LIVRE SECOND, GHAP. XX
ment venue ; mais il fît tuer les prestres et autres qui avoyent rompu la foi.
L'armée du Roi, à laquelle le comte de Suze1 estoit joint, trouve Montbrun avancé avec 400 hommes de pied et 50 chevaux. Ces gens de pied estoyent tellement logés que, s'ils eussent eu le loisir de laisser avancer leurs ennemis, ils desfaisoyent l'avant-garde entièrement; leur chaleur de foye fut cause qu'ils n'empoignèrent que les coureurs et les enfans perdus, et Gondrin fit la retraite à son gros, qui estoit en tout de 6,000 hommes. Depuis, il mina par patience cette troupe esgarée, sans retraicte et sans vivres, si bien que Montbrun, abandonné des siens, délibère de quitter le royaulme, accompagné de sa femme et d'un advocat, nommé Anthonian ou S. Anthoine2, qu'il estimoit le plus capable de son secret. Mais l'advocat voulut faire sa paix aux despens d'une perfidie, si bien qu'estans à Busquet3, il appella les habitans, les eschauffant de prendre le chef des Huguenots, et luimesme lui mit la main sur le colet, le prenant par sa chaîne d'or. Montbrun le porte par terre, le jette par la fenestre de l'hostelerie, se sauve la nuict par les montagnes avec l'habit d'un paysan, auquel il troqua
1. François de la Baume, comte de Suze, le principal adversaire de des Adrets et de Montbrun, amiral des mers du Levant, en 1578, chevalier de l'Ordre, en 1581, mort au siège de Montélimart, en 1587.
2. Mathieu d'Antoine, jurisconsulte, serviteur de Montbrun, le trahit, dit de Thou, en révélant à La Mothe-Gondrin les projets de son maître (De Thou, 1740, t. II, p. 817).
3. De Thou appelle ainsi le lieu où Montbrun faillit être victime de la trahison de d'Antoine, mais, d'après une note de Dupuy ajoutée à l'édition de 1740, il s'agit de Le Buis, qui est à une lieue de Mériudol (Drôme).
sa Juppé de velours. Sa femme trouva moyen de se desrober, et fut à Genève compagne de l'exil de son mari. Le mesme advocat fît prendre Guiotin et les deux Ghaligni1, qui furent gardés pour estre, puis après, confrontés au prince de Gondé.
La Provence, dès ce temps, sentit quelque altération par le sieur de Mouvans2, duquel le frère, quelque temps auparavant, en haine de la religion, avoit esté massacré par la populace de Draguignan3, son cœur et son foye jette aux chiens, et ces chiens assommés comme hérétiques pour avoir fait difficulté d'en manger. Ge Mouvans avoit failli Aix, et, se voyant descouvert, se mit à la campagne, abbatit les images sans piller les temples. Ayant sur les bras le comte de Tende, lieutenant du Roi, avec 6,000 hommes, lui n'en ayant que 500, se saisit de l'abbaye S. André4, où il fut investi aussitost. Le comte le fit venir sur sa parole, le prit à capitulation bien gardée, ce que n'approuvoit pas le baron de la Garde5, qui le chargea et le fit retirer à Genève.
1. Les deux frères Frey de Changy, chefs des réformés du Dauphiné, furent arrêtés dans leur maison par l'ordre du maréchal de Saint- André.
2. Paul de Richiend, seigneur de Mouvans, né à Gastellane, élu chef des religionnaires de Provence en 1560.
3. Antoine de Richiend, seigneur de Mouvans, frère de Paul de Mouvans, avait été massacré par la populace à Draguignan, dans les derniers jours de 1559.
4. Paul de Mouvans ne fut point pris au couvent de Saint- André par le comte de Tende. Celui-ci envoya La Garde pour reconnaître la place, et, s étant convaincu qu'elle était difficile à prendre, préféra négocier avec Mouvans (De Thou, 1740, t. II, p. 819).
5. Antoine Escalin des Aimars, baron de la Garde, dit le capi-