s'estonnèrent quand, après leur harangue de consolation, la Roine leur déclara qu'elle vouloit entièrement dépendre de ceux de Guise, et avoit pour ennemis ceux qui s'y opposeroyent4. Telles paroles, avec une contenance composée à propos, joinct aussi la mémoire de la mercuriale, donnèrent la crainte pour leçon aux sénateurs de France. Cependant les princes de Gondé et de la Roche-sur- Yon, Andelot, nouvellement réconcilié avec lui d'une brouillerie qu'on avoit jette entr'eux2, le vidame de Chartres, Boucart3 et plusieurs seigneurs de marque se rallièrent à Vendosme4. Quelques uns de ceux-là, instruits du connestable, lequel, n'ayant
1. La reine ne fit aucune déclaration officielle de ce genre, mais le roi, le lendemain même de son avènement, signifia à son conseil et à une députation du Parlement qu'il avait donné au duc de Guise et au cardinal de Lorraine la charge des armes et des finances (Lettre du duc d'Albe et de Ruy Gomez de Silva à Philippe II, du 11 juillet 1559; orig. espagnol; Arch. nat., K. 1492, n' 50).
2. Le prince de la Roche-sur- Yon et d'Andelot avaient brigué tous deux la main de l'héritière de Laval. D'Andelot l'avait emporté. Un jour, au retour de Saint-Germain, s'apercevant que le prince le suivait, il avait coupé de son épée la corde du bac. La Roche-sur- Yon avait juré de se venger. Cf. de Thou, liv. XXIII.
3. Jacques de Boucart, grand maître de l'artillerie des huguenots pendant la guerre civile, mort en mai 1569. Les documents du temps le nomment indifféremment Bocal ou Bocard. Il signait Boucart (F. fr., vol. 3141, f. 32). Au conseil du roi, en 1565, il prononça une harangue qui est imprimée dans les Mémoires de Condé, t. V, p. 367.
4. Tous les mécontents assistaient à la conférence de Veniôme. DaVila est, des historiens du temps, celui qui donne le plus de détails sur cette réunion {Histoire des guerres civiles, trad. Baudouin, in-fol., t. Ier, i>. 27).
rien à opposer aux Guisars que les Bourbons, n'oublioit rien à les intéresser pour les faire garands de sa grandeur, mesmes pour appaiser un petit chagrin, duquel il avoit donné la cause à ce prince, en oubliant la Navarre aux traictez de la dernière paix1. Geste offense fut en cela plus pesante qu'elle avoit eu pour interprètes les émissaires des Lorrains, et mesmes quelques domestiques des Bourbons gaignés, entre autres le sieur des Gars2 et Bouchard3, chancelier de Navarre. Ceux-là mesmes rendirent vaines les harangues, les doctes et courageuses remonstrances, tant de vive voix que par escrit, que leurs maistres recevoyent de tous costés. Tout ce qu'on peut obtenir de lui fut qu'il iroit à Paris pour taster les volontés de la cour de Parlement. Là, trouvant la terreur que nous avons déduite, il fit ceste mauvoise provision de courage qui parut au succès de ses affaires.
Le connestable4, allant à la cour à S. Germain en Laye, la trouva froide pour lui5. Il parla au Roi de ses
1. Les députés du roi de Navarre, admis aux conférences de Gercamp, le 12 novembre 1558, n'avaient été appuyés par aucun des plénipotentiaires de Henri II (Galland, Mémoires sur la Navarre, Preuves, p. 72).
2. François de Peyrusse, comte d'Escars (ou mieux des Gars), favori du roi de Navarre, fut envoyé à Rome et en Espagne pendant le règne de Charles IX, reçut une compagnie d'ordonnance en 1561 {Commentaires de Monluc, t. IV, p. 138 et 146), fut nommé lieutenant du roi en Guyenne (F. fr., vol. 15875, f. 241), gouverneur de Limoges en 1568 et chevalier du Saint-Esprit en 1578.
3. Amaury Bouchard, chancelier de Foix et Béarn, passait pour être vendu aux Guises (Bordenave, p. 87). La Planche dit qu'il désavoua plus tard sa conduite (édit. Mennechet, p. 283).
4. Var. de l'édit. de 1616 : « Le connétable aussi tâta la cour... »
5. Le connétable se rendit à la cour le 15 août. La Planche se trompe en datant cette démarche des premiers jours qui suivirent