LIVRE SECOND, CHAP. XVI
de cette mort, et d'avoir résolu avec plusieurs autres de mettre le feu par tous les coins de Paris, pour ce pendant forcer les prisons et emmener les criminels de leur religion; cela fît faire l'édict de Ghambor1, exiger quatre chambres pour vuider les prisons. C'est ce qui donna aux réformez de quoi remplir le livre de leurs martyrs.
Cette saison fut horrible de supplices. Mesmes pour donner plus d'amorces à ces embrazemens, les prestres firent mettre par les carrefours des villes, principalement de Paris, force images bien parées, fournies de cierges allumez tousjours. Ils instruisirent aussi les fainéans de se tenir aux quantons2, chantans des Salve Regina. Ceux-là contraignoyent les passans de s'agenouiller, payer la chandelle ; et, si quelqu'un refusoit ou ne ployoit pas les genoux avec assez de révérence, quelquesfois , s'il avoit un trop bon manteau, il se trouvoit assommé de coups et traîné par les boues en prison. Ce dur traitement apprit aux particuliers à désirer le changement et cercher un chef. Le Roi de Navarre, qui estoit regardé de tous pour tel, estoit lors employé à conduire Madame Elisabeth3 en Espagne avec de belles formalitez sur les rangs; et d'ailleurs amusé par un Albuquerque4, qui l'affrianda de vaine
1. Il y eut deux édits signés à Ghambord contre les séditieux, le 17 décembre 1559. Ils sont imprimés dans le Recueil des anciennes lois d'Isambert, t. XIV, p. 12.