LIVRE SECOND, CHAP. XXVI
remédier aux affaires de la nation; et, pour finir, exhorta chacun à fuir les vices qu'il remarqua arriver es disputes ordinairement4.
Le cardinal de Tournon2, doyen des cardinaux et primat de France, ayant remercié Dieu de voir une telle assemblée pour un si bon effect, le Roi, la Roine et les princes, de l'honneur qu'ils leur faisoyent d'y assister, dit qu'il estoit préparé pour respondre, suivant leurs mémoires, aux poincts portés par les lettres à eux envoyées, pensant qu'on les deust proposer; mais, qu'ayant ouy autre chose de M. le chancelier, il ne fait response qu'avec l'advis de ses compagnons; et, partant, demanda deux fois par escrit au chancelier sa proposition, ce qui deux fois fut refusé3.
Ayant le cardinal de Tournon achevé, les douze ministres, docteurs et autres députés, au nombre de trente quatre4 en tout, menés aux barrières par le duc de Guise5, Bèze portant la parole, agenouillé avec ses
1. Le discours de L'Hospital est imprimé dans ses OEuvres complètes, t. I, p. 485.
2. François de Tournon, né en 1489, successivement archevêque d'Embrun, de Bourges, d'Auch et de Lyon, cardinal en 1531, le négociateur le plus employé du règne de François Ier, ambassadeur à Rome sous Henri II, mort le 22 avril 1562, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
3. Le discours du cardinal de Tournon est analysé par La Place, p. 158.
4. Toutes les listes données par les historiens du temps diffèrent entre elles. Voir la lettre de Ghantonay (Arch. nat., K. 1494, n° 95); les Mémoires de Haton, t. I, p. 155; le journal de Claude Despence (F. fr., vol. 17813, f. 18); la lettre de de Bèze à Calvin (Baum, Theodor Beza, Appendice, p. 61) ; la lettre de des Gallars (Laferrière, le XVIe siècle et les Valois, p. 57). La liste la plus complète est donnée par M. le comte Delaborde (Coligny, t. I, p. 520).
5. Le duc de Guise, dit de Bèze, en sa qualité de grand maître,
compagnons, commença par la prière : « Seigneur « Dieu, Père Éternel, etc. » Puis, ayant remercié le Roi d'une si saincte entreprise et de l'audience qu'il leur donnoit, se mit à réfuter les blasmes des troubles, rebellions et ambitions, desquelles on les chargeoit, promettans faire paroistre en leurs déportements le contraire, il adjousta qu'encore qu'ils fussent vils et contemptibles, la cause de Dieu, de laquelle ils estoyent porteurs, leur donnoit asseurance suffisamment ; qu'ils ne venoyent point là pour ruiner l'Église de Dieu, mais pour l'amender, priant les prélats de prendre en bonne part leurs volontés et se joindre à mesme dessein4. Puis après, ayant parcouru tous les points des différents, acheva par la police ecclésiastique.
Le cardinal de Tournon prit la parole et se retourna vers le Roi, remonstra que c'estoit par son commandement qu'ils avoyent, contre leur conscience, souffert discourir ces nouveaux évangélistes, qu'ils n'eussent pas enduré les blasphèmes de celui qui avoit parlé sans le respect de Sa Majesté, qu'ils la supplioyent n'adjouster aucune foi à ce qu'elle avoit ouy jusques à ce que l'assemblée lui eust remonstré le contraire ; il adjousta en se tournant : « Nous nous doubtions bien « qu'il en iroit ainsi. » A quoi la Roine répliqua : « Qu'ils ne faisoyent rien là sans meure délibération « du Conseil et de la cour de Parlement, cerchans « moyen d'apaiser les troubles2. »
introduisit les ministres; ils se rangèrent debout le long d'une balustrade qui les séparait de l'enceinte royale (Lettre de de Bèze à Calvin; Baum, Theodor Beza, Appendice, p. 61).
1. Le discours de de Bèze est reproduit par La Place (p. 159) et dans l'Histoire ecclésiastique (1840, t. I, p. 316).
2. Cette première séance est racontée avec quelques variantes