‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 2 sur 47 · TOME 8. Si · texte numérisé non relu

TOME 8. Si

1 8 tîISTOIRK

Fiévau..n On exigeait qu'il iilvcslîl Odoacfc de la dionité

û'O.lo.rio . . .

in iiai.f. Je patrîce et du pouvoii* suprême en Italie: Zenon ne soutint par les armes ni les droits de Népos, ni ceux de l'empire , et la crainte remporta sur là vois de l'hoiineur : il céda Rome.

La Vanité lui dicta d'abord un refus hautain ; mais bientôt , domine par la peur, il livra l'Iialie à Oiloacre , le nomma patrice , et se contenta d'un vain hommage qui ne constatait (jue son orgiieil et son impuissance.

Vainement;, à Cette épOcjue de l'avilissement du trône , quelques hommes courageux voulurent défendre dans la Gaule les débris de la puissance romaine. La vaillance du gendre d'Aviins, et la fermeté de Sidonius A pollinaris , évéque de Glermont , avaient chassé de l'Auvergne le roi des Visigoths. Julius-Népos céda depuis cette province ; et le faible Zenon , en abandojmant l'Italie, rendit celle perte irréparable.

Tiirasîoii Le N^épris qui^Mpirait Zenon redoubla l'audace des barbares : quelques tribus de Sarrasilïs ravagèrent la Mésopotamie ; les Huns énvalùrent la Thrace ; les vaisseaux de Genséric répandirent 1» leri-eur sur toutes les côtes de l'empire. Arai.asaaiie Zéuoii , quî n'opposait à ses ennemis que de l'ai-gent et des inti-^gues ^ envoya au roi des Vandaks un ambassadeur dont la sagesse ftit plus utile à l'empire qu'une armée.

Dans ce temps de corruption, Sévère s'élail ac-

nu bas-ei\ipiue. K)

rpûs par sa vertu une si grande ronomm('<> qu'on croyait revoir en lui un ancum Romain; roplnlon publique Je comparait aux Fabricius et aux Calons. Lorsqu'il vint à Carthage , les troupes de Genséric étaient déjà débarquées en Epire , et faisaient trembler Zenon dans sa ca{)italc : la vertu de l'anfibassadeur , son éloquence , son adroite fermeté inspirèrent tant dér respect à Genséric qu'il conclut la paix, et lui dit : « Je vous rends gratuite- » ment tous les captifs grecs et romains dont ma » famille et moi nous pouvons disposer ; les autres » appartiennent à mes officiers, à mes soldats, je » n^eli suis pas lé maître : je vous autorise à les ra- » cheter. » Sévère prodigua toute sa fortmie et vendit jusqu'à sa vaisselle pour délivrer ses concitoyens. II signa un traité qui assurait l'évacuation de l'empire, garantissait k tranquillité du commerce, et promettait le rétablissement des églises ei la tolérance du culte catholique. Ainsi la vertu d'un sciA homme obtint d'un roi barbare ce que les légions g>recque«» et romaines n'avaient pu lui arracher.

La cour de Constantinople était à la fois un théâtre conspîrade vices et de discordes. L'intérêt et le criine rom- i-"" tônirc pent promptement les liens qu'ils ont formés. Vé-flv°u"'<]c^'' rme , que Zenon contrariait dans ses amours , et qui n en obtenait pas le crédit qu^elle avait espéré , forma une conspiration pour dojiner le trône à Basiliscus son frère. Un guerrier plus fameux par

20 llISTOlRi;

sa beauté que par son courage , Harmace, amant de Zéiionide , femme de Basillscus , séduisit quelques troupes ; il avait remporté des succès en ïhrace : vain de ses légers triomphes , il portait une armure semblable à celle d'Achille ; la populace l'aimait et le nommait Pyrrhus ^ elle prit avec chaleur son parti. Au bruit de l'émeute , le timide

Tuile i '

de Zenon. Zéuon , cffrajé par les agens de Vérine, se sauve

avec ses trésors à Chalcédoine , et de là en Isaurie :

son départ fut le signal du massacre des Isaures

qui se trouvaient dans la capitale.

