‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 16 sur 47 · TIBERE SECOND^ DIT CONSTAINTIN · texte numérisé non relu

TIBERE SECOND^ DIT CONSTAINTIN

(An 578.)

LjA mort de Justin faisait renaître l'espérance dans l'empire , et remplissait surtout de joie sa veuve , l'ambitieuse Sophie j elle se croyait certaine de conserver le trône et de le partager avec le prince qui lui devait son élévation : mais Tibère n'avait feint de condescendre à ses vœux que pour parvenir au pouvoir suprême, et il avait trompé sans scrupule cette femme perfide et hautaine , à laquelle Justin avait dû ses fautes, Narsès sa chute, l'Italie sa perle.

iNi.nriagc Le nouvel empereur se présente au cirque ; le

Je 'J JUcrelI

- 1 d' Allas- peuple le salue avec de vives acclamations, et demande à grands cris qu'il lui montre Iniipératrice. Déjà Sophie s'avance remplie d'orgueil pour re-

nu bas-empike. 221

ccvoir à la lois la conronno impériale el celle de riiynicn ; tout à couj) clic voit paraître une jeune et belle Grecque, suivie de deux enfans, fruits «l'un hymen caché; on la nommait Anastasie. Tibère l'embrasse, la couronne, et jette de l'argent à la multitude qui éclate en transports de joie. Sophie se relire furieuse et consternée; en conspimvain Tibère, pour la dédommager et l'adoucir, lui ni.ie contre conserve le rang mipenai, lui donne un magnifique palais , prodigue pour elle les plus grands honneurs ; Tamour el l'ambition trompés s'otîensent du respect, et regardent la reconnaissance comme un outrage; elle jure sa perte, et séduit le général Justinien , en lui promettant son appui pour l'élever au trône.

Tibère s'éloigne quelques jours de Gonstanlinople ; Justinien , Sophie et leurs complices cherchent à corrompre la garde; l'empereur découvre M.ign.inile complot, revient dans la capitale, tait arrêter bèie pour oophie, 1 enferme, s empare de ses trésors, et laisse aux conjurés le temps de fuir. Car ce prince, aussi humain que courageux , avait horreur de répandre le sang , même celui de ses ennemis les pins dangereux.

Justinien, frappé de cette grandeur d'âme et pressé par le repentir, vient trouver l'empereur, avoue son crime et attend son arrêt; libère borne sa vengeance à quelques reproches : a J'aime )) mieux , lui dit-il , conserver à l'empire un

a2« IHSTOIRE

» habile général, que servir mon propre intérêt 3) en me défaisant d'un ennemi. Je vous rends » yos charges, vos biens, et ne vous demande en » relQur que votre aniilié. »

Que ne devait-on pas attendre d'un règne qui s'annonçait par tant de vertus? Tibère, sans doute , eût qgaléj le,s, plus grands empereurs, s'il eût iroux^éjUn ^peuple moins corrompu, un trône nioii^s ébranlé, une armée moins affaiblie. Son habileté suppléa, autant qu'il était possible, à la force qui lui manquait; ne pouvant envoyer que peu de troupes en Italie , il opposa les Français aux Lombards; Cbilpéric rechercha son alliance, et Im envoya des ambassadeurs chargés de magnifiques présens, parmi lesquels on distinguait un plat d'or de cinquante livres. " ""' paîx Depuis long-temps la di\'isioti régriafit dans l'E-

'°'^°glise; les patriarches de Constantinople voulaient que leur siège s'élevât au-dessus de celui de Rome, et que la nouvelle capitale de l'empire devînt là métropole de la religion. Tibère termina cette longue querelle, et se déclara pour le pape contre le patriarche. La paix de l'Eglise se maintint tant qu'il régna.

