LIVRE PREMIER, GHAP. V
Rome1, et la crainte du prisonnier et de la mesme offense empescha le consentement2, ce qui fit recourir Henri en l'amitié du roi3 et aux consultations de la Sorbonne. Ceste faculté approuva le divorce4 ; mais depuis, estans les Anglois en guerre contre les Escossois, ceux-ci favorisez du roi, et les dissentions pour le voisinage du Boulonnois5 ayant mis en mauvais mes-
1. Clément VII s'étant fait l'allié de la France, Charles-Quint lança contre les États romains les bandes du connétable de Bourbon. Rome fut prise le 6 mai 1527 et pillée, le pape et les cardinaux rançonnés. L'historien Jacques Bonaparte, ancêtre, dit-on, des Napoléons, a écrit un récit détaillé du Sac de Borne, qui, traduit par le prince Napoléon Louis, a été publié dans le Panthéon littéraire, par M. Buchon. Brantôme aussi s'est étendu sur le même sujet (t. I, p. 249, 267 et suiv.).
2. D'Aubigné insinue ici que, Catherine d'Aragon étant la tante de Charles-Quint, la crainte du pape d'indisposer l'empereur encore une fois l'empêcha de donner son consentement au divorce de Henri VIII.
3. François Ier servit d'intermédiaire à Henri VIII auprès du pape et, pendant plusieurs années, ne cessa de le solliciter en faveur de son allié. Une partie de sa correspondance, à ce sujet, avec J. de Dinteville, ambassadeur à Londres, et Fr. de Dinteville, évêque d'Auxerre et ambassadeur de France à Rome, a été publiée par Gamusat dans ses Mélanges hist., in-8°, Troyes, 1644.
4. Le 3 juillet 1530, sur les conclusions de Noël Beda, docteur en théologie, la Sorbonne rendit une décision qui déclarait contraire au droit naturel et divin le mariage entre beaux-frères. Cet arrêt frappait de nullité le mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon (Crevier, Hist. de l'Université, t. V, p. 271). Il est juste de dire que l'existence de cet arrêt a été contestée par divers auteurs (ibid.).
5. La ville de Boulogne fut rendue le 14 septembre 1544 au roi • l'Angleterre par Jacques de Coucy, s. de Vervins, gendre du maréchal de Biez. Cinq ans après, le 21 juin 1549, Vervins fui condamné à mort et décapité à, Paris le 1er juillet. Sa mémoire lui réhabilitée par lettres patentes de Henri III en septembre I bï 5. Le procès avait été instruit par Michel de l'IIdspital. Les iul'ni'-
nage les Anglois et les François, joinct qu'en mesme temps mourut Catherine la répudiée, et par sa mort sembla emporter l'occasion d'offense à l'empereur, Henri, sur ceste bien-séance, traicta amitié avec lui, et par mesme moyen ne se voulut rendre irréconciliable au pape, se rendit ennemi des protestans, les persécuta par mort, fit trancher la teste à Anne sa femme. Les causes de sa mort incognues, sa confession sur l'eschaffaut apporta grand regret de la roine et haine contre le prince. Depuis Henri, mourant l'an 1 547, mesme année que le roi François, mais au commencement1, laissa Edouard, aagé de neuf ans2, lui donnant seize curateurs, toutesfois le duc de Sommerset pour le principal3, et substitua à son fils pour héritiers du royaume premièrement Marie *, qu'il avoit dejettée comme fille de Catherine répudiée, et après Élizabeth, fille de Anne de Boulen. Ces tuteurs du royaume entrèrent facilement en guerre contre les Escossois; ausquels le roi, qui auparavant estoit sur le
mations sont conservées dans la coll. Dupuy, vol. 474 et 38, coll. Bouhier, vol. 59, et ailleurs. Les pièces principales ont été imprimées et forment un in-8° de 84 pages, dont il se rencontre un exemplaire dans la coll. Fontanieu, vol. 662. — Le P. Griffet a savamment discuté les charges qui pèsent sur la mémoire de Vervins dans une dissertation spéciale imprimée au t. IX, p. 906, de YHistoire de France du P. Daniel. — Du Bellay {Mémoires, liv. X) est celui des historiens du temps qui a raconté avec le plus de détails le siège de Boulogne.