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JEquanime, modéré, impartial

2. Cleostrata, et non Sostrate. Voyez Plante, Canna, acte III, scène m :

Stalinus.

Vitium tibi istud maxumura 'st blanda es parura.

Cleostrata.

Non matronarum partum 'st, sed meretricum Viris alienis, mi Tir, subblandirier.

tout oublier les gènéralles, desquelles l'histoire doit prendre ses mouvemens et mutations. Ayant veu , mesmes en celui à la diligence et labeur duquel nous devons tous, un livre entier pour assiéger une abbaye par deux compagnies, et le mesme oublier une bataille, qui a eu de commun avec Jules Cœsar et le roi François une desfaitte des Suisses indomptez l, quoique les batailles soyent les arrestsdu ciel, qui changent Vestre des grands affaires : voyant des narrations reprises par trois fois; faire mourir un prince plus d'un coup et en divers lieux. Mais au delà de tous ces péchez (qui seroyent encore véniels, comme Von dit) ayant rencontré la prévarication achetée, comme nous ferons voir en quelque endroit (servitude que nous avons reprochée en face à son auteur 2, et qu'il nous a confessée avec larmes) : sur toutes ces connoissances f ai fait courage de colère, et mon estât de remplacer les desfauts de la suffisance par V effort de ma fidélité. C'est ce que chacun proteste à son commencement. Chacun se vante de liberté, de fouler aux pieds sa passion. Et tel qui monstre sa teste tondue, sa plume et sa conscience vendues dès son commencement. Or, puisqu'il a fallu toucher à regret les desfauts de Poupelinière, il en faut dire avec plaisir les vertus, n'ayant

1. Combat livré par Montbrun à Chastillon, près de Die (fin mai 1575), contre vingt-deux enseignes de Suisses (Hist. univ., seconde partie, liv. II, chap. x). D'Aubigné fait allusion à ce combat dans les Tragiques (liv. les* Fers) :

Ainsy vois-je un combat de plus de dix contre un, Les Suisses vaincus de la main de Montbrun : Montbrun, qui n'a receu du temps et de l'histoire Que Cœsar et François, compagnons de victoire.

{D'Aubigné, édit. Réaume et Caussade, t. IV, p. 207.)

2. Voyez plus loin, liv. V, ch. iv. Il s'agit de Lancelot Voisin de lu Popeliniôre. Sur la condamnation de cet historien, voyez, une note à la lin du volume.

connu enmon demi siècle, au jugement des 'plus doctes, depuis du Haillan1, que deux quiayent mérité le nom d'historiens, savoir lui et M. de Thou2. Le premier a porté le faix et les frais des recerches de tous costez, sans avoir devant les yeux un corps d'histoire qui le relevast aux deffauts, ce que M. de Thou ni moi ne pouvons soustenir. A cet exercice il a despendu non seulement les bienfaits de la roine-mère3, mais encore son patrimoine entier, qui n'estoit pas méprisable; et puis il a esté abandonné après avoir jeté la pierre qu'il eust bien désiré et ne pouvoit r1 'appeler. Son labeur est sans pareil, son langage bien françois, qui sent ensemble l'homme de lettre et l'homme de guerre, comme il s'est signalé et monstre tel en trois actions dignes de lumière. Il estoit de grande lecture, l'abondance de laquelle l'a porté à trop de conférence des choses anciennes aux présentes, ce que plusieurs désirent seulement en une leçon publique. J'ai encore à dire de luiqu'on lui donna

1. Bernard de Girard, sieur du Haillan, né à Bordeaux, en 1535, historiographe de France en 1571, mort à Paris le 23 novembre 1610. Il a laissé une Histoire des rois de France, 1576, infol., continuée jusqu'à la fin du règne de Henri IV, 1615 et 1627, 2 vol. in-folio ; une Histoire des comtes et ducs d'Anjou, 1572 et 1580; De l'estat et succès des affaires de France, 1595; et plusieurs autres ouvrages. On conserve dans le f. fr., vol. 6911 à 691 i, onze lettres de du Haillan adressées à divers membres de la maison de Noailles.

