‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 20 sur 45 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Exploits d'Andronic. — Désastre dans son armée , causé par le faux bruit de sa mort. ■— Entrée des Turcs dans Nicée. — Sage gouvernement d'Orcan .— Milice de renégats chrétiens , nommés Spahis. — Sage gouvernement d'Andronic, — Ses noa.veaux succès. — Sa maladie çt sa guérison miraxuJeufe. — Mort d'Andronic IL — Naissance de Jean Paléologue. — Bataille avec les Bulgares. — Retraite des Grecs. —Victoire <r And rouie sur le sultan Orcan. — Magnanimité du ministre Cantacuzène. — Mort de l'empereur,,

ANDRONIC III. ( An i3a8. )

Si le salut de l'empire eût été possible , Andro- Exploit* me 1U 1 aurait sauvé ; mais une tête jeune et active ne suffisait plus pour rendre la vigueur k ce corps décrépit et cassé ; un bpn prince n'apportait alors aux maux de f Etat qu'un soulagement passager , semblable à celui que produit un cordial sur un mourant.

A. l'exception de Cantacuzène et d'un petit nombre d'étrangers , Àndromc était presque le seul homme juste de sa cour, et le seul brave de son armée : cependant , avec ces faibles moyens, il sut encore yanipier quelques étincelles de cou-

rage par son exemple , et obtenir quelques succès par son habileté : il battit les Bulgares , leur reprit plusieurs places et les força de lui demander la paix.

Sa renommée s'était étendue en Europe ; l'Italie, déchirée par les querelles opiniâtres des papes, des empereurs d'Allemagne , des Gibelins et des Guelphes , de la maison d'Aragon et de celle d'Anjou, de Gènes, de Milan et de Venise, sollicitait tantôt son appui, tantôt sa médiation ; le péril croissant où le jetaient les redoutables Ottomans l'empêcha d'intervenir dans ces contestations , devenues presque étrangères aux Grecs. D'ailleurs , si ces dissensions le privaient de secours, elles le délivraient aussi de toute crainte d'une nouvelle invasion des princes latins.

Le sultan des Turcs , Orcan , rassemblant toutes ses forces , vint à cette époque assiéger Nicée , regardée depuis la perte d'Antioche comme la seconde capitale de l'empire : Andronic marcha en Asie pour défendre cette ville ; lorsque les armées furent en présence , avant de donner le signal du combat , l'empereur, suivant, les anciennes coutumes , harangua les troupes, ce Sol- » <dats, leur dit* il , rappelez-vous la renommée » des Romains , autrefois maîtres de la terre I », Vous portez encore leur nom , soutenez leur »• gloire : les succès que depuis quelques temps la

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» fortune accorde aux barbares sont un châtiment » du ciel qui doit vous éclairer sur vos fautes , » vous corriger de Vos vices et non vous abattre. » Ces barbares se cachent avec soin dans les mony> tagnes; tandis que nous nous montrons ouver- » tement en plaine pour les attaquer ; s'ils sont » plus nombreux que nous , vous l'emporterez » sur eux par le courage : la justice de votre y> cause doit redoubler votre confiance ; ce n'est » point pour conquérir que vous vous, armez , » vous combattez pour défendre à la fois votre » culte , votre patrie et votre liberté. Nos enne- » mis craignent notre approche., ils nç sont re~ y* doutables que de loin ; évitez leurs traits par » une charge rapide ; maissuclput, après les avoir y> enfoncés , arrêtez-vous à ma voix , car vous » savez que plus- d'une fois le désordre vous a ravi » les fruits de la victoire. »

De vives acclamations répondirent à ces paroles ;> les Grecs chargèrent avec impétuosité ; les musulmans cédèrent à ce premier choc ; mais les Grecs , indociles aux ordres dé leur prince, poursuivirent imprudemment les fuyards et se disper-, sèrent. Les Turcs , revenant alors en masse sur leur flanc > les mirent à leur tour en fuite. Après né.«tr« beaucoup d'efforts .et d'exploits , l'empereur ré- ,XVc"n*é tablit le combat et demeura maître du champ de b™n%e «a bataille : son sang avait coulé plusieurs fois dans TOME 10. y

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la mêlée , ses blessures l'empêchèrent de se montrer à ses soldats ; le bruit de sa mort se répandit : soudai» une terreur panique s'empare de Farmée , et, comme si la victoire n'eût tenu qu'à un seul homme , on se croit perdu ; taineroeut Cantacuaène veut rassurer ses troupes , les arrêter* le^ ralher j elles se débandent , elles fuient , elles se dispersent ; les Turcs vaincus apprennent que , sans combattre , ils sont devenus vainqueurs ; ils accourent en foule , entrent sans obstacle dans un camp désert, s'emparent du trésor, des bagages, Entrée et marchent «or ïfàcée : la terreur leur en otiVre'

des Tore*

dasf mcée. ] cs portes , et le- bruit de cette conquête annonce aveé éclat la chute de l'empire.