Basiiiscus Lg peuple proclame Basiliscus empereur ; Vé-

est cinpe- 1 1 l i

leuj. rine couronne elle-même son frère; Harmace est nommé général et consul. L'usurpateur accable le peuple et le clergé d'impôts , méprise , irrite sa sœur Vérine, et fait assassiner son amant. Esclave des volontés de sa femme , il se déclare pour l'hérésie d'Eutychès. Révolt; Les ennemis des catholiques triomphent: un

contre iui. ^ *■

grand nombre d'évéques anathématisentle concile de Chalcédoine : le patriarche Acace refuse seul de souscrire à leur décret. Il paraît en deuil , symbole de sa douleur j il couvre d^un voile noir l'autel et le trône épiscopal ; ce spectacle enflamme les esprits du peuple qui se révolte. Au milieu de ce tumulte, le feu prend à la bibliothèque publique et consume cent vingt mille volumes. La garde ( omprime cette sédition , et Basiliscus ne cède ni

DU B.VS-EIVIPIKI;. 21

aux murmures de la multitude ni aux prières du pape '*'.

Ceriendaiîl les Isaures s'c'laienl armés pour dé- Lâcheté

' ^ *• «lo Zèiion.

fendre Zenon ; il marcha à leur lele ; mais, à la vue de l'avant-garde ennemie, il prit lâchement la fuite. La fortune seule sembla s'opiniâlrer à le faire remonter sur le trône qu'il abandonnait.

Un brave général, Illus, traité avec hauteur par Basiliscus , le trahit, et joint ses troupes à celles de Zenon , qui , rassuré par ce renfort , s'avance sur Constantinople . Les troupes se joignent près de Nicée. Au moment du combat, Zenon veut encore fuir : Illus l'en empêche , et séduit à force d'argent Harmace, qui sacrifie , à l'appât de l'or ses sermens, son maître et sa maîtresse. Ba- „ *'^"' "^^ siliscus , voyant ses troupes en déroute , se réfugie dans une église : on lui promet la vie; il se rend; on l'enferme dans une citerne; il y meurt de faim.

Zenon , pour excuser ce manque de foi, prétendait n'avoir pjromis que de ne point répandre son sang. Il ne fut pas plus fidèle à la parole qu'il avait donnée à Harmace d'élever son fils au rang de César: ce fils reçut l'ordre de se faire prêtre ; Harmace, fut assassiné.

Zenon , redevenu maître de l'empire , apaisa le pape par des promesses , le peuple par des libéralités , et se vit décerner comme à tous les tyrans

Si2 HISTOlUli

heureux , des félicilaiions , des éloges et des statues.

Ce fut vers ce temps que moururent Théodémir , roi fameux des Ostrogoths , et Genséric ^ le maître de Carthage, le conf|uér^nt de Rome.

La loi des Vandales donnait le sceptrç: au pliis âgé des princes : il en résultait que le nouveau roi condapinait à la mort les princes de sa maison qui étaient m2§ avfintses propres enfans. Gensériq avait employé ce rpoyen bftrjjare pour assurep le trône à son fils Hunéric. Celui-ci, plus occupé de pl^isirji que de gloiie, fit perdre aux Vandales l'habitude des aoinbgts : la guerre avait élevé leur puissance , lo lôpos la fit topiber- Traité Je hcs. Qstrogotl^s^ ét^blis en Thr^çe eî- ev, Pan-

y.^ix entre . , . 'il

zé.ionciiesnonio, étaient govivernes 4iQrs, \es, premiers, par Uoiic. Théodoriç-le-Louche , et les autre» par TbéodorÏG-l'iVWiise qui mérita et reçut le ftom de Grand ; le Louçl^e ayait favorisé la révolte deBasiliscus; l'Aipasej depuis qu'il avait succédé à âgw père Théodémir, était resté fidèle à Zéuon.

L'eni()ereur, se conformant aux coutumes des Gotbs, des Francs et des Allemands, coutumes cp-d donnèrent naissance aux institutions clievaleresques et féodales, adopta Théodoric-l'Auttase pour fils d'arme^, et Je détermina à faire iU guerre à Théodoric -le -Louche, en lui promettant un secours de quarante mille hommes. Il espérait, détruire fuii par l'autre ces princes belliqueux ; et.

DU BAS-EMIMRE. fiS

pour rendre culro eux la balance pUw «jjulc , il se j'urdtt bien d'envoyer à son tils adoplif les troupos ({u'il lui avait promises.

