‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 1 sur 47 · Histoire universelle, ancienne et moderne · texte numérisé non relu

Histoire universelle, ancienne et moderne

Chute de l'empire crOccident, — Tableau des événemens antérieurs à cette chute. — Prctejîtions d'Aspar au pouvoir. — Election de Li5on par le sénat. — Elévation d'Anthème au trône.

— Zenon est consul. — Cause de sa haine contre les catholiques. — Evént'mens dans la GcHjIc. — Révolte par/ni le

- peuple. — Conspiration d'Aspar contre Léon. — Eruption du Vésuve.- — Mort d'Anthème. — Ses successeurs Olibrius, Glyeérius, Julius Népos. — Léon II est nommé Auguste. — Mort de Léon I. — Régence de Zenon. ■ — Son élévation au trône. — Mort do son fils. — Abandon de Rome par Zenon. — Elévation d'Odoacre en Italie. — Invasion des barbares. — Ambassade de Sévère. — Conspiration de Vérine contre Zenon, en faveur de Basili^cus. — Fuite de Zenon. — Bisiliscus est empereur.

— Révolte contre luii — Lâcheté de Zenon. — Mort de Basiliscus. — Traité de paix entre Zenon et les deux Théodoric.

— Conspiration de Marcien contre Zenon. — Mort de Théodoric-le-Louche. — Théodoric-rAmase. — Edit appelé T//ienotique. — Edit de Vérine. — Victoires de Théodoric. — Marche de Théodoric contre Zenon. — Leur entrevue. — Cession de l'Italie à Théodoric. — Guene entre Odoacre et Théodoric — Victoire de Théodoric. ■ — Nouvelle attaque d'Odoacre.

— Sa défaite et sa fuite. — Mort d'Odoacre par la perfidie TOIMK 8. l

a HISTOIRE

de Throdoric. — Théodoric e^t roi de l'Italie. — Son gouvernement. — Son entrée triomphale dans Rome. — Sa conduite politique. — Crime de l'impératrice Ariane. — Mort de Zenon.

ZENON, EMPEREUR. (An 474.) Ij'empire d'Occident, après une résistance plus

Chute' 1 » , „

d« l'empire proiongec par sa renommée que par sa force, venait de tomber sous les coups des barbares. Ils se partageaient ses dépouilles, fondaient sur ses débris les royaumes de la nouvelle Europe, et, après avoir abattu les empereurs romains, dédaignaient de prendre ce titre trop avili par les derniers princes qui l'avaient porté.

La chute de Rome * est la grande époque qui sépare l'histoire ancienne de l'histoire moderne. Celle-ci commence au règne d'Odoacre en Italie et de Zenon en Orient. Un nouveau monde , de nouvelles puissances , des mœurs nouvelles vont s'offrir à nos regards j les antiques institutions ont péri ; une autre religion règne sur les esprits ; partout ont disparu l'amour et jusqu'au souvenir de la liberté ; l'histoire ne nous donne plus nulle part des vertus civiques à contempler ; les peuples n'ont plus de droits ; l'Etat se concentre dans la cour ; l'autorité des princes n'est limitée que par celle des grands et par l'ambition des prêtres ; les nations tombent dans la servitude , on ne leur recommande d'autre vertu que l'obéissance; et, pendant

DV BAS-EiMPJKL. 5

f)lusieurs siècles, ces peuples nouveaux, plongés dans l'ignorance , courbés sous le despotisme , ne brillcronl dans nos réclls que par 1 éclat des anncs.

La tyrannie éloigne du Sénat , du palais , de la tribune , les lumières , l'éloquence ; et l'on aurait vu disparaître totalement dans cette nuit profonde les sciences et même l'bonneur , si les unes ne s'étaient pas réfugiées dans les cloîtres de quelques studieux solitaires , et l'autre sous les tentes des guerriers.

Pour raconter avec quelque ordre les événemens mémorables de cette nouvelle époque , ayant écrit jusqu'à présent 1 histoire des successeurs du grand Constantin, nous n'en interromprons pas le com's; et nous allons les suivre dans l'Qrient, où nous les verrons , conservant avec une faible puissance de hautes prétentions, garder long-temps le nom d'empereurs romains que peu soutinrent par un caractère et des actions dignes d'un tel titre. Nous continuerons le récit de leur décadence jusqu'au moment où Mahomet II renversa leur trône , s'empara de Constantinople , abattit la croix , fit triompher le croissant et soumit tout l'Orient aux erreurs et au despotisme barbare de l'Alcoran.