Les Ottomans n'étaient point alors ce qu'ils sont aujourd'hui ; maîtres de l*Orient , ils l'ont presque changé en désert ; la barbarie , sous le joug de l'ignorance et du fatalisme , y remplace l'antique civilisation ; ils n'y régnent à présent que sur des ruines; mais , lorsqu'ils en firent la conquête, leurs premiers empereurs montrèrent plus d'habileté et même de vertus que la plupart des empereurs chrétiens qui cédaient à leurs armes.

s»** 5 on- Orc»n augmenta Téclàtdte ses victoires par la d»Ore«iu sagesse de son administration ; il laissa aux chrétiens leur culte , leurs lois , leurs coutumes , n'exigea tfeux que ée$ tributs légers, nomma des pachas pour gouverner les provinces , des cadis

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pour juger les contestations, et rendît £es succès plus certains et son armée plus redoutable , en ae ^j|jîl to formant une cavalerie d'élite composée de jeunes JîîJSïJV chrétiens captifs dans leur enfance et renégats : 8pâhi,# on les nomma Spahis.

Orcan prit le titre de sultan : Pruse fiit sa capitale j il Perabellit d'édifices et y fonda dès hôpitaux. Andronîc, trahi par la fortune, chercha 4SSST une gloire moins dépendante des caprices du sort iitAnàronk ' que celle des armes j livré aux soins d'une sage administration , il corrigea les lois , réforma les abus , diminua les impots , et fit fleurir la justice. Ne pouvant rendre son peuplé puissant , il chercha du moins à le rendre heureux.

Cantacufcéne , son ministre et son ami , f éclairait par ses conseils et partageait ses travaux comme il avait partagé Ses périls : l'empereur voulait l'associer au trône * Cantacuzène refusa un honneur qui, sans accroître son crédit, n'aurait fâit^que grossir le nombre des envieui de ses talens , et des ennemis dé sa faveur.

Les princes d'Orient semblaient condamnés à Howrjw* ne jamais jouir d un long repos. Les Génois enle- * roni< < vèrent File de Chio aux Vénitiens i Àndronic la leur reprit- Informé de la jalousie qui armait quelques émirs contre Orcan, il se ligua avec eux, attaqua en Thrace une armée du sultan, et la détruisit presque totalement. La moitié de cette

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armée fut prise. Phocée reconnut sa souveraineté. •

8a Une maladie aiguë interrompit lé cours de ses

maladie , • et •

sa guérison succès : 1 empereur • se voyant au bord de la

miraenleDsc . x J m

tombe y reprocha vivement à Gantacuzène de laisser par sa modestie l'empire sans, chef; ayant appelé près de son lit l'impératrice et les grands , il leur parla en ces termes : « J'espérais mourir les » armes à la main, Dieu ne le permet pas. 11 veut » offrir en moi un exemple marquant de l'insta- » bilité de la fortune. Gantacuzène est digne* de » vous commander : je lui lègue l'autorité su- » prême , et je désire que vos suffrages confirment » le mien. >;

Prenant alors la main de l'impératrice , il la plaça dans celle de Cantacuzène : « Ma femme > » dit-il , porte un enfant dans son sein , je vous » les confie tous deux j leur sort et celui de l'em- » pire dépendent désormais de vous. »

Un des assistans pressait l'empereur d'accorder quelque part dans l'autorité à l'impératrice sa mère. « S'il est difficile, répondit Andronic, que deux » femmes habitent en paix sous le même toit, il » est impossible qu'elles gouvernent ensemble. »

Cantacuzène reçut les sermens des grands et du peuple. Les courtisans^ presque toujours coupables des actes arbitraires et des coups d'état qu'ils conseillent , et dont ils deviennent souvent les vie-

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limes , demandaient bassement, sous prétexte d'assurer la tranquillité publique, qu'on privât de la vie ou qu'on mutilât Constantin , oncle d'Andronic , qui languissait alors en prison à Dydymotique. Cantacuzène, plas intéressé qu'eux à sa perte , résolut de le sauver 5 mais , comme il redoutait leurs violences, il répandit le bruit de la mort de ce prince, et le fit évader.

L'empereur, renonçant au monde, voulait, suivant les coutumes du temps , quitter avant sa mort la pourpre , et prendre l'habit monastique : son mal faisait des progrès rapides , bientôt il perdit connaissance ; la pâleur de la mort couvrit son visage glacé ; il ne donnait plus aucun signe de vie ; déjà on préparait ses funérailles : tout à coup, suivant le récit de Cantacuzène, il sort de sa léthargie , demande de l'eau d'une fontaine consacrée à la Vierge, la boit, reprend ses forces et guérit complètement. Cet effort de la nature et la promptitude de cette guérison parurent miraculeux ; ils frappèrent les esprits d'un peuple; dans tous les temps disposé à croire aux fables et aux prodiges.

Àndronic, rétabli, reprit les armes, battit de nouveau les Turcs en ïhrace,, où ils cherchaient constamment à s'établir , et s'allia avec les Bulgares contre le krale de Servie ; mais il retira peu de fruit de cette alliance : le roi de Bulgarie ,

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tombant dans un piège que lui tendait son ennemi , fut yaincu çt tué.