2. Jacques-Auguste de Thou, magistrat et historien, naquit à Paris, le 8 octobre 1553. Il avait reçu les quatre ordres mineurs lorsqu'il fut relevé de ses engagements et se maria. Présenté à Henri IV, il prépara son entrée à Paris (22 mars 1594). Nommé président à mortier (1595), il s'opposa à la réception du concile de Trente en France. Il mourut à Paris le 7 mai 1617.

3. La Popelinière nous apprend que du Haillan reçut de Henri III des gages annuels de i ,200 écus et le titre de conseiller au conseil privé {Histoire nouvelle des François, livre I, p. 375, d'après Bayle) par la protection du chancelier Ghiverny.

de mauvais commissaires pour chastier son livre l, qui laissèrent passer les choses qui dévoient estre relevées et presque par tout le corrigèrent injustement.

Quand à M. de Thou, plein de vie et d'honneur, s'il y a en son œuvre excellent quelque chose à désirer autrement , c'est ce qu'il a pris du premier sans l'examiner, comme vous verrez en son lieu. Plusieurs ont pour désagréable la trop ennuyeuse recerche des hommes de lettres de son temps. Les capitaines se plaignent d'y estre mal partagez ; qu'il ne falloit rendre cet honneur qu'aux Scaligers2, aux Turnèbes3 et gens de telle marque, et non à une autre classe de plus obscure condition. On y reprend encore quelques affectations contre la maison de Lorraine, et puis un changement à sa première édition4", qui monstre ou

1. Bayle, art. du Haillan, a réuni de nombreuses notes sur les critiques auxquelles fut soumise l'histoire de du Haillan. Voyez aussi Sorel, Bibliothèque française, p. 373 et suivantes.

2. Jules-César Scaliger, célèbre érudit, né le 23 avril 1484, mort le 21 octobre 1558. Son fils, Joseph-Juste, né à Agen, le 4 août 1540, mort à Leyde, le 21 janvier 1609, s'adonna à l'étude des langues. Ses œuvres forment une bibliothèque entière. M. Tamizey de Larroque a publié en 1881, en un volume in-8°, un recueil de lettres françaises de Scaliger, avec de nombreuses notes où se trouvent énumérés les travaux précédemment publiés sur cet illustre savant.

3. Adrien Turnèbe, né en 1521, aux Andelys, professeur au collège de France à quarante-trois ans, mourut le 12 juin 1565. Il a laissé de nombreux ouvrages. Montaigne le juge ainsi : « Tur- « nebus, qui n'ayant faict autre profession que de lettres, en « laquelle c'estoit à mon opinion le plus grand homme qui feust « il y a mille ans » {Essais, liv. I, ch. xxiv); et plus loin : « Tur- « nebus sçavoit plus et sçavoit mieux ce qu'il sçavoit qu'homme » qui feusl de sou siècle ni loing au delà. » (Ibid., liv. II, ch. xvn.)

i. Lee premières («dit ions de Y Histoire universelle de do Thou n'avaienl été imprimées qu'avec des suppressions. En 1633, un Anglais, Samuel Buckley, publia une édition complète avec

