LIVRE SECOND, CHAP. XXVI
ligue de grande quantité de personnes1, incité à cela par l'évesque de Cisteron2 et par un cordelier, qui portoit un grand crucifix de bois à la teste de la troupe, disant qu'elle estoit invincible tant que cela marchoit devant. Ces gens firent leur premier exploit à Brignoles3, où ils defïîrent une compagnie qui se dressoit pour le Roi, et lors arborèrent les clefs du pape en leurs enseignes, chasque soldat portant un chapelet en son col. Le zèle de ces gens fut tel, qu'estans entrés à Signe4, un des principaux de la bande y ayant trouvé sa sœur, qui ne voulut pas aller à la messe, la fit forcer en sa présence par le cordelier, porteur du crucifix, protestant que c'estoit par vengeance et non par volupté. Puis, ayant fait passer ceux qui voulurent sur elle, la fit flamber partout avec du lard bruslant. Ceste bande assiégea Besse, qu'elle ne put prendre, de mesmes Varages, prindrent Barjols5, où ils furent assiégés par les comtes de Gursol et de Tende, ayans ce commandement de la Roine. Enfin,
tevez, comte de Garces, gentilhomme de la chambre du roi et lieutenant de ses galères.
1. Flassans, soutenu par le comte de Sommerive, avait le premier pris les armes contre les huguenots provençaux. Le vicomte de Grussol et le comte de Tende marchèrent contre lui et le chassèrent d'Aix, le 5 février 1562. ,
2. Aimeric de Rochechouart, évêque de Sisteron de 1545 à 1582.
3. Chassé d'Aix, Flassans se retira à Brignoles. Ce récit de ÏHistoire universelle est tiré de de Thou (1740, t. II, p. 235), qui lui-même a suivi un récit du temps réimprimé dans les Mémoires de Condé, t. III, p. 636, et surtout ÏHistoire des guerres du comtat Venaissin, de Louis de Perussis (in-12, 1564), réimprimée dans le tome I des Pièces fugitives du marquis d'Aubais.
4. Signes, dans le Var. Le récit qui suit n'est pas dans de Thou.
5. Flassans s'étant réfugié à Barjols, la ville fut assiégée et prise d'assaut, le 6 mars 1562, par le capitaine Saint- Aubaû, squb les ordres de Grussol.
ils furent emportés par assaut après avoir tué force gens ; et, comme on quittoit la bresche, le cordelier se présenta avec son crucifix, et tint compagnie à bien 400 morts sur la place. En ces troupes y avoit deux compagnies de Lourmarin et de Mérindol, qui entrèrent les premiers dans la bresche, et, voyans commencer le pillage, sortirent par une des portes et s'en allèrent en un champ mettre les genoux à terre et rendre grâces à Dieu. Les chefs envoyent Gardé4 vers eux pour les convier à venir prendre leur part du butin, mais en continuant leur action de grâces, ils le prièrent d'avoir agréable qu'ils eussent les mains pures, et qu'ils se contentoyent d'avoir faict ce qui estoit du service de Dieu et du Roi.
Ici, l'on peut remarquer deux choses : l'une, que la Roine ne garda pas longtemps ceste bonne volonté d'arrester les séditieux, et l'autre, que les réformés perdirent bientost après la simplicité des soldats de Mérindol et de Lourmarin .
Le Roi et la Roine, ne pouvans fournir à remédier à tels accidents, assemblèrent le plus de princes et conseillers d'Estat qui leur fut possible, tant de ceux qui résidoyent auprès de Leurs Majestés qu'autres qu'ils tirèrent des provinces, pour faire non une paix débatue et stipulée, mais une pacification de leur authorité2, nommé ÏÊdict de Janvier, lequel, avant publier,
1. Jacques de Saluées, seigneur de Gardé, époux d'Anne de Savoie, fille du comte de Tende.
2. Le 3 janvier 4562, la reine convoqua à Saint-G-ermain une assemblée composée de députés désignés par tous les parlements de France et de ministres protestants, sous la présidence du chancelier de l'Hospital. Le président Montagne est celui de tous les historiens qui donne le plus de détails sur cette assemblée dont la durée fut de plusieurs jours (F. fr., vol. 15494, f. 201 et suiv.).