Chapitre XV
Estât du MidiK
Pour recevoir avec intelligence ce que le Midi et l'Afrique nous aporteront de monstrueux, nous commencerons par la partie qui fait le coin devers la mer Atlantique, d'un costé, de l'autre vers le destroit, et achèverons par celle qui approche le Nil. Nous traicterons légèrement de l'Ethiopie et du royaume du preste Jean2, gardans à parler de la coste depuis le cap de Bonne Espérance et de la Mosambique jusques à la mer Rouge, selon les occasions que nous en don-
1. D'Aubigné, dans le cours de ce chapitre, paraît s'être inspiré des ouvrages suivants : Relation y succesos de los Xarifes, in-4°, 1586 ; Nouvelles de la cité d'Afrique en Barbarie, in-8°, 1551 ; et surtout de ÏHistoire des dernières guerres de Barbarie trad. de l'espagnol, Paris, 1579, in-8°. Ces divers ouvrages, remplis de fables ou au moins de récits controuvés , et surtout de noms estropiés, méritent peu de confiance.
2. Vers le temps des croisades s'était établie la légende du prêtre Jehan, celle d'un roi chrétien, plus puissant que tous les rois de l'Europe, maître d'une partie de l'Asie. La réputation du prêtre Jehan s'accrédita tellement que le pape Alexandre III essaya de se mettre en communication avec lui. Plus tard, la légende plaça les États de ce prince en Afrique , au sud de l'Egypte. Ce ne fut qu'au xvie siècle que les découvertes des navigateurs dissipèrent cette fable. On a publié à la fin du xva siècle (in-4° de 12 ff., goth., s. 1. n. d., ni nom d'imprimeur) une prétendue lettre du prêtre Jehan, dans laquelle il prend le titre de « Roy tout-puissant sur tous les Roys chrestiens. » M. Gustave Brunet a publié en 1877, dans le Recueil des actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, la bibliographie des nombreux ouvrages qui concernent le prêtre Jehan. La lettre ci-dessus n'y figure pas.