CHAPITRE SIXIÈME
Origine du surnom de Jean Paléologue. — Exploits des fils du sultan Orcan.— Mort d'Orcan remplacé par son fils.— Exploits d* Amura t.— Milice de jeunes Grecs f nommés Janissaires, — • Nouveaux emploits d'Amucat. «-Voyages de l'empereur.*— Sa lâche soumia-
, sion à Amurat. — Révolta des fils d' Amurat et de Jean. —Vengeance d*Amurat. — Révolte d'Andronic, fits de l'empereur. -— Captivité de Jeaft. — Dévouement d'un Vénitien pour lui. — Traité honteux éfi Jean *v$e Amurat. — Nouvelle victoire d' Amurat. — Exploits de Bajazet, fils du sultan. — Mort d'Amurat , remplacé par son fils. — Mort de l'empereur.
JEAN PALÉOLOGUE. (Ani35 7 .)
origine Un prince doué du plus vaste génie aurait peut- <i« Jean p.- être difficilement arrêté l'empire dans sa rapide décadence , et Jean Paléologue n'était remarquable que par la beauté de sa figure et la bonté de son cœur , qui lui firent donner le surnom de Calojean.
Exploit! Orcan , gendre de Cantacuzène , avait en sa fa- •uîui/oî- veur mis un frein à son ambition. Rien ne l'arrêta '*"* plus lorsqu'il se vit dégagé de ce lien ; l'un de ses fils , Soliman , qui avait plusieurs fois soutenu par ses armes la cause de Cantacuzène , reprit les
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places qu'il lui avait cédées , et entre autres Gailipoli. Il se rendit ensuite maître d'Andrinople , et mourut.
Un autre prince , Àmurat , destiné à jeter un grand éclat sur le trône ottoman , conquit l'importante forteresse de Chiorîi , située entre ÀndrituofAe et la capitale. Aucun trait dé bravoure n'honorait le malheur des Grecs ; partout ils fuyaient sans combattre , et souvent même leur vénaiké allak au-devant du joug qui les menaçait ; Dydymotique fut livrée a«x Turcs par trahison ; Cûhtactuene avait abandonné le trône , mais non sa pairie ; gémissait sm* sa ruine , il implora la générosité d'Orcan , et obtint la restitution de Dydymotique *.
Cet acte de déférence fut le dernier de la vie ^^ d'Orcan ; il termina tranquillement une carrière JJ^j* parcourue avec gloire ; il recommanda en mourant à son fils Àmurat de ne fonder son pouvoir que sur la justice. Ce jeune prince musulman , généreux et brave , semblait disposé à suivre un si sage conseil ; livré à l'étude , on dit qu'il prenait pour modèle Cyras , dont il imita plus dans la suite la vaillance que les vertus»
Il est plus facile d'apprendre à vaincre les autres qu'à se vaincre soi-même» La lecture deXénopbon
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ne pouvait guère corriger les mœurs d'un despote nourri des préceptes de f Alcoran et imprègne des erreurs du fatalisme. Cependant Amurat dut peut-être aux leçons de ce Grec fameux une partie des grandes qualités qui lui méritèrent dans l'Orient le surnom d'illustre.
d'Ammt! Pendant la première année de son règne ilachèva la conquête de l'Asie ; comme il était alors dans la ferveur de son enthousiasme pour le héros dont il lisait l'histoire , il traita les vaincus avec humanité, et sut par sa douceur attacher les villes grecques à leur nouveau maître ; mais bientôt les imans , c'est ainsi qu'on nomme les prêtres turcs, s'emparèrent de son esprit; Xénophon fut oublié, le sultan devint ambitieux , fanatique et persécuteur..
Il promit aux ministres de l' Alcoran la cinquième partie du fruit de ses victoires sur les chrétiens ; alors ils ne cessèrent de l'exciter à piller l'Archipel et à conquérir la Grèce.
L'empereur Jean ne lui opposait point d'obstacles ; ses armes ne furent arrêtées momentanément-que par. un.Vénitien nommé Laurent Celsi , qui battit sa flotte et reçut la dignité de doge pour prix.de ses exploits.
