‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 3 sur 47 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

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Le roi des Golhs confia le commandement d'une de ses divisions à ce même TufTa : une nouvelle défection lui apprit bientôt que les traîtres, qui nous servent, ne méritent que notre argent et noire mépris.

TutFa livra les troupes qu'il commandait à Odoacre et à la mort.

Epiphane , évêque de Pavie , décida les liabitans de cette ville à éviter les malheurs d'un siège par une prompte et honteuse soumission.

Le sort dispose de la fortune , mais non de la gloire : Odoacre mérita de conserver la sienne par son courage dans les revers ; deux fois vaincu , souvent trahi , son génie fécond en ressources avait encore réuni autour de lui une nombreuse armée; il semblait, après sa chute, se relever plus fort et plus redoutable.

Alaric, roi des Visigoths, vint joindre ses troupes à celles de Théodoric. Gondebaud, roi des Bourguignons , sous prétexte de secourir Odoacre, entra dans l'Italie par Gênes, dans le seul dessein de piller les villes et de dévaster les campagnes.

Cette malheureuse Italie souffrait alors tous les maux dont l'ambition romaine avait si long-temps accablé l'univers.

Ce fut au milieu de ces dissensions cruelles que les évêques et les nobles , pour échapper aux ravages de la guerre , se retranchèrent sur les mon-

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^jighes dans des cliàlcaux fortifiés; l'iialiitanl des rampagncs , cjuis'y refaisait, achetait par la servitude le repos momentané que lui otlTraitla proicclion de ces chefs avares et hautains.

Odoacre, loin de se borner timidement à faire NoiivpIIo une guerre défensive, attaqua vivement Tliéo- cuàcic^ doric, lui enleva Milan, et le contraignit de se retirer dans Pavie, où il l'assiégea.

Mais le ciel paraissait conspirer contre lui; une sadéfaiic pluie qui tombait par torrens le lorça de lever Je siège. Dans ce moment l'armée d'Alaric parut : Théodoric , fortifié par elle , poursuivit à son tour Odoacre, l'atteignit sur les bords de TAdda, et lui livra, le 1 1 août 490 , une bataille qui fut décisive ; l'opiniâtreté et le courage des deux chefs rendirent le combat long et sanglant ; chacun ne voulait céder la victoire qu'avec la vie. Enfin , après un grand carnage , Odoacre , ayant vu tomber autour de lui ses plus braves guerriers, chercha son salut dans la fuite, et s'enferma dans Raverine; il s'y défendit un an , y capitula ; et , sur la promesse qu on lui fit d'épargner ses jours et ceux de ses partisans, il abandonna l'Italie au vainqueur.

Théodoric envoya Festus Niger àConstanlîhople pour demander à Zenon de lui accorder le titre de roi d'Italie; la vanité de l'empereur le disposait au refus, la crainte au consentement; il niourut avant de s'éire décidé entre ces deux sentimens.

Théodoric, maîlre de Ravenne, y entra en

^J'^"' J!,^ triomphe , traita d'abord Odoacre en roi, et lui de Théodo- 6^ laissa le titre : il paraissait alors sentir qu'un tel homme, en perdant ,une couronne, avait droit par son courage à l'estime de son vainqueur ; mais , peu de temps après , la politique du conquérant l'emporta sur la générosité du héros. Odoacre était plaint, regrcilé; Théodoric résolut sa mort : il invita cet infortuné prince à un festin avec sa famille et ses principaux officiers , le tua de sa main "^ , et fit massacrer tous cetix qui l'accompagnaient. En vain il prétendit avoir reçu l'avis certain d'une conspiration tramée contre ses jours par Odoacre : ce meurtre ternit sa gloire, et trente ans de vertus ne purent effacer cette tache. Théodoric Toute l'Italie , la Rhétie , la Norique et la Dalritaiie. mat^iç ^e soumirent au pouvoir de Théodoric. Il coi:^qViit 1^ Sicile, ^lon.par les armes , mais par l'éloquence de Gas^i^dore, qu'il y envoya.

Frédéric, ];"oi des Pvuges, vengé par le roi des Goths, deyint jalou.^ du triomphe de son protecteur, soi^eya^çontre lui. quelques provinces, et fut puni de. spn ingratitude par une défaite sanglante.