Les armées des deuxThéodoric se i-encontrèrent bientôt au pied du mont Rhodope. Le signal était donné , les traits allaient partii*, les cris des soldats annonçaient un combat sanglant, lorsque Tbéodoric-le -Louche s'élance seul bor» des rangs, s'approche rapidement de l'Amase , et s'écrie: <c Ck)iu- M ïUQnt «o peutril qu'un homme libre, qu'un prince » d'une race illustre conmie la mienne , défende » un tyran, combatte pour un traître, port^ le » joug d'un lâelie , et tombe ainsi volontairement » de la liberté dans la servitude, de l'opulence » dans la misère? Oublions nos ressenliniens et » réuniââons nos forces contre ï'ennemi perfide » qui fonde sur nos divisions l'eapoir de notre » ruine* »

Les 4eu^ armées applaudissent à ces paroles ; les deuît Théodorie s'embrassent et corteluent In liais. Zenon, consterné par leur accord, par leurs reproches, épouvanté jiar leurs menaces, n'osé rejoindre son armée. Cette lâcheté décourage sess légions c|ui se thsperscnt, et Tempereur, vaincu i»iM*s combaiU'e , signe un traité Jionteux.

Théodoric-le-Lotu-lie oijtint que reinpereuisolderait treize mille Goths, lui donnerait le coomtmaodement de deuK compagnies de la garde impériale , Cl le revétiiait de la charge de général du

aé HISTOIRE

palais, qui appartenait à Théodoric-rAmase. Celui-ci, indigné de cet affront, ravagea toute la Thrace. Théodoric -le-Louche ne s'opposa point àîcette invasion : a Je ne veux point combattre, » disait-il, le fils adoptif de l'empereur ; je m'afw ! flige seulement de voir périr tant d'infortunés » paysans, tandis que leur lâche empereur et » l'impudique Vérine se livrent tranquillement à » leurs débauches. »

Conspira- . Lg désîr dc renverser Zenon était dans tous les

tiondeMar-

dcn^ contre (^ursj; mais partout les soldats, insirumens du despotisme, le défendent long-temps Contre le mécontentement des peuples. Cependant Marcien, fils d'Anthème et gendre de Léon , trama, avec ses frères Romulus et Procope , une conspiration dont l'activité des délateurs ne put pénétrer le secret jusqu'au jour où elle éclata.

Au signal donné , les con j urés marchent contre le palais ; la garde est repoussée ; l'empereur se voit assiégé , il est près de se rendre. Marcien, se croyant sûr de son triomphe , remet l'assaut au lendemain. Pendant la nuit, lUus débauche une partie de ses soldats, met en fuite les autres, fait îses deux frères prisonniers , et le force à se réfugier dans une église : par crainte, et non par clémence, Zenon , épargnant ses jours , l'exila dans une forteresse en Isaurie.

Les deux Théodoric continuaient à dévaster i'eriipire. Sabinien, général de Zenon, heureux

DU BAS-liMPlRIi. 25

dans quelques combats, avait obtenu/ le surnom de Grand , qu'on accorde à de légers succès dans' iin temps de désastres. Une trahison lui livra Dyrracliium; une manœuvre liabile lui fit couper l'àrrière-gardc dcsGolhs, qui perdirent cinq mille hommes et deux mille chariots. Cet avantage, le seul qu'eussent remporté depuis long- temps les armes grecques, était trop faible pour dissiper les terreurs de Zenon, il consulta le Sénat sur les mesures à prendre contre ces deux redoutables ennemis. ' Le Sénat répondit que le peuple et le trésot* étaient trop épuisés pour contenter l'avidité deS deux Théodoric , et qu'il fallait satisfaire l'un des deux et combattre l'autre. , '

Une mort soudaine délivra dans ce moment Mori de

. 1 /% m • Tliéddoric-

1 empire des fureurs de Théodoric-le-Louche. k-Loucho. Suivant l'usage des Goihs, on suspendait, devant la tente de leur chef une grande javeline : Théodoric montait un cheval fougueux qui se cabra au moment où il passait sous le javelot, dont la pointe perça les flancs du roi et termina sa vie.

