Chapitre XXIX
Des affaires du Midi.
Nostre chemin est par l'Italie, où les Siennois seuls donnent quelque peine à l'exécution de la paix. Car, eux ayans offensé toute l'Italie sur l'asseurance des François, et craignans de tomber entre autres mains, ils n'oublièrent toute invention de longueur, retenans les bandes françoises non payées et tastans tous les intérests de leurs voisins pour y marier leurs craintes. Mais Gosme, duc de Florence2, qui avoit gardé les gages de ceste guerre et en tiroit ceste bonne pièce pour sa part, sur le point de la paix se fortifia du desbris de la guerre, mit sus une armée sous Chapin Vitelli3, et non sans grande difficulté réduit les Siennois sous son obéissance4. Il y eut bien d'autres
1. Var. de l'édit. de 1616 : « ... avec elle, car le Midi est le sujet du chapitre suivant. »
2. -Gosme I de Médicis, le Grand, né le 19 juin 1519, premier grand-duc de Toscane en 1538, célèbre par la protection éclairée qu'il accorda aux arts et aux lettres, mort le 21 avril 1574.
3. Chiapino Vitelli, marquis de Getona, capitaine florentin, passa plus tard au service de Philippe II et mourut en 1576 d'une chute en Hollande (De Thou, 1740, t. V, p. 273).
4. Sienne, conquise en 1555 par le marquis de Marignan, fut remise le 19 juillet 1557, par le capitaine espagnol Figueroa, au beau-frère de Gosme de Médicis, Louis de Tolède, qui prit possession de la ville au nom du duc de Florence.
remuements par la mort du pape Paul, advenue auparavant.
Le peuple de Rome, estant las de supporter les Carafes, ses nepveux, dès qu'il fut à la fin, courut brusler la prison de l'inquisition, délivrer les prisonniers, et fut à peine empesché d'embraser le couvent des Jacobins, fauteurs des Carafes, et la pluspart inquisiteurs, et mesmes courut aux temples pour ne laisser là, ni es lieux publics, aucune armoirie de ceste maison qui ne fust traînée par les rues, et avec celles-là plusieurs statues anciennes1 furent arrachées. De plus, ce peuple fît un édict, eschauffé jusques là que le corps du pape eust couru mesme fortune2. L'Italie se sentit longtemps de cette agitation, la pluspart par les mouvements du duc de Florence et par les exploicts de Ghapin Vitelli; car Cosme commença par l'interrègne de quatre mois, et alluma tant de feux partout qu'il faillit à s'en mettre soubs le ventre par une grande conjuration contre lui, qui eut pour chef Pandolfe Pucio3, les Cavalcanti4, quelques uns des Médicis, tout cela dans la ville, et dehors, tous les bannis de Florence à Rome. Enfin, la plus part des conjurez pris, laschez et derechef mis à la géhenne, confes-
1. Suivant de Thou, il n'y avait eu de brisé que la statue de Paul IV.
2. Ces mouvements eurent lieu le lendemain de la mort de Paul IV (18 août 1559) et furent si violents que plus de trois mois s'écoulèrent sans que le conclave put se réunir. D'Aubigné suit ici le récit de de Thou (1740, t. II, p. 612).
3. Pandolfe Pucci, d'une famille illustre de Florence qui avait donné trois cardinaux à l'Église.
4. Astolfe Gavalcanti. Cette conjuration est racontée par de Thou (1740, t. II, p. 718).