LIVRE PREMIER, CHAP. IV
assiéger et prendre Pampelone par le duc d'Asparot1 . Là estoit capitaine Ignace Loyola2, lequel n'ayant pas esté heureux de l'espée, changea de robe et de profession, fut autheur de la secte des jésuites dont on parlera en son lieu. Deux ans après, Charles Quint mit sur pieds une grande armée et vint à Pampelone ; et puis, comme Pampelone avoit esté prise par la lascheté du capitaine espagnol, il prit Fontarabie par celle du gouverneur françois3; et, sans les empeschements de l'hyver et l'argent qui lui manqua, il eust enfoncé jusques en Aquitaine. Depuis ce temps, l'Espagne fut spectatrice des misères d'autrui, employa ses gens de guerre aux conquestes eslongnées, comme il apparoistra, quand nous traiterons à la fin de chaque livre des affaires des Indes. Or, pource que ce sont les Portugais, qui ont avec plus de labeur, d'humanité et de mérite, travaillé à ceste conqueste, nous réserverons de parler d'eux aux mesmes occasions.
1. André de Foix, seigneur de Lesparre, que d'Aubigné appelle duc d'Asparros, était frère de Odet de Foix de Lautrec et de Thomas de Foix de Lescun, tous deux maréchaux de France, et de la comtesse de Chateaubriand (Brantôme, t. III, p. 54).
2. Ignace de Loyola, né en 1461, soldat et capitaine, fondateur de la compagnie de Jésus, le 15 août 1534, élu général de l'ordre
le jour de Pâques de l'année 1541, mourut le 28 juillet 1556. D'Au- /bigné en parle avec plus de détail dans le chap. xxrv du livre III.
3. Fontarabie était défendue par don Pedro de Navarre, neveu du connétable de Navarre, don Louis de Beaumont, comte de Lérins, et par le capitaine Franget, lieutenant de la compagnie du maréchal de Ghastillon. La ville fut très mal défendue et se rendit après un semblant de résistance. Pedro de Navarre se retira en Espagne. Franget, arrêté d'après les ordres de Lautrec, fut conduit à Lyon, jugé et condamné à la dégradation. Du Bellay (Uv. II) et Biaise de Monluc (t. I, p. 64) ont raconté la prise de Fontarabie. André Favyn a donné le récit du procès de Franget [llist. de, Navarre, liv. XII, p. 731 el siiiy.j.