Nous reviendrons ensuite porter dans l'Occident nos regards sur la France, qui la première, sortant des ténèbres et de la barbarie , s'éleva glorieusement sur les débris de Rome , et fonda par

le giénie de Charfemagite le nouv^ empire d'Occident.

Tableau Avaiit dc coiumeiicer le règne de Zenon , premens aiiié «lier cmpereilr d'Orieni âe cette nouvelle épo<:jue,

rieursàcetle ,, , i ^ /

chute. nous rappellerons en peu de mois les evenemen» qui avaient précédé son élévation ;événemens dont les grandes révolutions qui changèrent la face de Fltalie nous avaient forcé d'interrompre la suite.

Prëitniions A près la Hiort de Fempereur Marcien , l'homme

pouvoir, le plus puissant dans les camps , dans les conseil» et à la cour, était Aspar, né parmi les Alains. Parvenu aux plus grands honneurs par son cou^ rage , il aspirait à l'empire et s'en croyait digne ; mais , comme il professait Farianisme , craignant l'opposition du peuple et d'une grande partie d'à sénat, zélé pour l'orthodoxie, il espéra gouverner l'Etat sans porter la couronne , et fit élire empe- Eiretjon reur ^intendant de ses domaines, Léon. Ce do-

le sénat, mcstiquc couronne rai promit une ncféie obéissance , et s'engagea à décerner le titre de César à l'un de ses trois fils.

Léon , proclamé par le sénat , voulut donner à son élection imprévue une sanction sacrée : le patriarche Anatole le couronna ; et ce fut la première fois qu'on vit un évéque disposer en quelque sorte du diadème.

Dès que Léon fut sur le trône, il se rendit indépendant d' Aspar, qui s'aperçut trop tard quil s'était donné un maître.

I^éoii, vjersé dans Jeu lettres , aviiii in ibicsse d'un. Grec , la prudence d'un courtisan ;le débord^'c des fixiances qu'il voulut réparer le fit taxer d'avArice. Sa position elles mœurs du teraps le rendireat quelquefois cruel : pendant tt)ut son rcgue ai .se soutint plus par l'intrij^aie que par la force , et majmint plutôt la sûreté de l'empire en divisant ses ennemis , qu'en les combattant.

Sa femmie Vérine, tant qu'il vécut , joua la vertu par ambition, et se livj-a à la débauche dès qu'elle devint veuve.

La première fois que ses armées combattirent , la fortune couronna leurs efforts , et ses légions remportèrent une gr^ande victoire sur les Huns , qui avaient envahi le Pont.

Les hérésies troublaient toujours le repos de l'Egypte et de l'Asie. On demandait à grands cris dans ces provinces un nouveau concile : l'empereur, d'accord avecle pape et les métropolitains, déclara qu'on devait se soumettre aux décisions d» concile de Chalcédoine.

Les Ostrogoihs renouvelaient la guerre en 11lyrie : Anthème, gendre de Marcien, les défit et les obligea de condure la paix. Cependant Léon , malgré cette victoire , se soumit par le traité à payer un tribut annuel de 5oo livres d'or.

Les princes faibles oublient qu'acheter la pain c'est encourager à la guerre.

Les Ostrogoths lui donnèrent en otage le jeune

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prince Théodoric, âgé alors de huit ans. Cet enfant devint un grand homrae : sa captivité ne fut peut-être pas une des moindres causes de sa forttîiïé'j 'et probablement îl acquit, dans les écoles de Byzance et dans les camps romains, les lumières cpii le firent dans la suite briller avec tant d'éclat, et qui le rendirent vainqueur d'Odoacre et de l'Italie.

^^^^Efeiis'éë'iiiéme temps Constantinople revit dans s^' iiitifs ' la t^eliVc dé Valeniinien et sa fille Placidie, que Genséric, roi des Vandciles, lui renvoya. Ce roi'barblîre avait retenu dans ses Etats unfe autre princesse , Eùdoxie , sœur de Plaeidie : irFavait forcée à épouser* son fils Hunéric j mais cette reine, qui détestait l'arianisme , secoua son 'jè?ug', descendit du trône | et j préférant le cloître àupàMis> pri't'la'fuite et vint finir ses jours à Jérusalem';" '''^''* ^''''J'