précipitation ou foiblesse de courage. Nous lui avons remonstré la longueur des harangues , entre autres celle de la Renaudie1, choisi pour soldat déterminé ; et il lui fait faire, pour encourager ses gens de guerre, une concion des affaires d'entre les familles des Valois, de Bourbon et Lorraine, avec une longueur qui n'est pas du mestier. Il s'est deffendu sur le naturel de la Renaudie, qui aimoit tels discours. Et certes ce qui m'a fait chiche de harangues, c'est que nous n'oserions affermer qu'il n'y ait rien dunostre; ne pouvans en cet endroit nous souvenir que de la sentence de Senèque, Quis unquam ab historico juratores exegit2 ? Il a souffert d'autres repréhensions plus aigres et plus injustes par les grands, que les Jésuistes animoyent contre lui. Tout cela sont petits poreaux peu apparens en une face digne de tant d'amour et d'honneur, et n'empeschent point qu'il ne faille laisser ici à la mémoire ce qu'il m'a fallu soustenir dans le cabinet du roi, plein de princes, cardinaux et Jésuites qui lui dressoyent un inique procès*; c'est que la France n'a jamais produit un esprit puissant comme cettuilà,pour opposer aux étrangers, et sur tout aux Allemans, nous reprochans qu'il sort bien des François quelque chose subtile et délicate, mais jamais d'oeuvre où il paroisse force pour supporter un labeur, équanimité pour estre

les retranchements et les variantes (7 vol. in-fol.). La traduction de Le Mascrier, Le Beau et Desfontaines (1734, 16 vol. in-4°) ne contient pas les passages supprimés. La seconde traduction (La Haye, chez Scheurleer, 1740, 11 vol. in-4°) est plus complète.

1. Cette harangue est imprimée dans le t. II de de Thou, p. 754, édit. de 1740.

2. Sénèque, Ludus Marci Claudii Cxsaris seu Apokolokintosis, cap. i.

3. Sur les tribulations de de Thou à l'occasion de son Histoire universelle, voyez une note à Y Appendice.

pareil à soi-mesme, ni un puissant et solide jugement. Toutes ces choses sont tellement accomplies en cet auteur sans pareil, que nous requérons maintenant en eux ce queux autrefois en nous. En lui vous trouverez un soin encor plus général quen Sleidan l, les agréables recerches de Guichardin2, et les merveilleuses lumières de Machiavel. Vous trouverez qu'il a mis le nez aux conseils plus avant que les sieurs du Bêlai3 et de Commines, lesquels je nomme tous pour les perles de nostre aage. Je ne mets point V Inventaire de Serres4

1. Jean Philipson, dit Sleidan, né à Sleiden, en 1506, mourut à Strasbourg, le 31 octobre 1556. Venu à Paris, il fut recommandé à François Ier qui le nomma son interprète. On a de lui un grand nombre d'ouvrages historiques. Le plus remarquable est : De statu religionis et Heipublicse, Carolo Quinto Cxsare, Commentarii, 1555, in-folio, traduit en français par Le Gourrayer (1667, 3 vol. in-4°), et en plusieurs autres langues.

2. François G-uichardin naquit à Florence, le 6 mars 1482, et y mourut le 22 mai 1540. Il a laissé une Histoire d'Italie, publiée en 1561. La traduction française (1738, 3 vol. in-4°) a été reproduite par M. Buchon dans le Panthéon littéraire.

3. Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, né au château de Glatigny, près de Montmirail (Sarthe), en 1491, mort à Symphorien, le 9 janvier 1543. Il avait écrit des Mémoires très étendus, divisés en neuf livres, dont la plus grande partie se perdit. Son frère, Martin du Bellay, s'efforça d'y suppléer. Les Mémoires des deux frères du Bellay ont été publiés en 1569 (in-folio). Montaigne leur reproche trop de partialité en faveur de François Ier [Essais, livre II, chap. x). Ils constituent, avec les Commentaires de Moulue, notre meilleure source d'information sur la première moitié du xvic siècle.

