‹ Histoire universelleChapitre 81 sur 332 · LIVRE PREMIER, CHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAP. XV

neront les voyages des Indes. Dans la première partie, donc, qui regarde l'Europe , il y avoit deux familles renommées par leurs guerres et possessions des principaux royaumes, asçavoir les Oatazènes et les Schérifs. Les premiers, venus d'un roi de Fez, nommé Said, les autres d'un sehérif4, qui avoit desfait le roi de Merinne, et mesme se faisoit estimer de la race de Mahomet. Cestui-ci contrefit le sainct homme, l'hermite et le théologien. Il avoit trois enfans, Abdel Quivir2, Hamet et Mahamet3, tous habiles comme le père ; leur fit faire le voyage de la Mecque et acquérir quelque réputation de saincteté. Le peuple leur baisoit la robe par superstition. Ce vieillard, ayant pris le temps que les chrestiens enjamboyent en Afrique par les divisions des Africains, trouva moyen de faire son fils Hamet lecteur à Modora, et de rendre Mahamet précepteur de Mahamet Oatazène, qui estoit roi de Fez quatrevingt-dix ans avant.

Ces deux, par le conseil de leur père, remonstrent au roi de Fez combien les chrestiens se faisoient forts en Suz, Dukala et Marroche4, le crédit qu'ils avoyent

1. Var. de l'édit. de 1616 : « ... d'un scherif, Hascenes, Numi- « dien, grand philosophe et magicien, se disant issu d'un sche- « rif, qui avoit des fait... » Il semble que ce passage ait été oublié dans la seconde édition.

2. Abd-el-Quivir est peut-être celui qui a laissé sur le café un traité dont Silvestre de Sacy a donné un extrait dans sa Chrestomathie arabe. Il fut tué dans une rencontre avec les Portugais.

3. Ayant gagné la confiance de Mohamet-el-Datas, les deux frères Achmet et Mahomet se firent élire rois, le premier à Maroc, le second à Tarondante.

4. Sus, province du royaume de Maroc, bornée au nord par l'Atlas, au sud par la Numidie, à l'ouest par l'océan Atlantique. — Dukala, province située sur la côte occidentale du Maroc. — Marroche est le gouvernement de la ville de Maroc.

gaigné parmi les Arabes à leur voyage pour les faire venir à la guerre où ils voudroyent, qu'ils ne demandoyent au roi qu'un tambour et un estendard pour esmouvoir les peuples à la deffense de leur religion. Le roi ottroya à ceux-ci leur demande contre le conseil de Muley Nacer1, son frère, lequel, prenant ce dessein dès le commencement, allégua à son frère pour l'en divertir plusieurs exemples de leur nation qui s'estoit laissée décevoir à telles bigotteries. Les Schérifs, ayans impétré ce qu'ilz demandoyent et lettres d'authorité, mirent force gens sur pied, imposèrent les décimes de tout le revenu de 1 0 ou 1 2 provinces. A leurs premiers efforts s'opposa Nufio Ferdinand Ataide, lequel, par le conseil de Yahay ben Tafuf2, attaqua Schérif, et, dès le commencement, lui fit perdre 8 ou 900 hommes, et fit fuir le vieillard et ses deux enfans. De quoi Schérif, non estonné, releva une armée, puis, estant mort, les trois enfans se mettent sur pieds, prennent par force Arger, fortifient Salsavie 3, lèvent le siège de Anega, prennent Barriga par siège et y perdent Abdel Quivir. Les deux autres frères entrent en l'amitié de Naxer, roi de Marroche, et l'empoisonnent. Hamet s'en fait roi et l'oblige pour affermir son estât de tribut au roi de Fez, se trouve en une bataille entre les Arabes et ceux de Galbia. Ayant promis secours à tous les deux partis, leur laisse commencer la bataille; chacun s'opiniastre à la venue de

1. Muley Naxer, soudoyé plus tard par Philippe II, disputa le trône à Muley Achmet.

2. Nuno Fernandez de Atayd, capitaine portugais, gouverneur d'Azazi. — Yayay ben Tafuf, tributaire du roi de Maroc.

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