Un 'zèlé 'aveugle pour la religion, dont on défeiidaît avec chaleur les dogmes et dont on violait avec audace les préceptes, s'était alors emparé de tous léè esprits; dans l'Orient les camps seraient devenus déserts, si on ne les eût remplis de barbares soldés. Les couvens se multipliaient, se peuplaient d'oisifs et de fanatiques; et lorsque l'empereur ne pouvait lever une armée capable de reconquérir l'Afrique, l'Espagne, la Gaule et l'Italie , il voyait se former et s'enrichir des communautés religieuses, dont quelques-unes étaient composées de

quaraule mille moines. Avec un tel esprit , le chef <Je Tempire pouvait plutôt prier que régner, et négocier que combattre.

Dans l'intention de sauver Pome, au lieu de faire marcher des généraux , il envoya des ambassadeurs à Genséric, et ne seconda Ricimer que par de faibles mesures. Une f jis seulemsni , réunissant toutes les forces de l'empire , il tenta im grand effort pour chasser d'Afrique les Vandales ; mais , au lieu de choisir pour une telle expédition le plus habile des généraux , cédant aux instances de sa femme , il confia à son beau-frère EasHiscus la flotte et l'armée.

Les aigles romaines revoient les côtes de Carthage. Le souvenir de l'antique gloire réveille les légions ; elles battent et mettent en fuite les barbares. Au lieu de profiter de la terreur répandue par ce succès , Basiliscus , qui préférait l'argent à l'honneur, accorde imprudemment une trêve. Genséric le trompe , séduit ses officiers , disperse les Romains , détruit leur flotte , et force Basiliscus à chercher son salut dans la fuite.

Il osa reparaître à Constantinople. Le peuple demandait sa mort ; pour le sauver , Vérine et Aspar le firent condamner à l'exil.

Une autre armée impériale fat battue , en voulant défendre les Squires contre les Goths. Le fils d'Attila, fondant son espoir sur la faiblesse de l'empire, marcha contre Constantinople; mais le*

Romains, soutenus alors par Valamire, roi des Gotbs , enveloppèrent les Huns et les exterminé^ rent. Valamire périt dans le combat. Les Ooths vengèrent sa mort par un affreuis carnage , et -choisirent pour lui succéder son frère Théodoric.

Elévation Antlièmc avait puissamment contribué à cette

il Anlnerne i

au trône, yictoirc par son courage. On lui devait le retour delà discipline dans les camps : l'empire d'Occident fut, comme nous l'avons dit, sa récompense.

Constantinople, aussi corrompue , aussi mal gouvernée que Ronie , ne semblait pas alors plus éloignée de sa chute que Tancienne capitale du monde ; la division de ses ennemis la sauva.

La Perse était déchirée par une guerre civile. Hormisdas et Perose se disputaient la couronne; Perose enfin l'-em porta. Mais bientôt il se vil atitaqué par les Huns ; et, après plusieurs combats, trop faible pour les vaincre, il voulut lestromper, et obtint la paix en promettant la main ^ sa sœur à Concha leur roi. Une esclave richement parée fut envoyée à ce roi barbare au lieu de la princesse; elle avait juré de ne point trahir ce «ecret. L'amour la fit manquer à ce serment, elle avoua tout ; conune elle était jeune et belle, le roi lui pardonna ; mais, résolu de se venger de Perose, il le pria de lui eiivo^ er , pour le seconder dans une expédition q^i'il projetait , trois cents de ses maeilleurs officiers . Lorsqu'i Is arrivèrent, une partie

fut îwassacr^e , <^t l'on i-envoya les autres à leui* maître avec les deux inaius coupées.

r.n i^nict i^; i-econiiiienca des deux côtés avtîc fureur , de sorte que les Perses , loin de pouvoir Irmibier le nepos de i'empife, ne s'occuijjèrent qu'à gagner l'amitié de Léon ; ils sollicitèrent son appui et n'en reçurent que d'illusoires promesse^.

