‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 19 sur 45 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Etat du l>rapire^>as le rôgttie d^Aitfroiric et ■éè'wra jtetit-fils. — Exploite dn jeune Ànaronic.^MortNd'Ô'tbwatt.—Sdgfc prdposition de Zanuto, Vénitien. —Dévouement et -mort de Plamérilinge. — ïtisgrâce du jeune ^ndrpnic. ~ Sa déclaration de guerre a l'empereur. — Sa victoire et §a marche contre la capitale. —"Prise «le Cônstantinople par lui. — Humiliation. d© VchfpercUr àevânt Àhdronic— Acte de générosité et de clcttieiice à'ÂHdf ôtfic.

ANDRONIC PALÉOLOGUE II, et ANDRO-

NIC III, SON petit-fils (An 1324.) Eut Depuis long-temps on voyait se manifester chez

d« l'empire a

sousie les Grecs le symptôme funeste qui annonce et •on nî etft*fi d iî P^cde toujours la ruine des Etats et la dissolution des peuples. L'égoïsme politique avait remplacé l'amour de la patrie ; l'intérêt privé l'emportait chez cette nation corrompue sur l'intérêt public, et, au moment où l'empire , entamé de toutes parts, s'écroulait sous la puissance des Turcs, et pouvait à peine résister çux attaques des Bulgares , aux invasions des Tartares d'Asie et même

DU BJU-EMPIUK. I1'9

aux insulte* des flottilles génoises et vénitiennes , les indignes successeurs des Romains , loin de se réunir tous pour défende ses débris > ne songeaient qu'à s'en disputer les lambeaux.

On ne voyait pkts que servitude, silence ou flatterie dans le sénat, intrigues dans la cour , divisions dans le clergé/ conspirations parmi les grand* , anarchie et révolte dans les armées, haine et jalousie entre les princes.

Le vieilj Àndronic : , orgueilleux 9 timifde , irascible et dominé , était moins/ capable; que tout autre prince <le réunir et de" resserrer dans *és faibles mains ce faisceaa brisé i Sous son règne )a vertu avait tout à craindre et la rébellion tpm «à espétfer. ! ...{....

Son neveu Jean se révolta > et obtint de lui fe titre de César; heureusement le sort, en terminant sa vie , délivra l'Etat, peu de temps après?, de 1 cte nouvel élémeift de troubles.

- Le jeune Andronic et son ami Gantacta&ène se cspioiu montraient seuls alors dignes de porter le Sceptre Andrée. et les armes , ils battirent un corps ide 1)tf#Gs près de Dydymotique. Àndronic ; qui remplissait -également les devoirs de soidaft et de général •, teignit ses lauriers de son sang. Mais, tandis qu A défendait intrépidement les frpmjèfrek tktl^hWÀ ^ celles du midi restaient en proie aux mtwuifttani ; Othman étendait ses progrès* en Asie. Le& gêné**

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raux , les gouverneurs de province , au lieu de le combattre , fuyaient devant lui ; on en vit même plusieurs prendre le turban. Le peuple imitait cette lâcheté ; ainsi les vaincus grossissaient les forces et les troupes des vainqueurs.

Mort .. Lie dernier exploit du règne d'Othman fut la prise de la ville de Pruse; son 61s Orcan s'en empara. Othmau mourut à Néapolis. Zélé pour sa religion > tolérant pour les autres cultes , charitable pour les pauvres , terrible pour ses ennemis, clément pour les vaincus , rigide observateur des lois , il emporta au tombeau l'amour de ses peuples , et sa mémoire est encore si révérée que de nos jours , lorsqu'il» nouveau sultan monte sur le trône, les musulmans lui souhaitent les vertus et la justice. d'Othman.