Le sultan • dont les armées menaçaient J'empire de tous côtés, assiégeait alors NiconwJdie. Andro~ nie vola au secours de cette ville * et offrit la bataille au sultan qui la refila , conclut la paix et se retira*.

Mortd'An- Cette même çooép, te vieil Afldronic mourut dans un cloître ouujb était retira. Ce pnnee, qui n'avait d'autre talent que celui des harangues, laissa une honteuse mémoire. Sous son règne les monnaies furent altérée*, la disciplina anéantie, la marine abandonnée * la cour livrée aux intrigues , les provinces aux concussions % les frontières aux barbares.

Naissant L'impératrice Anne* à la mên*e époque, donna uoiogue. le jour à un fils qu'on nomma J*an Paieologue. L'empereur, peu ressemblant à ses prédécesseurs, laissa le peuple fêter sans lui cet événement ; les arwl" 6 °9 tt| kats l'occupaient plus que le cirque. Alarme Bulgares. fa& préparatifs hostiles du nouveau roi de# Bulgares, il marcha contre lui et lui livra bataille ; la victoire fat long-temps disputée , mais les Grecs , malgré les efforts d'Andronic, se lassèrent de combattre ; tout ce quç put obtenir d'eux l'empereur , ce fut de faire leur retraite en si bon ordre

* An io3a,

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que le roi , <jupk|at vainqueur, craignant les tutrato chances d'utt nopvfeiuft conbat , demanda la paix , u et maria son (Us av<ec use fiUe d' Andronic. Cette aimée * vit terminer les jours de l'impéraitriceluère , veuve de Michel* On vit mourir aussi Philippe de Tarante , auquel Charles de Valois avait cédé ses prétentions à l'empire.

Les progrès de la puissance ottomane alarmaient justement l'Europe ; Andronic , dans le dessein durtéresser les chrétiens à sa cause , fit espérer au pape une nouvelle réunion des deux églises. Benoît XII prêcha une croisade, dont le roi de France devait être le chef. Tous les princes latins s'y engagèrent; Andronic se croisa le premier, fit de nombreuses levées , arma une flotte , et attendk avec impatience les secours promis. Mus son attente fut vaine; la guerre dé Venise contre Gênes et de Philippe de Valois contre le roi d'Angleterre, en rompant la confédération , fit évanouir ce dernier espoir des Grecs.

Une révolte en Albanie attira tés Grattes de l'empereur j il châtia les rebelles et leur enleva un nombre immense de bœufs , de chevàu* et de moutons. L'Acaroanie secoua lé. joug des Coninmae, et se réunit à l'empire.

La ; consume activité dé lemperéiir semblait

* An i333.

vicutfw enfin avoir fixé la fortune : Orcan • à; la tête d'une

«rAndronic * w

JJ^" 114 " flotte nombreuse , ayant tenté un débarquement près de la capitale , Andronic le battit , et tailla en pièces les musulmans : ce fut son dernier triomphe. Vainqueur de ses ennemis , il vit dans son palais, ses /derniers jours assiégés d'intrigues; un de ses ministres , Apocauque , utile par ses talens, dangereux par ses vices , cherchait à noircir et à perdre dans son esprit le fidèle Cantacuzène. Ses agens formèrent même une conspiration contre les jours de l'empereur ; Andronic découvrit le complot , connut tous les conjurés et leur piu*donna.

Magnani- L affaiblissement de ses forces lui annonçait sa

mité du mi-» * . . . i r • é~*'

niaireCan- fan prochaine j il voulut encore determmer tJantacuzène à ceindre le diadème. Ge ministre désobéit à ses derniers ordres , prit ceux de l'impératrice , et doubla la garde de l'héritier du trône. Mort *c Andronic laissait trois fils et trois filles. Une

l'empereur* * *i 1 * i •n * \

mort paisible termina sa brillante carrière : sa / constitution était faible, son corps délicat; il n'avait en lui de fort, que le courage j il était brave soldat , général habile, prince clément, économe , ennemi de l'étiquette, maître de ses passions ; dans sa jeunesse il se livra trop aux plaisirs, plus tard il chercha la gloire , dans sa maturité il ne s'occupa qu'à fonder le bonheur public sur l'observation des lois el sur le maintien de la justice.

du bas-empire. 137

Digne d'un meilleur siècle , il fut comme un noble monument qui rappelait l'antique gloire de l'empire , et qui brillait encore sur ses ruines *.

Avant de régner , gémissant sur la perte de tant de provinces qu'on enlevait à l'empire, on l'entendit souvent s'écrier : ce Âb ! que mon sort est » différent de celui du fils de Philippe ! Alexandre » pleurait, croyant que son père ne lui laisserait » rien à conquérir, moi je pleure avec plus de » raison, car mon aïeul ne me laissera rien à » perdre. »

* An i34i.

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