Basiliscus , fiiibleà la guerre, audacieux à la cour, loin d'être abattu par ses défaites et par son exil, remuait par ses intrigues tous les hommes oorrom|ms de Tempire. L'impératrice Vérine et l'orgueill-cux Aspar le sonten aient. Ce patrice, ne pouvant s'accoutumer à 3a domination de son ancien intendant , reprochait à Léon son manque «de foi comme une bassesse qui !« rendait indigne -du' trône. « S'il ^est pettconvenahle à un prince , M répondit Léon , de paraître ingrat , il te se- » i'ait encore moins pour un empereur de se sou- » mettre en esclave à un ambitieux. »

L'empereur , inquiet de tous ces complots , «hércliait un applii coteti^ eux'; il vo-nlul s'allti-' <;her le peuple !e plus remuant et le plus bellicpieux de l'empire, les Isaures, qui, depuis Pom^ péfe , sortant fréquemment de leurs retraites inexpngnables et du fond de la Cilicie, avaient sans cesse porté sur toutes les côtes et dans t<>ùtes les provinces la terreur de leurs armes.

11 «xistait alors dans ce pajs un prince nommé zonon est Tarasiscodicée , puissant par l'anciemieté et parle

cousu I,

lO HISTOIBK

crédit de sa faraUle. Quoiqu'il fut contrefait de corps , médiocre d'esprit , et sans courage ni élévation d'âme , l'empereur lui donna en mariage sa fille Ariane , le créa patrice , lui fit porter le nom de Zenon , le nomma consul et lui confia le commandement des armées d'Orient.

Les Gotlis venaient de faire une incursion en Thrace : le nouveau patrice marcha contre eux. Aspar et Basiliscus, furieux de son élévation, gagnèrent dans son armée un grand nombre d'officiers et de soldats qui promirent de l'assassiner. Cause de sa Zéuou , iuformé de ce complot, ne put s'y

iiaine contre . ^ r • "1 T 1 l <

les csiho- soustraire que par la luite ; il se sauva cl abord a

liques.

Sardique, et de là à Antiocbe *. Là il se laissa séduire par un moine nommé Pierre le Foulon , chassé de son monastère pour ses débauches. L'Asie était alors en proie aux querelles religieuses et à l'esprit de parti ; toute la subtilité des Grecs était occupée à sophistiquer sur les mystères : les ariens niaient la divinité du Verbe; les nestoriens reconnaissaient deux personnes dans Jésus-Christ; les eutychéens ne lui accordaient qu'une seule nature ; toutes les familles se divisaient pour ces énigmes ,* le sang coulait pour ces absurdités. Zenon , subjugué par le moine qui professait ardemment ces hérésies , chassa d'Antioche Martyrius , évêque orthodoxe. Léon prit le parti de l'évêque, exila le moine, défendit les catholiques,

• An 469, i- A

DU BvS-EMPlUi:. 11

et inlerdit sévèiemenl, dans l'élendue de l'empire , touli travail, tout coiuinerce, tout spectacle, les dimanches et les jours de fêles. De là naquit cette haine im[)]acablc de Zenon contre les catholiques, qu'il persécuta tout le temps de son règne.

Tandis que l'empire romaiii, courbé ep. Italie v.vi,,c-

, mens il in

sous le joug des barbares, était déchiré en Orient la Gauie. par les discordes religieuses, il perdait dans la Gaule les faibles débris de sa puissance. Childéric, roi des Français, étendait chaque jour ses conquêtes ; bientôt les Bourguignons portèrent leur$ armes depuis Dijon jusqu'aux rives de l'Iser. Gon? debaud , chassé par ses frères, se sauva en Italie, épousa la fdle de Piiccimer, revint avec une forte armée dans les Gaules, reconquit son irôn^^ .massacra les princes qui l'avaient forcé de fuir j>et n'épargna que les deiix filles, de Chilpéric : l'une d elles prit le voile ; la deuxième, élevée à la cour de son oncle, fut la célèbre Clotilde, qui épousa Clovis , et convertit son époux et la France.

Le faible Léon apprenait avec indifférence cqs névoUe

, , , ., , . . parmi le

evenemens, dont il ne pouvait rompre ni retaruei: peuple. le cours; entouré de complots et d'intrigue^, il se soutenait à peine sur un irône chancelant. Importuné sans cesse par Aspar, il céda à ses instances, a ses menaces , et nommsi César l'un de ses 'fils , qui s appelait Patricius. Son choix ne put tomber sur laînéj Artabure, parce qu'il était ^rien. Comme on croyait toute cette fajiiille livrée à l'hérésie, le

la HISTOIRE

peuple, excité parles pré ires, se révoile, *'a mie,, el ve«l massacrer le nouveau César, qwe l'empereur enferme dans son palais.

