‹ Histoire universelleChapitre 229 sur 332 · LIVRE SECOND, CHAP. XVII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, CHAP. XVII

Là estoit amplement traitté jusques où s'estend l'obéissance aux Rois, à quelles causes et par quels moyens on peut prendre les armes, à qui il appartient les authoriser, si on peut appeller les estrangers, si eux peuvent donner secours légitimement. Ottoman4 fut longtemps et à tort soupçonné de cette pièce; mais depuis un gentilhomme françois2, vivant lors que j'escris, m'a advoué qu'il en estoit l'auteur. Mais3 il s'est trouvé enfin qu'il lui avoit donné le jour, l'ayant eu en garde par Hubert Languet4, de la Franche- Comté, agent en France pour le duc de Saxe5.

Tels escrits persuadèrent aisément ceux que la

1. François Hotman, né à Paris le 23 août 1524, embrassa la réforme en 1547, professa les belles-lettres et le droit à Lausanne, à Strasbourg, à Bourges, à Genève, et mourut à Bâle le 12 février 1590. Il a laissé de nombreux ouvrages d'étude et des pamphlets célèbres {De furoribus Gallicis, Franco Gallia, Brutum fulmen papas Sixti V adversum Henricum regem Navarrse). M. R. Dareste, en 1850, et M. Gougny, en 1874, lui ont chacun consacré une étude historique. M. Dareste a publié, en 1876, dans la Revue historique, de nouvelles recherches sur cet écrivain.

2. D'Aubigné désigne ici Philippe du Plessis-Mornay qui fut l'éditeur du pamphlet.

3. Ce passage, jusqu'à la fin de l'alinéa, manque à l'édit. de 1616.

4. Hubert Languet, né en 1518, embrassa la réforme en 1549, s'établit à Paris en 1560 et devint le correspondant de l'électeur de Saxe. Après la Saint-Barthélémy, il remplit les mêmes fonctions auprès de l'empereur. Il mourut à Anvers le 30 septembre 1581. Il a laissé de nombreuses correspondances en latin : Epistolx politicse et historix ad Ph. Sydnseum, 1633, in-12; Epistolœ ad Camerarium, 1646, in-12; et un ouvrage fort important, Arcana seculi decimi sexti, 1699, in-4°. M. Henri Ghevreul a publié, en 1856, une biographie d'Hubert Languet.

5. Auguste, surnommé le Pieux, second fils de Henri, duc de Saxe, et de Catherine de Mecklembourg, né le 31 juillet 1526, devint en 1553, après la mort de son frère Maurice, électeur de Saxe, soutint la réforme et mourut le 11 février 1586.

nécessité animoit, et qui, desebeofl d'avoir pour chef le Roi de Navarre, pour ses craintes et déportemens, eurent bien tost l'œil sur Louys, prince de Gondé1, né grand, prudent, courageux et pauvre. Les suffrages de tous ayant pris ce nom, il fut pourtant advisé de le cacher et faire tout sous le nom du sieur de la Renaudie de Périgort, dit laForest2, homme vaillant, diligent, et qui, chassé de France3, avoit passé un long temps en Allemagne et en Suisse, practiquant tous les fugitifs pour mesme cause que lui. Il choisit pour la conférence, premièrement le lieu d'Aubonne4,

1. Louis de Bourbon, prince de Gondé, frère cadet d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, né le 7 mai 1530, avait embrassé la réforme plutôt par ambition que par zèle religieux. Dès les premiers jours du règne de François II, le parti réformé, découragé par la faiblesse d'Antoine de Bourbon, avait choisi le prince de Gondé pour chef.

2. La Planche (édit. Buchon, p. 238) et La Popelinière l'appellent G-odefroy de Barry, mais Le Laboureur, qui donne des détails circonstanciés sur son origine, dit qu'il se nommait Jean du Barry, seigneur de la Renaudie, dit La Forest (Mémoires de Castelnau, 1731, 1. 1, p. 386). La haine des Guises était traditionnelle dans sa famille. Son beau-frère, Gaspard de Heu, seigneur du Buy, avait été pendu à Vincennes, le 4 septembre 1558, à la requête du cardinal de Lorraine, d'après YÉpistre envoyée au tigre de la France (édit. Read, 1875, p. 103). Le Père Griffet, dans Y Histoire de France du Père Daniel, t. X, p. 110, a consacre une étude historique à La Renaudie.

3. Quelque temps auparavant, La Renaudie avait plaidé contre Jean du Tillet, greffier en chef du parlement de Paris, au sujet de la cure de Champniers, en Angoumois, qui avait appartenu à son oncle et que du Tillet avait fait obtenir à ses frères. Dans le cours du procès, La Renaudie produisit des pièces fausses, fut condamné et emprisonné par arrêt. Le duc de Guise, à qui il s'était recommandé, le fit évader des prisons de Dijon (Brantôme, t. IV, p. 225). Voyez sur cette affaire une note de Secousse dans les Mémoires de Gondé, t. I, p. 332 et 333.