s*ç« L^accroissement de la puissance ottomane alar-

proposition • i?ri • i i* • • i * i

de zannto mait 1 Jburope , mais la division de ses princes les

Vénitien. a i • i / • i rt* a

empêchait de reunir leurs eflorts pour arrêter ce tprrebt ; un Vénitien > nommé Zanuto , leur pro- •posa yainen^ent une nouvelle croisade, conçue avec.un plan plus sage et dirigée vers un but plus utile! a il voulait que les Latins r abandonnant toute prétention *à l'empire des Grecs > s'armassent pour ledérendre # pdUr le; rétablir , et non pour le démembrer. Ce pro^t u'eut pas de suite; les^rifcces chrétiens, eihaièront' leur courroux en stériles r^r gœt* et efe vaiAes< menaces* : : i '

Un Grec de Candie, nommé Michel Plaméri- Dé«m*-

ment et

linge, digne d'un meilleur sort, osa tenter seul mort de pu-

nériliiiM*

un généreux effort pour faire recouvrer aux Cretois leur indépendance , il les souleva contre les Vénitiens. Mais , après un combat sanglant , se yoyant vaincu et abandonné, il dit à l'un de ses serviteurs : a Coupe ma tête , porte-la au général )) ennemi; tu m'épargneras la honte de me voir » captif de nos tyrans , et tu jouiras avec eux du » fruit de ma mort. » Son vœu fut rempli.

Ainsi disparaissaient alors le peu d'hommes dignes d'avoir une patrie et de la défendre. Le jeune J^*££* Andronic, quoique couronné , restait toujours en Andronic * butte à la haine des ministres de son aïeul ; ils enviaient sa gloire et craignaient sa vertu. Rien n'est plus odieux aux grands qu'un prince qui peut régner par lui-même et qui ne veut pas être gouverné par eux.

Le grand logothète et le protovestiaire résolurent de briser cette barrière qui s'opposait à leur ambition ; maîtres de l'esprit du vieil Andronic ,' ils le déterminèrent à exiler son petit-fils ; on renouvela contre lui d'absurdes accusations, et comme il voulut se justifier , il reçut l'ordre de ne point s'approcher de la cap. ta le.

Le grand domestisque Cantacuzène écrivit inutilement à l'empereur « que si on .voulait l'écou- » ter , il détruirait cette trame calomnieuse aussi

» facilement qu'on fait tomber l'ouvrage 'de ce y> vil insecte qui tend ses toiles dans l'obscu- » rite, v Les passions sont sourdes à la raison ; où. nomma une commission pour juger le jeune empereur.

11 fut accusé d avoir forcé par dés menaces le trésorier delà couronne à lui donner quatre mille pièces d'or. Ândronic répondit qu'on lui en devait . 'trois cent cinquante mille , et le prouva ; le patriarche défendit l'accusé ; son innocence était évidente, et la commission, manquant de prétextes pour le condamner, se vit forcée de l'absoudre.

Quand la haine est impuissante , efie se change en fureur; les ministres fomentaient de jour en jouf le courrou de* l'empereur ; en vain lé jeune prince cherchait à le fléchir ; on le priva de la couronne et de ses biens.

s. Réduit àdéfendre ses droits , sa liberté , sa vie,

de £m n h il rassembla des Groupes et déclara la guerre : empereur. Thessalonique ffa ga p rem ière conquête ; là, il reçut une blessure, et en guérit, dit-on, miraculeusement , en allant Visiter le tombeau de ' 'Déméttius , ëar les peuplés croient toujours que les objets de leur affection sont protégés parle ciel. • -

11 ^empara ensuite dîEde&e ; le krale de Servie refusa de ste déclarer contre lui. L'armée destinée

à le combattre , et commandée par Constantin $»

« ▼icîoire et

Azan y lui livra bataille j le combat fat opiniâtre •■ «*■*£• et sanglant ; les troupes du vieil empereur se virent «* itole enfin enfoncées et mises en fuite ; le jeune Andronic, digne de vaincre, pleura sa victoire. «Les )) guerres civiles , disait-il , rendent le corps d'un )) Etat semblable à celui d'un frénétique qui ronge » ses membres avec ses propres dents , et qui se » déchire lui-même lés entrailles, to

Cependant > comme le meilleur pàfrti dans ces calamités est de les abréger , il profita habilement de la crainte qu'il inspirait , efcs'appuoeha rapidement delà capitale.. Une armée bulgare s'avançait contre lui.; il écrivit & son aïeul de se mettre en garde contre un perfide allié qui vëfcaît lui enlever l'empire et non le défendre ; en ^méteié temps il fit dire au roi bulgare qu'il allait; te'dorttbattre , le vaincre et ravager son pays : le prince barbare , déconcerté par l'audace d'Andronic et par la promptitude de sa marché > oandlut la paix et se retira.