Les Goths forcèrent les habitans de l'Itahe à leur céder le tiers de leurs terres. Le mélange des langues suivit le mélange des peuples et des propriétés ; la langue itahenne en fut le résultat. CW. ai^isi que .s'établit en Italiq le . règne

* An 493-

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(les Ostrogolhs, dont la puissance ne dura que soixante ans.

Théodoric , nomme dans son pays Dictricli , fut le plus grand homme de ce siècle. Sa taille était majestueuse , son regard doux et fier ; économe et libéral, impétueux mais clément, habile politique et grand capitaine , il sut à la fois se faire craindre de ses indociles guerriers, et gagner l'afTection des peuples qu'il avait vaincus.

« Nous détestons l'oppression , disait-il dans » un de ses édits , nous voulons que la justice )) désavoue la violence. Goths ! vous devez aimer "» les Romains comme vos frères. Romains ! vous )) devez chérir les Goths comme vos défenseurs. »

Son économie seule remplit le trésor : il di- Songou-

*■ ' verncment.

minua les impôts, rendit la prospérité au commerce et la paix à l'agriculture ; sa justice sévère réprima le brigandage; sous son règne, on voyageait sans crainte dans toute l'Italie , et sa sagesse y établit un si bon ordre, que, lorsque Anaslase, successeur de Zenon , pour conserver l'apparence de la souveraineté à laquelle il prétendait , recommanda publiquement à Théodoric de respecter le sénat, de faire exécuter les lois et de maintenir l'union entre ses sujets, tous les Romains s écrièrent que de tels conseils étaient moins nécessaires au roi des Goths qu'à l'empereur luimême.

Théodoric , loin d'humilier les vaincus , adopta

leur habillement, conserva le droit romain , laissa ses deux peuples se gouverner par leurs coutumes, et leur donna des jnges de leur nation.

Sans écouter , comme les princes faibles , les avis intéressés de ses courtisans, il combla de bienfaits ceux d'Odoacre : par la force on ne fait que vaincre, c'est par la générosité qu'on soumet. Son entrer Tliéodoric cutra dans Rome en triomphe l'an

InompiiJae *

dans ii.me. 5oo. Lc papc Symmaquc et le peuple vinrent au- ■ devant de lui. 11 professait l'arianisme; mais, trop habile pour se laisser dominer par un esprit de secte , il traita le pape avec respect, et rendit hommage au Dieu des armées dans l'église de Saint- Pierre.

Boèce, en présence du sénat, prononça son éloge ; et l'éloquence romaine parut renaître dès qu'elle eut à louer, non plus de vils tyrans, mais un grand homme.

Sa corauite Tliéodoric harangua le peuple , lui promit la i^oii .ijuc. cjQQsppyation de ses droits , celle des privilèges du sénat, le maintien des lois , des distributions annuelles de blé, des fonds pour les hôpitaux j et il tint toutes ses promesses.

La garde impériale conserva sa solde ; il releva les nuirs des villes, et les embellit par un grand nombre de palais, de portiques el d'amphithéâtres. Lc roi des Visigollis contemplait avec vénération, ce Capitule qui avait gouverné le monde, la tribune illustrée par tant d'orateurs , ces grands mo-

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numensqui survivaient à tant de irioniphes; et peut-être, au même inoment,les ombres des anciens héros de Rome gémissaient de voir qu'il n'exisuU plus dans la capitale du monde qu'un conquérant barbare qui fut encore digne , par son génie et par son courage , de porter le nom de Romain.

La politique de Théodoric fut habile et profonde; il avait trop éprouvé en Pannonie les peines attachées à la condition d'un chef de barbares, pour ne pas chercher les moyens d'adoucir les mœurs de ses sujets , ou plutôt de ses compagnons d'armes, aussi indociles que belliqueux.

Le roi de ces guerriers féroces était moins leur souverain que leur ministre : forcé d'obéir à leurs passions , il s'était vu contraint par eux à combattre contre ses alliés , à violer les traités qu'il avait signés, à ravager la Thrace, à changer les plus belles contrées de la Grèce en déserts , et c'était pour diriger ce torrent , impossible à contenir, qu'il avait porté ses armes au-delà des Alpes.

