‹ Histoire universelleChapitre 279 sur 332 · LIVRE SECOND, CHAP. XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, CHAP. XXVI

À la convocation du 26 4 fut ouy le cardinal de Lorraine, disant que les Rois sont en l'Église et non au dessus ; que les évêques sont juges des empereurs et des princes; que les évesques recognoissent le pape pour leur supérieur ; que leurs authorités sont descendues par succession des apostres ; que l'Église catholique est non seulement des esleus, mais aussi des pécheurs qui, parmi le troupeau des brebis, doivent estre les chèvres et les boucs ; que l'Église a de beaucoup précédé l'Escriture en tout et partout. Puis, ayant traicté un mot du Sacrement, exhorta le Roi à garder les sentiers de ses père et frère2. Comme il achevoit, les prélats se levèrent, en tournèrent le Roi, le supplians de demeurer ferme en la religion catholique, et que, si les desvoyés vouloyent souscrire à ce que le cardinal de Lorraine a voit exposé, ils seroyent plus amplement ouïs es autres poincts, où ils disoyent vouloir estre instruicts ; autrement que toute audience leur fust déniée, et que Sa Majesté les renvoyast et en purgeast son royaume.

D'ailleurs, Bèze pressoit et requéroit le Roi qu'il lui fust permis de respondre sur le champ à toute la harangue du cardinal. Ce qu'ayant esté remis à une autre heure, les ministres présentèrent requeste au Roi ; demandoyent qu'estans venus de si loing sur la

par La Place (p. 168), que de Bèze a copié, mais non pas textuellement (t. I, p. 328), et par le président Montagne dans les fragments qui nous restent de sa grande histoire (F. fr., vol. 15494, f. 107 et suiv.).

1. La seconde séance du colloque eut lieu le 16 septembre 1561 et non pas le 26.

2. Le discours du cardinal de Lorraine est reproduit par La Place (p. 170) et par de Bèze (t. I, p. 332).

parole royale, il leur fust permis de conférer à l'amiable avec messieurs les prélats de France * ; cela déduict avec plusieurs raisons et exemples à ce propos. Ce qui ayant meu grand différent entre les prélats, ils s'accordèrent enfin de traicter en la chambre priorale du couvent de Poissi, où n'entreroyent que les douze ministres d'une part, cinq cardinaux et sept docteurs. Ausquels les ministres ayans envoyé, le jour avant la conférence, les poincts de controverse, tout se prépara au 23 décembre2. Le Roi, la Roine, le Roi de Navarre, quelques princes du sang et le chancelier entrèrent en ce conclave, continuant les séances jusqu'au trentiesme. Mais n'ayant rien avancé, au contraire s' aigrissant de plus en plus, ce colloque fut rompu et reiglé3, par l'entremise de la Roine, à l'évesque de Valence * et au docteur Despence 5, contre deux de

1. Cette requête est analysée par La Place (p. 178) et par de Bèze (t. I, p. 330).

2. La troisième séance du colloque eut lieu le 24 sept. 1561 et non pas le 23 décembre, dans la chambre priorale de Poissy. Cette séance et les suivantes sont racontées par La Place (p. 179, 189 et suiv.), de Bèze (t. I, p. 349), par une lettre de de Bèze à l'électeur palatin (Baum, Theodor Beza, Appendice, p. 88) et par une lettre de Tornabuoni, ambassadeur florentin (Négoc. de la France avec la Toscane, t. III, p. 463).

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