Aspar, afin d'échapper à la fureur de la muitilude, s'était rcfrigié dans une église : l'empereur ne put apaiser celle sédition qu'en faiisant déclarer solennellement au peuple, par le pairiarclie, que Patricius avait réellement embrassé la foi catholique.

Conai-ira- La reconnaisancc est un sentiment étranger au

«ion d'As- "

céon""'"^^ cœur des ambitieux. Aspar et ses fils, pressés de régner, conspirent contre l'empereur : Léon en est informé, dissimule son ressentiment, les invite à venir dans son palais, et les fait égorger. Patricius seul trouva le moyen de s'échapper. L'empereur confisqua les biens de cette famille puissante, dont la ruine fonda la fortime de Zenon.

Aspar, comme chef de la milice, avait au grand parti dans les troupes : Ostrya, commandant les Goths auxiliaires, voulut le venger, attaqua le palais impérial et fut repoussé par la garde.

La multitude , qui déteste les grands en faveur, s'intéresse à eux dès qu'ils sont disgraciés. Elle applaudit aux efforts d'Ostrva , et plaignit Aspar qui, disait-elle, environné de tant d'amis dans les jours de sa puissance , n'en avait conservé qu'un après sa mort.

Théodoric le-Louche, roi des Cfelrogotbs, avait

dl: bas-^EMFIKK. i5

éjKHtsë une nièce d'Aspar : il prit le parti d'Ostrya, déclara la guerre , ravagea pendant deux ans la Thrace , et [)orra ses armes jusqu'au pied des murs de Constantlnople.

Léon, craignant alors que Tliéodémir, roi des Goths, établi enPannonie, et qui venait de vaincre les Suèves, ne se joignît aui Oslrogolhs , sollicita son amitié, lui fit offrir des présens magnifiques , et luirenvova son fils, le jeune Tliéodoric, alors âgé de dix-huit ans, et qui, depuis dix années, était resté en otage à Constantinople.

Tous les grands caractères sont généreux. Théodoric , pour prouver sa reconnaissance à Léon , lève à l'insu de son père six mille volontaires , attaque Babay, roi des Sarmaies, qui s'était emparé de la haute Mœsie, le défait, le tue, et veut rendre cette province à l'empire. Mais Tliéodémir, en louant ses exploits , garda sa conquête; et l'empereur la lui céda pour conserver l'alliance d'un voisin si formidable.

Ce fut à cette époque qu'on vit à Naples une si Empiiou forte éruption du Vésuve, o^g les cendres, lancées par ce volcan , furent portées jusqu'à Constantinople»

L'Italie échappait alors à l'inflaence de l'empire Mort d'Orient. Riccimer , craignant le sort d'Aspar , avait tué l'empereur de Rome, Anthème. Olibrius lui avait succédé, et Glycérius venait de remplacer celui-ci, en bravant le courroux de Léon, qui

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avait donné l'empire de Rome à Julius-Ne'pos son neveu.

snccfslcnrs ^^ faîb^essc d'uD monarquc excite la défiance cijJr'i'uV, ^^ ses sujets , l'audace de ses ennemis, le mépris de ■ pos. * "' ses alliés : Théodémir, sans ménagement pour un empereur qui ne lui était attaché que par crainte , attaqua l'IUyrie, s'empara de Neisse, parcourut la Thrace, pilla Héraclce et Larisse. Léon, qui n'avait point de forces à lui opposer, implore le secours de ses anciens ennemis, Théodoric-le-Loucbe et Ostrya, supporte leurs dédains, leurs railleries outrageantes sur le litre de fils qu'il avait donné au jeune Théodoric; et pour obtenir leur protection il leur paie un tribut, et les revêt de la dignité de maîtres de la milice.

C'était se soumettre au joug que les barbares imposaient alors aux empereurs d'Occident. La position était pareille; et le hasard seul sauva Constantinople d'une cbule aussi honteuse que celle de Rome, et que les mêmes causes auraient dû produire.

Léon II Léon, dont la politique incertaine n'avait ja-

est nommé ^ ^ ^

Augusif. mais pour base la force ni la justice, au mépris du traité conclu avec le roi de Perse , forma une alliance avec un chef de Sarrasins qui ravageait alors les provinces méridionales de ce royaume , aussi faible au dedans qu'au dehors. Dominé par ceux qui l'entouraient comme par ses ennemis , il céda aux vœux de sa fiUe Ariane, et voulut couronner

DU BAS-EMPIRR. l5

Zenon son gendre. Mais la résistance du peuple , qui détestait à la fois les Isaures , la difTormlté de Zenon et la méchanceté de son caractère, l'obligèrent de renoncer à ce dessein : il donna le titre d'Auguste à Léon , fils d'Ariane et de Zenon , âgé de quatorze ans , et le nomma consul *. Ce fut le , ^°^\ dernier acte de son autorité; il mourut de la dyssenterie à l'âge de soixante-treize ans ; il en avait régné dix-sept.