4. Jean de Serres, historien protestant, né vers 1540, historiographe de Henri IV en 1597, mort à Genève, le 30 mai 1598. Il .1 laissé : 1° Commentarii de statu religionis rcipublicx in regno Galliiï, in-8°, 1571-1590, 5 vol. in-8°, plusieurs fois réimprimé;

nvmtaire général de l'histoire de France, 1597, iu-12, plusieurs

fois réimprimé el continué in-8° et in-fol. Barbier Lui attribue

i le Hecueil des choses mémorables advenues en France sou i

en ce rang, quoique docte et éloquent, puis qu'il s est contenté du labeur et de r honneur que porte l'Inventaire. Pour tous les autres qui ont escrit, ils sont recusableSy comme s'estans monstrez parties, et sur tout Mercure Gallo-belgique1, et quelques uns de nos ministres, qui de bons théologiens se sont faicts mauvais historiographes. Et n'y a pas un de ceux-là qui ne se soit monstre aussi passionné que Paul Jove2; tousjours en protestant contre la passion. En attendant que plusieurs autres content mes fautes, je ne protesterai pas d'avantage; car voici Rhodes et le saut2, pour n ennuyer le lecteur de sédules quand il faut payer contant. Je commence mon œuvre à la naissance de Henri quatriesme, justement surnommé le Grand; il n'est dédié à aucun qu'à la postérité A. Mon dessein s'estend autant que ma vie et mon pouvoir. Je ne m' excuserai point par crainte ni par espérance, plus empesché à

le règne de (dit Histoire des cinq rois), in-8°, 1595 et 1599.

M. Dardier a publié en 1883 dans la Revue historique une savante étude sur Jean de Serres.

1. Le Mercure françois ou suite de r histoire de la paix commençant à l'année 1605 pour suite du septenairde Cayet (par J. et Est. Richer). Les premiers volumes parurent dans le format in-8° en 1611. Le Septenair de Cayet est la Chronologie septénaire qui avait paru en 1608. La Chronologie novenaire du même auteur avait paru l'année précédente. Ces trois ouvrages réunis embrassent le règne de Henri IV en entier et poursuivent leur récit au delà.

2. Paul Jove, historien, né à Gôme, le 19 avril 1483. Protégé par Léon X, il écrivit un grand nombre d'ouvrages dont les plus célèbres sont les Vies des hommes illustres, in-fol., 1549, une Vie de Léon X, 1548, in-fol., et une Histoire de son temps de 1494 à 1547, in-fol., 1552, traduite en français, par Denis Sauvage, 1581, 2 vol. in-folio. Il mourut à Florence, en 1552.

3. Voici Rhodes et le saut, voici l'heure d'en finir. Cette expression a été employée par Rabelais.

4. L'édition originale, comme celle de 1626, est dédiée à la postérité.

chastier Vexcez de ma liberté qu'à me guérir du flatteur. Nourri aux pieds démon Roi, desquels je faisois mon chevet en toutes les saisons de ses travaux; quelque temps eslevé en son sein, et sans compagnon en privautés et lors plein des franchises et sévéritez de mon village, quelques fois esloigné de sa faveur et de sa cour, et lors si ferme en mes fidélitez, que, mesme au temps de ma disgrâce, il m'a fié ses plus dangereux secrets, faireçu de lui autant de biens qu'il m'en faloit pour durer, et non pour m'eslever. Et quand je me suis veu croisé par mes inférieurs, et par ceux mesmes qui sous mon nom estoyent entrez à son service, je me suis payé en disant : « Eux et moi avons bien servi ; eux à la fantaisie du maistre, et moi à la mienne, qui me sert de contentement . »

Les imprimeurs sont curieux de représenter en taille douce les auteurs aux premières pages de leurs livres. Tel soin est inutile, car il ne profite point au lecteur de voir le visage et les linéamens de celui qui Venseigne, mais bien ceux de l'âme, pour recevoir les jugemens des choses avec le trébuchet en la main. Donc y en la place de mon portraict, je demande à mon lecteur la patience d'un petit conte, avec promesse que, hors la préface, il n'aura plus de moi ces privautez. C'est qu'en l'an 1577 le Roi, ayant pris entre la forest de Thouvoye l et le Parc, un grand cerf qui, au lieu d'une des branches de sa teste, avoit son endoiller retroussé en la meulle2 en forme d'un vase ; à l'autre ramure on pouvoit dire qu'il portoit dixhuict mal-semé3. Il s eschauff a longtemps à louer cette teste,

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