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LIVRE SECOND, CHAP. XV

esprits et les eut, la plus part, ameutez à purger la cour et l'Estat de la maison de Guise, sans que les prescheurs travaillèrent à rendre la passion de religion la principale, joint aussi que plusieurs participoyent aux bien-faicts et honneurs des Lorrains.

Advint que la cour estant pleine de seigneurs accourus à la nouveauté d'un Roi, et, comme il advient tousjours à la fin d'une longue guerre, qui demandoient les récompenses de leurs labeurs et périls, comme de leur droict et non par pitié, ces possesseurs de l' Estât ne selaschent point, mais, pour rembourser tout d'une pièce tous ces fâcheux, firent publier un édict couché par le cardinal, et portant ces termes : que tous ceux qui estoient à la cour, pour demander quelque chose en leur particulier, eussent à desloger de Fontainebleau dans vingt-quatre heures, sur peine d'estre pendus, sans figure de procès, à une potence plantée pour cet effect devant le chasteau1. Cette imprudence, non commune à ceux d'où elle sortoit, ulcéra plusieurs capitaines et soldats, qui allèrent de tous costez cercher à estre mis en besongne. Et je croi que ce despit fomenta un bruit qui courut lors parmi le peuple, c'est que le Roi, qui avoit la face plombée et boutonnée, l'haleine puante, et autres mauvois signes de santé, faisoit ravir des enfans de cinq à six ans autour de Blois, où il s'estoit retiré pour changer d'air, pour humer de leur sang chaud et se baigner dedans, et par ainsi corriger celui du Roi, corrompu en toute sa masse.

Les uns disoient que les ennemis des Lorrains fai-

i. De Thou et Brantôme rapportent le fait (1740, t. II, p. 699) d'après La Planche, mais l'édit ne figure dans aucun recueil.

soyent courir ce bruit pour les rendre exécrables, les autres qu'cux-mesmes en estoient autheurs, ayans dès lors envie de rendre odieuse la race royalle. On empoigna quelques uns de tels porteurs de nouvelles, lesquels on fit mourir, entre ceux-là un qui maintint jusques au dernier soupir avoir esté employé à ceste besongne par monsieur le cardinal1.

Toutes ces choses sont douteuses ; cette-ci vraye que la Roine avoit eu ses menstrues si tard 2, que son fils estoit de ceux qu'on appelle mal-nez, ne se purgeant ni par le nez, ni par la bouche, laquelle il portoit ouverte pour prendre son vent, dont se forma un abscez à l'oreille; et puis ses coliques fréquentes, marques mortelles à tel aage, ne promettoient de lui aucune durée aux plus advisez3. Quoi que ce fust, les réformés, par la mort du criminel et par escrits, se purgèrent d'avoir apporté ce blasme au sang royal.

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