LIVRE SECOND, CHAP. XXVI
aux réformés, estonnement et despit aux autres contre leurs docteurs. Le Roi et la Roine, accusés hors de France, notamment à Rome, d'estre en doubte et esbranlés en leur foi, redemandoyent opiniastrement le concile, et cela les rendoyent tousjours plus soupçonnés. En plusieurs endroicts du royaume, les catholiques partageoyent les temples avec les réformés, chacun faisant place à l'autre à son tour1.
Ceux de Guise, après quelques reproches touchant ces choses, faits au Roi et à la Roine, quittent la cour à la fin de décembre2. Adjoustons que la Roine, menacée du dedans et du dehors du royaume, voulut sçavoir le nombre et le pouvoir des réformés, pour, au cas que les estrangers les querellassent en haine d'eux, en tirer secours pour le Roi3.
Ces choses, publiées de main en main, rapportent un escrit par lequel les réformés s'obligeoyent à espandre leur sang de bon cœur pour la manutention de leurs princes ; et à ce dessein prestèrent leur consentement 2,150 églises, comme nous avons dict.
Ce qui surtout fit soupçonner la Roine de favoriser ce parti, fut qu'elle commanda à Gabaston4, chevalier
1. Au château de Saint-Germain, notamment, la chapelle servait successivement aux deux cultes (Lettre de Throckmorton, du 13-décembre 1561; Calendars, 1561, p. 437).
2. D'Aubigné se trompe de date. Le duc de G-uise, les cardinaux de Lorraine et de Guise et le duc de Nemours quittèrent Saint-Germain le 22 octobre et se retirèrent à Nanteuil, après avoir essayé de décider le duc d'Orléans à les suivre (Enquête sur l'enlèvement du duc d'Orléans; f. fr., vol. 6608).
3. Voyez la note 1 de la page 313. Les éditeurs de la France protestante ont essayé de refaire cette liste (t. X, p. 52).
'i. Gabaston, lieutenant du capitaine du guet. Traduit devant le Parlement pour sa partialité en faveur des réformés dans la
du guet, d'entrer en garde avec armes au retour de Popincourt. Geste garde empescha un massacre général dans Paris, le 27 de décembre, où il arriva [que] plusieurs mauvois garçons de la paroisse S. Médard, ayans fait provision d'armes de main et de traicts, sonnèrent un tel carrillon au commencement du presche de Malo, que nul ne le pouvoit ouïr. On envoya deux de la compagnie pour faire cesser le bruit, desquels l'un fut tué. Les gardes qui y voulurent aller estans repoussés, les jeunes escholiers qui y estoyent y coururent ; il y eut combat opiniastre, où plus de 40 catholiques furent blessés ou tués, quatorze prisonniers menés par les rues jusques au Ghastelet, sans que personne fist contenance de les secourir4. Geste esmeute là fut suivie d'une autre de S. Marceau2.
Entre3 les provinces qui envoioyent à la cour des plaintes, la Provence esclatoit. A Aix, Flassans4 esmeut
répression de l'émeute de Saint-Médard, il fut condamné à mort et exécuté le 21 août 1562. Voir les Mémoires de Condé, t. III, p. 255, 292 et suiv.
1. Le 27 décembre 1561, à Paris, le ministre Jean Malo prêchait à la maison du Patriarche, près de l'église Saint-Médard. Le voisinage des temples catholique et huguenot amena entre les fanatiques des deux cultes une collision sanglante qui faillit donner le signal de la guerre civile. Les Mémoires de Condé renferment plusieurs pièces sur cette affaire, t. II, p. 541 et suiv. Les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, ann. 1886, contiennent un récit de cette émeute.
2. Le lendemain du tumulte de Saint-Médard, le 28 décembre, la populace catholique pilla la maison du Patriarche, où les réformés tenaient leur prêche, et y mit le feu. (Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 1079, d'après les registres du Parlement. Cette partie des registres a été imprimée dans les Archives curieuses de Gimber et Danjou, t. IV, p. 63.)