Comme toutes les forces romaines étaient alors occupées contre les Perses, les Esclavons envahirent la Thrace; Tibère se servit habilement du crédit qu'il avait acquis sur l'esprit de Bog.w ,

DU B\5-tMPIKE. 32.^

roi (les Abarcs, pour éloigner des froniièrcs ces féroces {guerriers. *' ^' ' * -^^ ^'^^ •

Cosroès ne pouvait se consoler de ses défaites ; mort il mourut de cliagrni d avoir ele vaincu a Melilinine : ce revers efl'açait l'éclat d'un règne de quarante-huit ans ^. Hormlsdas lui succéda ; l'or- ,{Ogne gueil et la paresse de ce jeune monarque lui firent das!' ' commettre beaucoup de fautes, et lui attirèrent un grand nombre d'ennemis : on raconte que son gouverneur lui ayant souvent reproché son indolence, le prince aposta des hommes qui l'attaquèrent au point du jour , et le dépouillèrent lorsqu'il se rendait au palais ; le roi, en le voyarit,- lui dit : « Voilà ce que vaut l'activité 5 vous auriez » évité cette fatale rencontre, si vous étiez resté )) couché plus tard. )>

« Vous vous trompez, répondit Busurgès; je » n'aurais point trouvé ces voleurs sur ma roule » si je m'étais levé plus matin qu'eux. »

La présomption est presque toujours la compagne de l'incapacité. Hormisdas refusa la paix que lui offrit Tibère, et jura de ne jamais rendre aux Piomains Nysibe ni Dara.

Maurice, dont le courage égalait l'habileté) fut victoires

,15 ■. . sur lc5 Pcr-

envoyé par 1 empereur contre lui , ravagea la «es. Médie , remporta sur les Perses une victoire signalée près de Callinique , et s'empara de la Mésopotamie.

* An r>:<j.

Gennadius, exarque d'Afrique, combattit et défît les Maures. Ses triomphes et la prospérité du règne de Tibère ne furent troublés que par une invasion des Turcs, qui s'emparèrent de la Chersonèse taurique, et par un soulèvement des Abares, qui prirent Sirmium.

La vigueur du caractère de l'empereur ne pouvait rajeunir celle d'un empire assailli de tous côtés par les barbares, dans lequel on trouvait plus de moines qiie de soldats. Connnent relever une nation corrompue qui ne s'enflammait plus que pour les disputes de sectes et pour les jeux du cirque ?

L'esprit tolérant de Tibère ne pouvait ramener à la raison le fanatisme des peuples; et, sous le plus doux des princes, on vit, malgré ses ordres, les habitans d'Antioche livrer a la torture et brûler vif un magistrat soupçonné de professer secrètement le religion païenne.

Les Perses * , réunissant toutes leurs forces, livrèrent , sous les murs de Constantine , une grande bataille aux Romains. La victoire de l'armée impériale fut complète; le général des Perses, Tamchosroès , ne voulant pas survivre à sa défaite , se précipita dans les rangs des légions , et illustra sa mort par son courage.

L'empereur et le sénat décernèrent à Maurice les honneurs du triomphe.

* An 58i.

DU BAS-EMPIRE. 2a5

La forlunc scmblaii voir avec peine sur le troue Mauiir*.

• •>-. • • T J I 1 T ' général, est

d Orient un pruice digne de le relever. jLa santé nommé cède Tibère s uflaibiissaiL chaque jour ; une lente phlliisie consumait ses forces : il n'avait point de lîls ; craignant pour l'Etat les troubles qui suivraient sa mon , il nomma Maurice César '^^ , et lui fit épouser Constantine sa fille aînée. La seconde, nommée Cbariio, fut mariée au patrice Germain, le i)lus distingué de tous les sénateurs.

Les dernières paroles de Tibère répondirent à la n'scours

'^ * de Tibère.

sagesse de ses actions; ayant rassemblé le sénat et le clergé, il leur tint ce discours : « Je crois en- )) tendre le peuple romain m'adresser ces mots : )) Tu as pris soin de ma prospérité pendant » ton règne, c'est encore ton devoir de Tassu- » /«r quand lu ne seras plus. J'obéis à sa voix ; » je vais paraître aux pieds de ce tribunal sévère, )) devant qui le monarque et les sujets sont égaux. » Si je ne choisis pas pour successeur le citoyen le )) plus vertueux , je répondrai de ses actions : les )) crimes de mon héritier seront les miens.

» Comme je préfère l'empire à ma famille, » loin de vous choisir un prince parmi mes pa- » rens, j'ai cherché , parmi vous tous, un liomme » dont le mérite fut supérieur au mien : la sagesse » divine me l'a montré , il est au milieu de cette )) assemblée ; c'est le vainqueur de vos ennemis ,

' Au 58a.

Page 1