4. La Renaudie avait passé les derniers mois de 1559 à recruter

au pays de Vaux, pour résoudre la thèse générale, et puis, pour reigler l'exécution, Nantes, où lors estoit le parlement de Bretagne4. Là, s'estant rendu de chaque province un chef signalé, il les harangua2, meslant les raisons et les passions de si bonne grâce qu'il tira d'eux un serment solennel. Ils ad visèrent qu'il falloit commencer par une requeste, qu'il feroit présenter par personnes simples et sans armes, sur le refus de laquelle ils espéroient se saisir de ceux de Guise dedans Blois, se prosterner aux pieds du Roi et là déclarer le prince pour leur chef et administrateur du royaume. Après ils firent eslection de ceux qui devoyent r'allier les forces de divers endroits. Pour la Gascongne, futesleu Gastelnau3; pour le Béarn, Masères4;

des complices en Suisse (Bonnet, Lettres de Calvin, t. II, p. 382). Au commencement de janvier 1560, il les réunit à Aubonne, dans le pays de Vaud, puis à Lyon, chez un bourgeois de la ville, nommé Pierre de Terrasson (Enquête du 8 septembre 1560; Arch. des Basses-Pyrénées, E. 582).

1. A la suite de la réunion de Lyon, les conjurés se rassemblèrent à Nantes, le 1er février, dans une maison particulière qui appartenait, dit-on, à d'Andelot (La Planche, édit. Buchon, p. 239).

2. De Thou a prétendu publier le discours de La Renaudie (1740, t. II, p. 754), mais ce n'est qu'une harangue à la façon de Tite-Live. Voyez ci- dessus, p. 6. Dupleix prête également un discours à La Renaudie (Hist. de France, 1628, t. III, p. 604). Les deux textes ne se ressemblent pas.

3. Jacques de la Mothe, baron de Gastelnau en Ghalosse, de la maison de Tursan, en Gascogne (Mémoires de Gastelnau, 1731, t. I, p. 386, additions de Le Laboureur).

4. Le capitaine Mazères, originaire du comté de Foix, avait commandé en qualité de lieutenant deux compagnies de gens de pied sous les ordres d'Antoine de Bourbon, alors gouverneur de l;i Picardie (Lettre de Michieli, du 28 mars;' Dépêches vénit., filza 4, f. 32), et avait été envoyé dans le Levant avec le baron

pour le Limousin et Périgort, le Mesni1; pour la Xainctonge, Mirambeau2; pour le Poictou, S. Cire3 et son lieutenant Aubigné 4; pour l'Angoumois, le Loudonnois et la Touraine, Maillé-Braise 5; pour le Maine et Anjou, la Ghesnai6; pour le Chastelleraudois et Mirebalais,

d'Aramon (Brantôme, t. IV, p. 264). Sa femme faisait partie du cortège d'Elisabeth de Valois et avait accompagné la princesse à Madrid [Négoc. sous François II, p. 351).

1. Denis Daytz, seigneur de Mesmy, gentilhomme périgourdin, l'un des adversaires de Biaise de Monluc, condamné à mort par le parlement de Bordeaux et exécuté. Voyez les Commentaires, t. II, p. 351, note 2.

2. François de Pons, baron de Mirambeau, lieutenant de La Rochefoucauld, en Saintonge, pendant la guerre civile de 1562, prit une part active au soulèvement des huguenots, dans l'Ouest, en 1562, 1569 et 1574, assista aux états de Blois en 1576 et mourut après 1581. Brantôme lui reproche la faiblesse avec laquelle il défendit le château de Lusignan en 1569 (Brantôme, t. IV, p. 24).

3. D'après l'enquête sur les troubles de Lyon, du 8 septembre 1560 (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 582), le capitaine Saint-Gyr ne serait autre que Jean de Maligny, l'aîné des deux frères connus par leur haine contre les Guises. M. de Bastard, n'ayant pas connu cette pièce, n'a pu mentionner ce déguisement de l'aîné des Maligny dans la savante notice biographique qu'il a consacrée à ce personnage ( Vie de Jean de Ferrières de Maligny, in-8°, 1858).

4. Jean d' Aubigné, seigneur de Brie, en Saintonge, père de notre historien, prit une part active aux premières guerres civiles. En 1562, il était à Orléans, et fut chargé avec plusieurs autres seigneurs de conclure la paix d'Amboise. Envoyé en Guyenne pour y faire exécuter l'édit de pacification, il tomba malade à Amboise et mourut des suites d'une blessure qu'il avait reçue pendant le siège d'Orléans. Voyez la Notice biographique.

5. Maillé de Brézé, d'une illustre maison de Touraine, représentée alors à Tours par Simon de Maillé de Brézé, archevêque, qui, d'après La Planche, inclinait à la réforme.

6. Le seigneur de la Ghesnaye-Lalier, gentilhomme huguenot angevin, s'empara de Graon en 1562, et combattit auprès du prince de Gondé. Fait prisonnier à la fin de la guerre par les catholiques, il abandonna la réforme et reçut, en récompense de

Page 1