LIVRE SECOND, CHAP. XVII
le ministre de Ghiré4; pour la Bretagne, Montejan2; pour la Normandie, Saincte Marie du Mont3; pour Picardie, Coqueville4; pour Brie et Champagne, Malligni5; pour la Provence et Languedoc, Gastelloux et Mouvans6; et pour le Dauphiné, Montbrun7.
Ces conviez retournèrent de l'assemblée autant secrettement qu'ils y estoyent allez, chose esmerveillable à qui aura essayé combien le secret est difficile entre trois ou quatre, voire entre tant d'hommes de pais si différent, avant le serment preste, avant le parti formé ; le crime de lèze Majesté estant lors si horrible et si peu usité, avoir, contre la crainte et l'espérance, gardé le secret si précieusement que les Lor-
sa défection, l'enseigne de la compagnie du seigneur de Malicorne (Bèze, Histoire ecclésiastique, 1881, t. II, p. 121 et 122).
1. Ni La Planche ni de Bèze ne donnent la qualité de ministre au sr de Ghiré. Il y avait deux seigneuries de ce nom en Poitou.
2. Montejan, seigneur angevin, neveu du maréchal René de Montejan.
3. Jacques de Sainte-Marie ou son frère, tous deux capitaines normands, souvent cités dans l'Histoire ecclésiastique de de Bèze. L'un d'eux devint lieutenant du prince de Gondé à Gaen et gouverneur de Saint-Lô sous Mongonmery en 1562.
4. François de Coqueville, capitaine picard, fut fait prisonnier en 1568 et eut la tête tranchée à Paris (Brantôme, t. IV, p. 84 et 88).
5. Edme de Ferrières, dit le jeune Maligny, frère cadet de Jean de Maligny, dont nous avons parlé (p. 260, note 3), avait été guidon de la compagnie du prince de Gondé. Après la découverte de la conjuration, il eut l'audace de prendre un des chevaux du prince et s'évada. Il fut recherché avec d'autant plus de zèle qu'il avait accepté, disait-on, avec Mazères, de s'attaquer personnellement au duc de Guise. Voir La Planche, les Mémoires de Castelnau, t. II, p. 580, et la Vie de Jean de Ferrières de Maligny, in-8°, 1858, par M. de Bastard.
il. Gastelloux, probablement Ghastelus. — Paul de Richiend, seignour do Mouvans. Voyez le chap. xx de ce livre.
7. Charles du Puy, seigneur de Montbrun. Voyez le chap. x\ de ce livre.
rains en eurent les premiers nouvelles d'Italie et d'Allemagne. Je di que l'affliction preignante reserra leurs cœurs à la confidence, comme le froid reserre les choses étérogenées. Enfin, un seul François entre tant, plustost meu de peur que d'ambition et d'avarice, coupa la gorge à plusieurs hommes de marque et soldats; et, au dessein, ce fut l'advocat d'Avenelles1, chez lequel la Renaudie se logea aux fauxbourgs S. Germain. Cettui-ci, voyant sa maison pleine de ministres et hommes inconnus et son hoste tous les jours enfermé avec laRoche-Ghandieu2, appréhendant le péril, lui déclara qu'il vouloit fermer sa porte pour n'estre point ruiné; l'autre le voulut encourager par la beauté de l'entreprise, si bien qu'en disputant des difficultez ce jeune capitaine eut la géhenne de paroles ; car, pour prouver la facilité, il ouvrit les particularitez.
Avenelles donc descouvrit l'affaire au sieur de Marmagne3, maistre des requestes, créature du cardinal, qui l'envoya en poste trouver le duc de Guise. Le duc
1. Pierre des Avenelles, avocat, demeurait dans le voisinage de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Voir La Planche, édit. Buchon, p. 246.
2. Antoine de la Roche-Ghandieu, né vers 1534, fut un des principaux ministres de l'église parisienne. En 1572, il se retira à Lausanne et y professa la théologie. Vers 1578, il rentra en France et, en 1587, assista à la bataille de Coutras. Il mourut à Genève, le 23 février 1594, laissant un grand nombre d'ouvrages de théologie qui sont énumérés dans la France protestante.
3. La Planche et de Thou disent que des Avenelles révéla le secret du complot à un maître de requêtes nommé l'Allemand de Vouzay, familier du cardinal de Lorraine, lequel le révéla à Milet, secrétaire du duc de Guise. Des Avenelles et Milet partirent pour la cour et rejoignirent le roi sur la route de Blois, vers le 20 ou le 21 février.