Tiiéodoric-l'Amase réunit sous son pouvoir nignitésde tous les Ostrogoths; il s'était déjà rendu maître lAmase. de la Thessalie. L'empereur subit les lois qu'il lui dicta, le nomma consul, général des milices, préfet de Thrace , lui érigea une statue équestre sur IHyppodrome , le reçut à Constantinople plutôt comme son maître que comme son allié, et lui céda la Dacie et une partie de la basse Mœsie.

Thcodorie aurait alors placé sur son front la couronne impériale d'Orient, s'il ne l'eût dédaignée. Byzance avilie ne tentait pas son ambition ; ses vœux le portaient vers l'Occident, où la forlune semblait l'appeler. Passionné pour la gloire , il ne crut la trouver que dans son ancien temple et sur les débris de Rome.

iT.ënotrul'î L'empereur, délivré de la crainte des Golhs, s'occupa des troubles religieux qui duraient toujours depuis la révolte de Basiliscus ; croyant pouvoir comprimer toutes les hérésies par un coup d'autorité , il publia un édit d'union qu'on appela Vhèriotidfue , et que ses suites rendirent fameux. Il défendit dans lout l'Orient de reconnaître d'autre symbole que celui de Nicée , et analbémaiisa Nesloiius et Eutychès : le formulaire qu'il avait dressé, loin de calmer les esprits, augmenta leurs divisions et enfanta de nouvelles hérésies.

X»es ariens l'accusèrent d'impiété; le* catholiques lui reprochèrent de violer le respect dû au concile de CUalcédoine , et de porter atleinle à l'autorité de l'Eglise.

Le pape Félix fît de vains efibrts pour rétablir la concorde : on vit des légions de moines s'armer et se mettre e» juarche pour combatAre l'empereur; mie piiî'tLe du peuple embrassa leur cause. On accusait lUus de vouioLr rétabUr l'idolâtiie et d'aspirer à l'empire. Vérine, jalouse de son crédit, ^ arma des assassins coaitjre sa personne j le conif>lot

fut clccouvcrl. Zenon livra sa belle-mère à la vengeance d'Illus qui la fit enfermer en Cilicio.

L'impératrice Ariane avait osé prendre le parti de sa mère ; Illus raccuse , non sans fondement , d'un commerce criminel avec Ana«lase, silenciaire du pajais. Zénç^ ordonne la mort de sa femme , et çroi*. §on ordre exécuté : tout à coup elle paraît aux yeux du lâche empereur tjui tremble à sa vue et lui perniet de se venger.

Un assassin , armé par elle , attacjue Illu3 ^ et ne lui porto qu'un coup mal assuré. Zenon , épouvanté, jurQ (ju'il n'a point trempé dans ce complot. Illus, indigné de la perfidie d'un prince qu'il avait deux fois sauvé , dissimule son courroux, demande la permission de s'éloigner, reçoit le commandement des troupes d'Orient, se rend à Antioche, et proclame empereur Léouce, général syrien , dont on estimait l'esprit et la bravoure.

Vérine est tirée de prison. Cette orgueilleuse R.iit prmcesse convoque 1 armée , couronne JLeonce p et publie un édit dont l'indolence a consacré le souvenir :

(f Viiriiie Auguste à nos préfets et à noi peuw pies , salut, Vous savez que l'empire est notre » patrimoine : après le décès de Léon , notre » çpoux , nous avons élevé au trône l'Isaure Ta- » rasiscodicée, qui se nomme aujourd'hui Zenon. » Nous croyions qu'il vous rendrait heureux ; mais » son avarice et son impiété nous ont prouvé qu'il

»' fallait vous doriner un prince plus juste et plus » chrétien. Nous avons donc couronné le très- » pieux Léonce; reconnaissez-le connue empereur »' des Romains. Quiconque s'y s'opposera sera »" traité comme rebelle. »

Victoire de Léouce ct lllîis réuuis livrèrent bataille près

TJiéodoiic. • • , . '■

d'Antioche à Longin, frère de 2énon, et 'mirent son armée en déroute ^. Mais Tliéodoric, embrassant la cause de l'empereur, tailla en pièces les rebelles, les poursuivit et s'empara de leurs chefs; lès têtes d'Illus et de Léonce , plantées sur des pieux , servirent de spectacle au peuple de Constantinople.

