LIVRE SECOND, CHAP. XXIX
firent, après avoir laissé Sandeo, qui s'estoit offert de bonne volonté, à la garde de Zerbi, avec 5,000 hommes, Italiens, François, Allemans et Espagnols.
Dragut ne demeura guères à joindre les forces de terre pour le siège de Zerbi, où tous les jours on ne voyoit que soldats se desrober, refaire des basteaux et se jetter à la merci de la mer ou à celle des Turcs, qui les mettoyent aux galères, hormis les plus apparents, qu'ils envoyoyent pour amener la place à quelque bonne composition. Mais le chef les ren voyoit avec infamie. Là se firent de très belles sorties ; sur toutes une au commencement de juillet1, en laquelle Sandeo donna jusques en la tente du bâcha. Là, estant abandonné, fut contrainct se retirer aux basteaux du pont, où, les frégates l'ayant pris, le bâcha le reçeut honorablement avec grands offres pour le faire révolter.
En tout cet affaire, les chrestiens perdirent 28 galères, 14 navires de charge, 18,000 hommes, que morts que mis en la cadeine. Le Roi de France despescha le chevalier Salviati2 à Gonstantinople, pour retirer Sandeo, ce que n'ayant peu, l'empereur en vint à bout et l'employa en la Pannonie3. Le malheur et la perte de Zerbi vint de ce que toutes choses estoyent
montés sur sept frégates, s'enfuirent à Malte, puis à Syracuse ou à Messine (De Thou, 1740, t. II, p. 859).
1. Le 7 juin, Alvaro di Sande avait fait une première sortie (De Thou, t. II, p. 861 et suiv.). D'Aubigné se trompe, à la suite de de Thou, en fixant au commencement de juillet la ruine de l'armée chrétienne. Ce désastre arriva le 29 juin 1560.