Jean Paléologue , qui n'osait combattre Amurat , ne s'occupait qu'à diminuer par des traités le nombre de ses ennemis ; plus disposé à négocier
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qu'à s'armer , il se réconcilia avec le krale de Servie , et acheta la paix du roi des Bulgares.
Amurat dans ce temps porta un coup mortel à muîco
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empire > et le trappe de ses propres armes ; la g^c, nomcinquième partiç des jeunes Grecs pris à la guerre Mires, fut destinée par lui à former une infanterie d'élite qui reçut le nom dç janissaires ( ou nouveaux soldats ) ; leur intelligence , leur bravoure native , le fanatisme inspiré par le nouveau culte qu'on leur faisait embrasser -, les rendirent bientôt fameux , et la Grèce se vit ainsi conquise par ses propres enfans.
Ces nouvelles gardes prétoriennes , appuis glorieux des sultans capables de les commander et de les contenir , devinrent dans la suite , sous des princes faibles , aussi formidables à leurs maîtres qu'à leurs ennemis. Amurat augmenta aussi et organisa plus régulièrement les spahis créés par son père. Une foule de seigneurs serves et bulgares avaient , à l'exemple des nobles italiens r français et allemands , usurpé la plupart des domaines impériaux et des terres du peuple en Thrace et en Grèce : Amurat les en dépouilla.
A la tête de soixante mille hommes • il annoaçait le dessein et concevait l'espoir de subjuguer Jjf* 1011 ^. tout l'empire. Les rois de Hongrie et de Bulgarie , les princes de Servie et de Yalachie , alarmés de ses progrès , se réunirent , marchèrent avec toutes tome 10. 11
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leurs forces contre lui , et lui livrèrent bataille près d'Àndrinople *.
Les Turcs, accoutumés à vaincre sans péril les Grecs amollis , trouvèrent alors des ennemis aussi barbares et aussi féroces qu'eux ; la victoire fut longtemps disputée , mais elle demeura aux Ottomans , qui firent de leurs ennemis un carnage affreux.
Âmurat vainqueur porta ses armes en Béotie, s'empara de Tbèbes et prit plusieurs villes dans le Péloponèse. Le bruit de ses triomphes retentit dans l'Occident. L'Europe, menacée de nouveau par le glaive de Mahomet , s'agita et se montra prête à se soulever tout entière» Jean , roi de France , se déclara chef d'une croisade contre les musulmans; le roi de Danemarck et le roi de Chy-r pre s'engagèrent, ainsi que les Vénitiens, à le seconr der; le pape Urbain nomma pour son légat le cardinal de Talleyrand Périgord; l'empereur des Grecs était si méprisé que les princes latins ne daignèrent pas l'informer de l'entreprise quHb méditaient pour sa délivrance.
D'autres intérêts firent bientôt avorter ce grand projet. Le Toi de France, en guerre avec lés Anglais, laissa échapper par sa témérité une victoire certaine; poussant au désespoir des ennemis prêts
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à se rendre ; il fut battu et pris par eux. Lusignan seul y avec les Cypriotes et les Vériittens , accomplit son serment , attaqua les Turcs, descendit en Egypte et s'empara d'Alexandrie; mais tmê terreur panique de ses troupes le força d'abandonner sa conquête ; il rentra dans son île ; les chevaliers de Rhodes et les Vénitiens retournèrent dans leur patrie chargés de butin.
Jean Pàléologue, semblable au dernier prince v*j*r« latin que son aïeul avait détrôné, ne trouvant ■*»• point de ressources dans son courage, quitta sa' Capitale et courut mendier sans succès des secours en Occident. Arrivé à Rome il abjura la religion grecque, et demanda au pape de l'argent ; on ne lui donna que des festins.
Son dessein était d'aller en France ; mais il sut que Charles V, occupé alors du soin tîe reconquérir son royaume , ne pouvait lui offrir d'appui.
1/empereur se rendit à Venise; il y fut afrété pour dettes ; Andronic , son fils aîné , refusa dé le» payer. Manuel, lé second de ses enfans, le dégagea.