Après la conquête de l'Italie , pour accoutumer ses soldats au repos , il leur partagea les terres conquises. Une propriété, un sol fertile, un beau ciel inspirent promptement l'amour de la patrie , de la tranquillité , des jouissances de la vie sociale ; et l'intérêt même fait sentir le besoin de l'ordre , de la justice et des lois.

En même temps ce prince clairvoyant , loin de s'endormir dans une fausse sécurité au milieu d'une

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nation indignée de porter un joug étranger , évita également de laisser les Romains reprendre l'habitude des armes , et de souffrir que les Gotbs s'amollissent dans la prospérité.

Les terres accordées à ces guerriers ne furent que des cessions conditionnelles de la puissance royale , des bénéfices révocables ; il fallait mériter , par un service actif, par une obéissance constante , la conservation de ces biens qu'on avait obtenus par le courage : par là il assurait la défense de ses conquêtes contre les ennemis du dehors et du dedans, et faisait des Goths un peuple heureux et soumis , sans le rendre moins vaillant.

Il les rassemblait fréquemment , et entretenait leur force et leur ardeur par des exercices militaires.

Gouvernant par d'autres principes les peuples d'Italie, il leur laissait leurs lois, leur luxe, leurs coutumes , leurs fêles , leurs assemblées , les occupait de plaisirs , les éloignait des armes, laissait les villes élire leurs magistrats, régler leurs intérêts, permettait aux différentes sectes de professer leur culte, aux évêques de tenir leurs synodes.

Sa cour ressemblait à celle des empereurs : on y voyait des préfets, des palrices, dès questeurs , • dés consuls • tous ces dehors cachaient le barbare aux yeux des Romains.

Sur la frontière et dans les camps, Théodoric,

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reprenant son armure , se montrait aux regards des enfans du Nord sous d'autres formes.

l^es prêtres et même des saints, tels que Fulgence et Epiphane , célébraient s^ vcivluj le sénat et le peuple romain vantaient sa justice , ils le regardaient comme leur libérateur: et lesGotbs, en brandissant leurs lances, cbantaient ses exploits , et riionoralciït presque connue un Dieu.

Ce prince, luttant d'adresse avec les Grecs, méprisait leur faiblesse et flattait leur vanité. Sa correspondance avec Zenon, et Anastase son successeur, était rédigée en termes aussi équivoques que ceux des édits de ces princes. Quand ceux-ci lui écrivaient comme à un vassal, il leur répondait comme un aUié, parlait beaucoup d'miion^ jamais de dépendance , leur laissait confirmer les consuls qu'd nommait, ne s'offensait point de la souveraineté qu'ils affectaient , et ne les consolait de son indépendance que par les démonstrations vagues d'un vain respect.

Marcellin et plusieurs auteurs latins prétendaient que le roi des Gotbs devait toute son habileté à son génie et rien à l'éducation , que même il ne savait pas signer son nom. Il est difficile de croire que ce prince, élevé à Constantinople , ait pu conserver cette ignorance grossière : ce qui est certain, cest que, s'il né cultiva pas les lettres, il les distingua et les protégea toujours.

Il prit pour ministre le savant Cassiodore Libé-

rius , dont les lalens lui firent outlier qu'il avait été l'ami d'Odoacre; enfin il éleva aux plus hautes dignités Boèce, le dernier des orateurs romains qui mérita d'occuper la tribune de Cicéron ; Boèce, aussi fameux par l'étendue de ses connaissances que par ses vertus et par ses malheurs.

Les empereurs d'Orientétaientmoinsà redouter pour le nouveau souverain d'Italie que les rois du Nord et que les monarques de l'Occident. Tous ces vieux ennemis de l'empire romain , les Francs, les Bourguif^nons , les Allemands , et toutes ces peuplades belliqueuses qui couvraient les rivages de la Scandinavie , les champs de la Gaule , les forêts de la Germanie et les bords du Danube, ne voyaient pas, sans envie , le roi des Goths assis tranquillement sur le trône d'Auguste , de Trajan et de Constantin. Théodoric s'unit étroitement avec le roi des Visigoths , qui occupait le midi de la Gaule j il s'unit à Clovis, roi des Francs, en épousant sa sœur Audeflede ; et deux cent mille guerriers, toujours prêts à combattre, continrent ou réprimèrent l'ambition de ses autres rivaux.

