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LIVRE SECOND, CHAP. XXIV

chevaliers et seigneurs de la séance, desquels assez d'autres ont enflé leurs livres. Mon abrégé ne permet pas cela. Je viens au faict.

La première journée fut employée en la harangue du chancelier4, qui, ayant déduit doctement le devoir et l'utilité des Estats et des Parlemens, exhorta un chacun à mettre sous les pieds les divisions, traitta des causes de sédition, entre lesquelles il marqua la religion pour la plus puissante des malheurs qu'apporte deux religions en un royaume. Il tomba sur les dissolutions des ecclésiastiques, qui avoyent esmeu les changemens, vint aux remèdes, conclud au Concile, achevant par l'obéissance deue au Roi. Ce qui fut repris en cette harangue fut le trop d'eslévation de la Roine sur les princes du sang, et ce qu'il dit que le Roi n'estoit point subject aux loix contraires aux articles du sacre.

Les députez passèrent jusques au vingtiesme du mois à conférer leurs cayers. Le vingt-uniesme, l'advocat Lange2 harangua pour le tiers état longuement et doctement ; tel fut le sommaire de son discours :

« Que le peuple attribuoit à l'Église les causes des « divisions, aux divisions celles de sa misère. Que « trois vices principaux difformoyent les ecclésias- <r tiques, l'ignorance, l'avarice et la pompe. La pre- « mière, nourrice de toutes erreurs, se remarquoit des « plus grands prélats jusques aux moindres prestres ; « que ce mal estoit entré en l'Église par le mespris des

4. Ce discours est imprimé dans les OEuvres complètes de L'Hospital, édit. Dufey, t. I, p. 375.

2. Jean Lange, avocat, plus tard conseiller au parlement de Bordeaux.

« bonnes constitutions, par l'abbastardissement des « collèges, des graduez, nommez autresfois, esleus « pour leur sçavoir : que les prélats prenoient à honte « de prescher, les uns s'employans à eslever leurs « maisons par une infâme avarice, les autres par une « splendeur sans mesure à ruiner l'Église de biens et « de réputation. »

Ayant parlé en peu de termes des remèdes, il acheva par exhortations1.

Après Lange parla le sieur de Rochefort2 pour la noblesse. Ayant discouru sur l'establissement des loix, devoir du Conseil, origine et privilège de la noblesse, leurs bienfaicts envers l'Église, ses mesconnoissances envers eux, il se jette sur la mauvoise justice, sur les misères du peuple, mené par la nécessité aux séditions, pour ausquelles remédier la noblesse offre leurs vies et leurs biens ; à la fin de la harangue, il présente une requeste par escrit qui demandoit des temples pour la noblesse réformée ; cette requeste leue par un secrétaire d'Estat3.

Quintin4 commence, pour l'ordre ecclésiastique, par l'ancienne coustume de convoquer les Estats, desquels l'office gist en trois choses : premièrement, d'adviser à ce qui est du service de Dieu, puis aux misères du peuple, et, pour le tiers, aux affaires relatives d'entre le Roi et son Estât ; et, de tels commencemens, il entre

1. Le discours de Lange est publié ou analysé par La Place (p. 89), par La Popelinière (1581, t. I, f. 225) et dans le recueil de Mayer {Des états généraux, 1789, t. X, p. 348).

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