Le jeune vainqueur parait bientôt soUs les *em- Pri$ . ^ parts de Constaminople ; du haut des murs on lui linopTo'pVT prodigue les insultes ; un officier noMme Cabàl- IU ' laire lui adresse; les paroles les plus ôtftràgeatites. Méprisant l'injure , arme de la faiblesse y Àiidronie commandé l'assaut y ses troupes escaladent et

franchissent les remparts ; toute la milice de la ville se déclare four lui ; la capitale était prise et la cour l'ignorait.

On en porte la nouvelle à Métochite , premier ministre ; il refuse de la croire , et son aveuglement ne cesse qu'au moment où le vainqueur entre dans le palais.

Hamiiifl- L'empereur , qui dans sa vieillesse ne savait î^«rdc- rendre respectable ni son âge ni son malheur , se dwnk. n " prosterne aux pieds de son petit-i-fils et lui demande la vie. a Respectés , lui disait-il en pieu* d rant , ces mains qui ont touché votre berceau , » cette bouche qui vous a donné le premier baiser; » épargnez le sang qui est la source du votre , et » n'achevez pas d'écraser un faible roseau brisé » par la tempête. Défiez-vous de la fortune , mon d exemple vous prouve son inconstance : . après )) une longue carrière, une même nuit m'a va » empereur et me jvoit sujet. »

Art» d« Le jeune Àndronic , loin d'abuser de son triom-

génrroMlé *

me *œ d'An. P^ roug** de l'humiliation de son aïeul, embrassa ses genoux , et défendit y sous peine de mort , à ses fougueux partisans , d'attenter aux jours du vieilla rd et de lui ipanquer de respect.

Le premier ministre , enhardi par sa modération, fit un long discours pour se justifier ; Andronic J'écoula sans impatience , mais avec mépris-

dronic.

Le premier acte de son pouvoir fut le rétablissement du patriarche Isaïe , qui lavait défendu dans sa disgrâce ; le second fut un acte général d'amnistie ; aucun de ses ennemis n'éprouva sa vengeance.

Caballaire -, qui venait récemment de l'insulter, s'était caché dans un souterrain. Appelé en sa présence, il tomba en convulsion , et , saisi d'eflroi, se frappa la tête contre le pavé. L'empereur le fit relever et lui adressa ces paroles : te La terreur » que vous cause l'attente du supplice me prouve » que vous vous rendez justice; vous connaissez » votre offense , vous savez la peine qu'elle mé- » rite , mais je veux que la peur soit votre seul » châtiment ; montrez-vous à l'avenir plus prudent » et plus respectueux , je vous prends sous ma » sauvegarde. »

Le peuple , qui attendait le supplice du coupable , apprit avec étonnement sa grâce , et un cri unanime d'admiration paya au vainqueur le prix de sa clémence.

Andronic ne jouait aucune vertu , elles vivaient toutes dans son cœur : entraîné par sa bonté , il voulait rendre la couronne à son aïeul ; mais, vaincu par les conseils de Cantacuzène , il ne lui conserva que les honneurs du trône , une forte pension et un magnifique palais.

Si Ton en croit le récit de Cantacuzène , jamais

i a6 HISTOIRE

il rie fut permis à un Grec d'aborder le vieil empereur sans se prosterner ; un autre historien , Nicéphore , prétend que dans sa retraite il éprouva de longues et de fréquentes humiliations : l'opposition de ces deux rapports peut se concilier , car la bassesse exécute mal les ordres de la vertu , et ce fut probablement parmi ses anciens flatteurs que le vieil Àndronic rencontra le p}us d'ingrats.

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