Lorsque Clovis, après avoir réuni toutes les tribus des Francs sous son pouvoir, ayant vainc uSyagrius, battu les Allemands et détruit la puissance des Bourguignons, déclara la guerre au roi des Visigoths , Théodoric embrassa la cause de son alHé, de son parent Alaric j et, s'il ne put sauver ni ce prince ni l'Aquitaine, il fit au moins échouer

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les efforts des Français devant Arles ; le conquérant de l'Italie l'ut ainsi la seule digue qui put arrêter le cours des exploits de l'iieureux vainqueur de la Gaule.

L'aduiiration due à un homme de génie, si supérieur à son siècle, ne peut faire excuser les fautes , les erreurs et même les crimes qui ternirent la vieillesse de ce grand roi ; mais il serait injuste de ne pas en attribuer une grande part à sa position, aux mœurs de son temps, à la corruption des patriciens de Rome, à la férocité des officiers barbares qui composaient sa cour.

11 suffira , pour justifier nos éloges , de le comparer à tous les autres conquérans , qui, disait-il lui-même dans une de ses lettres, « pillent ou détruisent les villes , les provinces conquises )) ; il ajoutait : « pour nous , nous voulons faire regretter aux vaincus de ne l'avoir pas été plus tôt. »

Pendant trente ans cette maxime régla presque toutes ses actions ; il recommandait à ses guerriers de joindre l'humanité romaine à la vaillance gothique; et, au mépris de la coutume des barbares habitués à ne reconnaître de juges que leurs épées, il défendit le duel.

Dans le cours de son règne, Symmaque et Laurent se disputèrent par les armes le pontificat. Théodoric fit juger cette contestation par un concile, et n'employa son autorité que pour faire exécuterie jugement rendu en faveur de Symmaque.

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Ce pape, abusant peut-être de sa tolérance ou de son indifférence pour les querelles religieuses, fit déclarer par un autre concile que le saint Siège rend impeccables ceux qui l'occupent, ou plutôt que Dieu ne permet d'y monter qu'à ceux qu'il a prédestinés à être saints.

Si la raison ne suffisait pas pour montrer la folie de cette orgueilleuse prétention , l'histoire de trop de papes , indignes du sacerdoce , en prou-

. verait la fausseté.

Tandis que l'Italie, successivement avilie et ravagée par les Vandales et par les Hérules, sortait de ses ruines et semblait renaître plus heureuse et

; plus florissante, l'empire d'Orient continuait à gémir sous le joug honteux du lâche Zenon. Celui qui, craint tout, croit tout : l'empereur, tremblant toujours pour son trône et pour sa vie , consultait les astrologues et ajoutait foi à leurs prédictions. Malgré son zèle pour sa secte, le désir de connaître l'avenir le portait à entretenir souvent Pro-

. dus , Marin , Damasius et d'autres philosophes païens; les prêtres les accusèrent d'avoir formé un complot pour contraindre Zenon à rétablir le culte des idoles. Un de leurs complices , Sévérien , les

. trahit et prit la fuite : les conspirateurs furent livrés à la mort.

Un autre astrologue , le comte Maurien , prédit à l'empereur que l'un des silenciaires du palais s'emparerait de la couronne. Une telle prédiction

pcraauc

n'exigeait pas une {jurande pénétration . Toute la cour alors connaissait l'amour de l'impératrice Ariane pour le silenciaire Anastase ; Zénoïj seul l'ignorait. Ses soupçons tombèrent sur Pelage, collègue d'Anastase : il l'exila en Servie, où il fut égorgé.

Ariane, avertie par ce meurtre du sort qui la crim menaçait, prévint ce danger par un crime airoce^*""^" L'empereur tomba malade. L'impératrice , proQ-^ ^^°^' tant du moment où il s'était évanoui , le fît enter-^ rer vivant : ses cris percèrent la voûte; la garde, qui les entendait , ne voulut point ou n'osa pas le secourir. Peu de temps. après;on ouvrit son tombeau, et l'on vit qu'il s'était décbiré les bras. Cet horrible forfait inspira peu d'horreur , soit qu'on en voulut douter , soit qu'on crût qu'un si vil tyran.méritait une telle femme et une telle fm. Zenon mourut en 49^^? '^§^ ^^ soixante-cinq an^, après seize ans de règne. i .

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