‹ Histoire universelleChapitre 281 sur 332 · LIVRE SECOND, CHAP. XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, CHAP. XXVI

l'autre parti, qui s'assembloyent en une maison privée à S. Germain. Tout leur discours fut sur le faict de la cène, avec protestation de ne conclurre sans adveu de leur compagnie. Après plusieurs subtilités sur les mots réalement, substantiellement, véritablement et en sa propre substance, par une manière spirituelle, ineffable, ils ne peurent rien accorder. Et puis la Roine adjousta aux catholiques l'évesque de Sées1, puis, à Bèze et à Martyr, Marlorat et l'Espine. Ceux-ci traictèrent la matière avec tel labeur qu'ils condescendirent à la fin à l'article que nous avons pensé digne d'estre inséré en ce livre.

« Nous confessons que Jésus Christ, en sa sainte « cène, nous présente, donne et exhibe véritablement « la substance de son corps et de son sang par l'opé- « ration de son Saint Esprit, et que nous recevons et « mangeons sacramentel lement, spirituellement et par « foi ce propre corps, qui est mort pour nous, pour « estre os de ses os et chair de sa chair, afin d'estre « vivifiez et de percevoir tout ce qui est requis à nostre « salut. Et pour ce que la foi, appuyée sur la parole de « Dieu, nous faict et rend présentes les choses pro- « mises, et que par ceste foi nous prenons vrayement « et de faict le vrai et naturel corps et sang de Nostre

par M. Klipffell dans son étude sur le Colloque de Poissy, Paris, in-18, s. d. Le second mémoire est un compte-rendu théologique qui est également conservé en copie dans le vol. 17813 du fonds français.

1. Il s'agit de Jean de Saint-Gelais, évèque d'Uzès et non pas de Séez. 11 était huguenot et, le jour de l'ouverture des conférences préliminaires, le 3 août, il prit part à la cène avec le cardinal de Ghâtillon et l'évèque de Valence (Journal de Despence; f. fr., vol. 17813, f. 8 V).

« Seigneur par la vertu du Saint Esprit : en cest esgard « nous confessons la présence du corps et du sang « d'icelui Nostre Seigneur en la sainte cène 1 . »

Le cardinal, ayant veu en cest article par escrit, conforme à sa créance, que l'assemblée s'en contentoit, la Roine et tous les princes en démenoyent une grande joye ; que plusieurs docteurs l'exaltoyent. Enfin lui-mesmes ligua les plus passionnés pour refuser l'article, le déclarer hérétique, captieux et insuffisant, et en firent promptement un autre, où ceux qui avoyent travaillé au premier et plusieurs autres ne voulurent pas assister. Us opposèrent donc ces mots :

« Nous croyons et confessons qu'au Saint Sacrement « de l'autel, le vrai corps et sang de Jésus Christ est « réalement et transsubstantiellement sous les espèces « du pain et du vin, par la vertu et puissance de la « divine parole prononcée par le prestre, seul ministre « ordonné à cest effect, selon l'institution et ordon- « nance de Nostre Seigneur2. »

A ceste addition fut joinct un refus de plus disputer avec les ministres, lesquels, après avoir sollicité plusieurs fois, mais en vain, le clergé pour rentrer en propos, firent publier leur créance déduite plus au long avec une harangue de Bèze, responsive à tous les poincts qui avoyent esté touchés en celle du cardinal3.

Le bruit de ces choses apporta grande confirmation

1. Ce formulaire fut présenté le 4 octobre aux prélats catholiques.

2. Le 9 octobre, les prélats catholiques repoussèrent le formulaire présenté, le 4, par les ministres et y substituèrent la présente déclaration.

3. L'ensemble de ces pièces a été reproduit par La Place et dans V Histoire ecclésiastique.

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