Théodoric, après avoir relevé le trône de l'infâme Zenon , connaissait trop sa perfidie pour rester imprudemment près de lui. Insatiable de gloire et de combats, il courut attaquer les Huns , habitans des rives du Volga , qu'on appela dans la suite Bulgares. L'égalité la plus entière régnait parmi ces peuples ; les distinctions, qu'ils n'accordaient qu'aux plus braves d'entre eux, étaient graduées sur le nombre d'ennemis qu'ils avaient tués. Théodoric les défit sur les bords du Borysthène, et renversa leur chef d'un coup de lance. ' Le nom romain perdit à cette époque dans les Gaules son dernier appui. Syagrius , battu par Clovis, chercha vainement un asile à ToiiloySe;

* An 485.

DU BAS-EMWRF.. ^9

Alaric, roi des Visii^^otbs , le livra au roi des Français, qui lui fit trancher la tête.

Zenon se rendait de plus en plus odieux et méprisable : passionné pour les jeux du cirque , il encouragea par son appui l'insolence de la faction verte, dont les partisans commirent dans l'empire les plus grands désordres; ils massacrèrent à Anlioclie un grand nombre de Juifs, L'impunité des meurtriers excita une révolte en Palestine. Les Juifs élurent un roi, nommé Jutuza, qui s^empara de Sicbem et de Césarée ; les Hébreux égorgèrent une foule de chrétiens. Mais Asclépiade, gouverneur de Palestine , combattit les rebelles , les défit complètement, prit leur nouveau roi, et envoya à l'empereur la tête de Jutuza ornée du diadème.

L'empereur , toujours ingrat , éludait les pro- Marche Hs

n • ^ rrii ' 1 ■ 1^45 A r 1 Tliéodoric

messes faites a iheodoric. Dun autre cote , les contre zé- Golhs s indignaient avec raison de voir leur roi s'abaisser sous le pouvoir d'un lâche empereur , et porter le nom de préfet, de général et de consul ; l'esprit de liberté , qu'on ne trouvait plus à Rome et à Byzance , faisait alors la force des peuples barbares, et l'autorité de leurs princes était très-limitée. Tliéodoric, cédant au vœu de sa nation, rompt son alliance avec l'empereur, et s'avance jusqu'aux portes de Constantinople , portant devant lui la flamme et l'épouvante.

Zenon, incapable d'arrêter ce torrent, veut le entrcvm. détourner par sa soumission^ et propose à Théo-

3o HISTOIRE

doric une entrevue ; le roi des Gollis l'accepté, et , certain que la terreur de son nom le garantit de tout danger , il entre sans troupes à Constantinople, et paraît seul aux yeux de l'empefeur. ,iM u'ilfe à Après avoir écouté dédaigneusement les repro-^ ihè«doiic. ^j^es (Je Zenon, a Voulez-Voùs , lui dit-il, éviter la » ruine qui vous menace ? Il ne vous en coûtera y) qu'une parole. Vous avezi livré honteusement y> aux Hérules l'antique berceau de voire empire, y) l'Italie ; laissei-moi en tenter la conquête. Si je y) réussis , nous en i^artagerons l'honneur. Rome , j) au lieu de dépendre de vos ennemis , sera gou- . » vernée par le fils que vous avez adopté ; si je » péris dans cette entreprise , vous y gagnerez » encore , car vous serez dégagé des subsides » onéreux que vous me payez. »

Zenon accepte cette proposition , espérant que les Goths, dont il allait par là obtenir réloignement, trouveraient leur tombeau en Italie.

11 en fit donc la cession par un édit solennel ; et, suivant les anciennes coutumes , il donna llnve^iture de cette nouvelle souveraineté à Théodoric, en lui posant sur la tête im voile sacré.

Après la conquête, les Goths prétendirent que l'empereur avait fait à leur roi l'abandon total <le ces contrees, les Grecs soutinrent que Théodoric n'en avait reçu l'investiture que pour les gouverner comme lieutenant de l'empereur.

Les peuples du Nord , qui ne connaissaient

Giiorre entre Utlua.

DU BAS-EMPIRE. 3l

J'aulrc droit que la force, ne chcrcliaicnt pas, comme les politiques modernes, de plausibles prctexles pour couvrir leurs invasions d'une apparence de juslice : cependant, si le roi des Goihs en avait voulu trouver un pour marcher en Italie, le sort le lui offrait.

