Chapitre XV
Persécutions, massacres, puissance de ceux de Guise.
Cette saison produisit à Paris deux tesmoins, qui firent courir un bruit commun par la ville que les réformés s'assembloyent de nuict pour manger un cochon en guise d'agneau paschal; cela faict, tuoyent les chandelles pour paillarder confusément les uns avec les autres. Si bien qu'un des deux se van toit d'avoir empoigné la fille d'un advocat de la place Maubert, où telle assemblée s'estoit faicte. Ces deux compagnons mis en avant par Démocharès, inquisiteur, présentés au président S. André, par lui au cardinal de Lorraine, de là à la Roine mère, ouïs publiquement, le Conseil voulut que perquisition en fust faicte par le chancelier, ce qu'il fît si expressément et de si bonne foi, qu'estans convaincus de fausseté et d'avoir esté instruicts à cela par un curé, le cardinal empescha la punition que la cour du Roi et celle de Parlement en demandoyent. Le cardinal, au contraire, les fit récompenser pour avoir dit vrai en quelque chose ; fit piller la maison de l'advocat; le père et la mère prisonniers, les enfans moururent presque de faim par les rues. Telle estoit la haine publique vers les réformés et la crainte de les favoriser1. On voulut traicter de mesme la maison du Viscomte2 aux faux-
1. Cet avocat se nommait Trouilhas. La Planche a donné de grands détails sur cette affaire (édit. Mennechet, col. 36).
2. Le Vicomte était un hôtelier de la rue des Marais-Saint- Germain, accusé de pratiquer la réforme. Ce fut pendant le