Les Grecs, dont il avilit et ruina l'empire , lui donnèrent le titre de grand , parce qu'il était orthodoxe ; on a conservé de lui le souvenir d'une belle parole : a La majesté souveraine, disait-il, » consiste dans la justice : les princes ne doivent » se croire permis que ce qui l'est aux parti - » culiers. )) Cette noble pensée aurait sufïi à son éloge si elle avait réglé sa conduite; mais, dans ces temps de corruption et de décadence, le vice était en action et la vertu en maximes.

Ce n'était point assez pour Zenon de gouverner Régenee l'Etat , comme régent , sous le nom de son fils Léon; il aspirait au trône avec une ardeur d'autant plus vive qu'il était moins digne de l'occuper. Sa femme Ariane et sa belle-mère Vérine lui conseillèrent de s'en emparer par un crime horrible : il le commit.

Les deux impératrices s'assurent par leurs in-

' An 474.

l() HlSTaiHB

trîgnes dés stiflV»«*es d'une partie dit sénat et âé rarmée. EDes convcxpient le peuple qui se rassemble sur la plîtce de l'Hyppodrorae , au pied du trône du jeune empereur Léon. Les perfides conseils de sa mère et de son aïeule lui avaient dicté d*avance les paroles qui le perdirent. Zenon so„ s'approche respectueusement de lui, et s^igenouille

élévation au -i» ii »» • j^

trône. pour lui rendre hommage : le jeune prmce cle'tache son diadème de son front , le place sur la tête de son père ; en même temps il Je proclame Auguste et Je déclare sotï collègue.

BTort La multitude , toujours facUe à émouvoir , applaudit à cet acte généreux de l'amour filial. Peu de jours après, le poison termina le règne et la vie de cet enfant infortuné.

Zenon réunissait, dans un corps difforme et dans une âme basse, tous les défauts et tous les vices des plus médians princes. Présomptueux, lâche, défiant , capricieux , ingrat , cruel , il payait les plus grands services par l'exil , et les plus légères offenses par ïa mort; il s'efforçait de cacher sa laideur par le f^rd , son impiété par le faux zèle, et sa lâcheté par la forfanterie ; on le vit toujours menacer les barbares'que jamais il n'osa combattre; et la fortune , en l'élevant au rang suprême , ne fit qu'accroître et mettre en lumière tous les vices qu'il avait reçus de la nature.

L'histoire d'un homme aussi vil , d'un tyran si faible et si méprisable , serait peut-être tombée

DU BAS-EMPIRE. l^

par le dégoût dans l'oubli, si son règne n'avait ^as été répoqne de grands événemens.

Son orgueil', en voulant commander aux consciences , devint la cause de la première guerre religieuse qui ait ensanglanté la terre ; jusque là les hérésies n'avaient produit que des séditions.

Sa faiblesse favorisa la fortune et la gloire du plus grand homme de ce siècle , de Théodoric , et fit perdre l'Italie à l'empire.

Le ciel paraissait dansée moment réunir contre' l'Orient tous les fléaux de sa colè)'e; Zenon avait un fils qui s'efforçait d'imiter et de surpasser ses vices. L'excès de ses débauches délivra la terre de ce jeune Néron.

Les deux frères de l'empereur, Conon et Longin, ne se rendaient pas moins odieux : le premier ne se plaisait qu'à répandre le sang 3 l'autre, toujours ivre , outrageant les femmes les plus distinguées, enlevait celles des premiers magistrats. Il assouvit , dit - on , sa brutalité sur toutes les vierges d^un monastère.

L'acte de l'empereur qui signala le plus sa la- ^ban-ion cheté fut Fabandon de Rome. Le Sénat, subjugué [!arZé°n™n. par l'usurpateur Odoacre , lui envoya le décret qui abolissait le titre d'empereur d'Occident , et qui détrônait à la fois le prince choisi par les Romains, le faible Augustule , et Julius-Népos , neveu de son prédécesseur Léon, revêtu par lui de la pourpre.

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