FIN DU SECOND LIVRE
L'Histoire de France de La Popelinière.
{Vid. sup., p. 3, note 2.)
La sévérité, voisine de Pinjustice, avec laquelle cTAubigné traite YHistoire de France de La Popelinière, appelle de notre part quelques rectifications. Il lui reproche ses négligences * et enfin sa vénalité. Sur le premier point, d'Aubigné aurait dû être plus indulgent qu'un autre. Sur le second, il ne fournit aucune preuve2. L'accusation doit être peu fondée, puisqu'elle n'a pas été relevée dans le procès de YHistoire de France.
La Popelinière s'était imposé une règle toute nouvelle alors, celle de raconter impartialement les événements. « J'ay prati- « que, dit-il, un nouveau moyen de représenter les desseins et « actions d'une part et d'aultre, comme neutre et indifférent « aux deux partis, tel que doit être l'historiographe3. » Cette impartialité parut un déni de justice aux religionnaires. Au
1. Il aurait pu, avec plus de justice, lui reprocher ses plagiats. Le livre VII de YHistoire de France, qui embrasse la période écoulée entre la mort de François II et la fin du colloque de Poissy, n'est que la reproduction de YEsïat de religion et république du président La Place. A la fin du liv. VII, f. 278, lorsque le récit de La Place lui fait défaut, La Popelinière reprend la parole. Du reste, Théodore de Bèze lui avait donné l'exemple d'un si audacieux plagiat.
2. Voyez le chap. iv du livre V de la première partie de l'Hit* toire universelle.
3. Lettre de La Popelinière à de Bèze du 15 janvier 1581 (Minute orig.; coll. Dupuy, vol. 744, f. 235).
moment où Yllisloire de France Put publiée, le parti de la Réforme était conduit à La Rochelle par un minisire ambitieux et jaloux, Odet de Nort. La Popclinière l'avait peut-être offensé en parlant de son « animosité » et en racontant ses démêlés avec le ministre Noël Magnan 4 . Odet de Nort ameuta facilement ses coreligionnaires contre l'auteur, sous prétexte qu'il avait « usé de termes scandaleux, » commis des erreurs de doctrine et publié des faits qui ne faisaient point honneur a la Cause 2. En vain La Popelinière avait reçu de l'illustre de Bèze, après l'envoi de son livre3, des félicitations et des éloges4. Le 3 juin 4 584, le roi de Navarre enjoignit aux magistrats de La Rochelle de traiter le nouvel historien en pamphlétaire.
« Messieurs, j'ay enttendu que, au mespris de l'édict de paci- « fîcation fait par le Roy, mon seigneur, ung nommé Popelly- « nyere, qui demeure pour à présent en vostre ville, a faict ung « livre contre la religion réformée et aussi contre ceulx de nostre « maison, lequel il a fait imprimer en vostre ville par vostre « imprimeur, qui est cause que, d'aultant que je sçay que estes « désireulx du bien et repost de cest estât et zélateur de la rel- « ligion, contre laquelle ledict livre est faict, et aussi amatteur « de nostre maison pour y avoir trouvé faveur et adsistansse « quand vos affaires l'ont requis, que je vous ay bien voulu « escripre ces présentes et vous envoyer à ceste fin le s. de Saint-