LIVRE SECOND, CHAP. XXI
ment de prinse de corps, le président de Thou, juge du Vidame1, le procureur général Bourdin2 et autres conseillers3 vindrent interroguer le prince, qui prolongea par refus et appellations, selon les advis que Robert et Marillac4, advocats, impétrez par la princesse de Condé5, lui donnoyent. D'autre costé, pour abréger les eschappatoires, Bourdin demanda que l'accusé, ne voulant respondre, fut tenu pour convaincu6. Durant ce procès, le Roi de Navarre fut adverti par un intime du duc de Guise qu'on le vouloit serrer, que le chancelier, ayant remonstré la difficulté de lui faire son procès, l'importance qu'il y auroit à mettre une telle teste en prison sans la couper, et l'offenser sans l'esteindre, on avoit délibéré de l'appeller en la chambre du Roi, lui dire pouilles, et, sur ses responses, comme ayant offensé le Roi, le poignarder, à quoi le duc de
i. Christophe de Thou, premier président du parlement de Paris, commis à l'instruction du procès du vidame de Chartres.
2. Gilles Bourdin, né à Paris en 1515, procureur général au Parlement, auteur d'un commentaire sur Aristote, mort le 23 janvier 1570.
3. Les autres conseillers étaient Barthélémy Faye et Jacques Viole, du parlement de Paris.
4. Pierre Robert et François de Marillac. Sur ces deux avocats, voyez les passages du Dialogue des avocats, de Loisel, cités par le comte Delaborde [Êléonore de Roye, p. 86, note).
5. Eléonore de Roye, née au château de Châtillon-sur-Loing le 24 février 1535, épousa, le 22 juin 1551, Louis de Bourbon, prince de Condé, et mourut le 23 juillet 1564. Le comte Delaborde a écrit sa vie (in-8°, 1876).
6. Condé refusait de répondre à une simple commission et invoquait, en sa qualité de prince du sang, le droit d'être jugé par le Parlement, toutes chambres réunies. Les phases de la procédure sont exposées dans les Mémoires de Condé, t. II, p. 379. Chantonay confirme une partie de ces détails (Lettre du 28 nov. à Philippe II; Arch. nat., K. 1492, n° 108).
Guise et le marcschal de Brissac devoyent donner les premiers coups. Ce prince affligé, appelé devers le Roi à l'heure assignée par l'advertisseur, tire à part le plus confident de ses serviteurs, lui dit sa résolution estre de mourir en jouant de l'espée à gauche et à droite, lui recommanda de recouvrer ses habillemens sanglans, les garder curieusement au prince de Béarn, son fils, pour, quand il seroit en aage de secret et de valeur, le conjurer au nom de Dieu, de son sang et de son honneur, d'en tirer vengeance. Et ainsi, faisant de la nécessité présente un courage tardif, il entre en la chambre, print la main du Roi et la baise. Ou soit que la pitié, ou soit que la crainte eust faict changer ce dessein, le duc de Guise sort, lui eschappant de dire entre les deux portes : « 0 que voilà un « prince poltron l ! »