Odoaci-e, jusque là favorisé parla fortune, venait de porter ses armes jjisqu'aux rives du Danube, jorli!.^'"''*' et, après avoir défait complètement les Ruges, il revint en triomphe dans Ravenne, traînant à la suite de son char leur roi Féléthée , chargé de chaînes. Par un cruel abus de la victoire , il fît trancher la tête à son captif. Les Ruges avaient la même origine que les Goths : Frédéric , fils de Félclhée , vint implorer le secours de Théodoric, qui promit de le venger *.

A la voix de leur prince , ks Goths s'arment ; tout« la nation s'ébranle; les vieillards, les enfans suivent l'armée : la Dacie et la Mœsie sont abandonnées par eux , et, comme s'ils étaient certains de la victoire , ils quittent sans regret leurs villes, leurs champs , leurs foyers. L'ardeur de vaincre éteint en eux tout autre sentiment, et déjà ils «e connaissent plus de patrie que la riehe contrée qu'ils vont conquérir.

Celte foule innombrable prend la route de Sirmium , marche sans magasins , ne vit que de chasse et de pillogse , et , avant de combattre , se voit au

* An 488.

moment d'élre détruite par la famine et parla peste.

Accablée de fatigues, elle arrive sur la rivière d'UIca : les Gépides lui en disputent le passage; à leur aspect, les Gotlis reculent; Théodoric impatient s'écrie : (( Que les timides s'arrêtent! que » les plus braves me suivent! Peu de guerriers me » suffiront pour vaincre , mais tous profiteront de » la victoire ; que tous vos étendards levés s'ap- » prochent , m'entourent , et me signalent aux » ennemis. Je veux servir de but à leurs traits : )) mon bras leur apprendra bientôt que c'est à mes » pieds qu'ils doivent déposer leurs armes. »

A ces mots , il s'élance presque seul dans le fleuve , et le francliit en renversant tous ceux qui s'opposent à ses coups : l'armée entière, entraînée par son courage, le suit. Tiasilla, roi des Gépides, Busa, roi des Bulgares , expirent sur le champ de bataille; leurs troupes sont enfoncées; une partie est tuée, l'autre prend la fuite; leurs camps, leurs, trésors , leurs vivres , tout devient la proie des Goths, et Théodoric vainqueur pénètre sans obstacle dans la \énélie.

Odoacre était campé entre Aquilée et les Alpes Juliennes , sur les rives du Sonzo . où se trouve aujourd'hui Goriiz. Théodoric, après avoir laissé prendre quelque repos à ses troupes , livre bataille à Odoacre , triomphe de sa résistance par l'impétuosité de l'attaque, le poursuit jusqu'à son, camp, s'en empare, et le contraint de se renfermer dans

dans Vérone. Il data son règne en Italie du jour de celte victoire ^.

Tandis qu'il assiégeait Vérone , Odoacre , que victoire de son malheur n'avait point abattu, reçoit un fenfort: '^""^" au milieu d'une nuit obscure , il sort de là ville , surprend, égorge les postes avancés, et pénètre dans le camp ennemi. Théodoric dormait paisiblement dans sa teiite ; il est éveillé par les cris de sa mère et de sa femme, qui, le glaive à la main, l'appellent au combat ; il se lève , s'arme , voit les Goths' fuir, s'élance au milieu d'eux , les arrête, les rallie, se précipite sur les soldats d'Odoacre, qui, se croyant vainqueurs, se livraient au pillage : il en fait un grand carnage , les met en déroute, et les poursuit si vivement qu'il entre pêle-mêle, avec les fuyards dans Vérone.

Odoacre s'échappe et court à Rome. Depuis long-temps cette ville, dépouillée de gloire, était ouvertie aux vainqueurs et fermée aux vaincus';^! les Romains défendent l'entrée de la ville à cet Odoacre qui naguère était l'objet de leurs serviles hommages , et lui déclarent qu'ils ne reconnaissent d'autre maître que Théodoric, nommé par l'empereur d'Orient pour les gouverner.

Milan, plus fidèle, voulait se défendre j mais la politique de son évêque et la trahison de Tuf fa, général d'Odoacre, en ouvrirent les portes à l'heureux Théodoric.

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