Enfin il s'embarqua pour venir à Constaritinople , n'ayant rien obtenu du pape que ie conseil d'emmener avec lui uû brave et fameux Corsaire nommé Dagut , « capable , diSait-il, de relever » la marine grecque. »
Pierre de Lusignan, roi de Chypre, dont la
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vaillance et l'ardeur donnaient quelque espoir aux
Grecs , ftit tué cette armée dans une émeute exci-r
tée par quelques citoyens dont il avait déshonoré
8« lâche les filles. Les Vénitiens et les Génois , s'ét^nt alors
lonmifion r %
à Amont, de nouveau déclare la guerre, refusèrent toute assistance à l'empereur; ce malheureux prince, sans force, sans argent > sans alliés, prit le parti honteux de se livrer à la discrétion d' Amurat, dont il se rendit vassal et tributaire , à condition qu'on le laisserait régner sur les derniers débris de l'empire *•
Grégoire XI, qui venait d'être élevé au pontifi-, cat, tenta de vains efforts pour armer les princes chrétiens contre Amurat ; les chevaliers de Rhodes
écoutèrent seuls sa voix , et défendirent Smyrne avec succès contre les Ottomans. Un des fils de Cantacuzène , Manuel , indigné de l'avilissement, de sa patrie , prit les armes , et enleva aux Turcs la ville de Phères ; la vengeance d' Amurat fut prompte ; il s'empara de Thessalogique, et Manuel abandonné se vit contraint d'implorer la clémence du vainqueur.
L'ambition du sultan ne connaissait plus de bornes; méditant la conquête de la Hongrie, il conclut , pour s'en emparer , une alliance avec les Tartares; mais le soulèvement de quelques *
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émirs en Asie suspendit ses dessein» ; il marchai contré les - rebelles , et donna Tordre k son Tassai Jean de le suivre dans cette expédition.
Amurat avait laisse en Thrace le commandé- . «*©»•
da*fiJsd*A-
ment de ses troupes à Conius, son fils ; Andronic ,' j" 1 »* •** fils aîné de Jean > y était aussi resté; Contus, las d'obéir, se montrait impatient de régner ; An-* dronic nourrissait dans son cœur une haine profonde contre son père , qui , pour le punir de son ingratitude, Pavait privé ; de son droit d'aînesse, et venait d'associer au trôbe Manuel , son frère cadet; les deux jeunes princes, unis par les mêmes vices et par la même ambition , conspirèrent contre leurs père& , . gagnèrent les* troupes et lès. excitèrent à la révolte *V • ° • Amurat, informé de cet événement, repassa prompteraent en Europe , traînant à sa suite l'infortuné Jean, qu'il soupçonnait d'intelligence avec les rebelles,
- L'empereur i effrayé de ses reproches et de ses menaces, parvint a%c peine, par la plus basse soumission et par le* protestations les plus sërviles, à désarmer le courroux de son maître.
Dès qu 5 Amurat parut , une partie des troupe» y en ge«H» rentra dans le devoir; le reste courut avec le* princesse renfermer dans la ville de Dydymotique : le sultan l'assiégea; la résistance fut* d'abord
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opiniâtre; mai* en$u, le* bdMtans, d*ns l'espoir d'obtenir 1a conservation de leur vie e^ det kws biens , capitulèrent ; le terrible Amurat ne $a souvenait plus de ^exemple de Cyru* ni des leçons de Xénophon ; par ses ordres, on creva les yeux à son fils; U garnison entière ftit noyée; lfes principaux chefs des rebelles se virent contraints de servir eux-mêmes de bourreaux à leur* eafitBS*
Le faible Jean, force de se mootrer erueii ordonna le supplice de son fils Andronic, et le eondamna à perdre les yeux ; l'exécuteur, plus humain , ne lui en brûla qu'un.
Constantinople, était alors le théâtre de quelques combats y mafo leur objet n'était pas la défense de l'empire , et , pendant que les Grées supportaient en silence le joug ottoman , las flottes génoises et vénitiennes se battaient: dans le port de Constantinople.
Jean favorisait secrètement les Vénitiens : tandis qu'ils se disputaient la victoire, le sultan* nas- Héroite sasié de vengeances , parut çnfiu s'apaiser j il: rem fii»de ion.' di,t la liberté à Andronic : c* prince , dont le suppuce avait augmente le ressentiment , se servi* de l'or et de l'assistance des Génois pour formel 1 une nouvelle inspiration ; il était plus fecile de trouver dans cette ville corrompue des conjurés que r«ptmu des soldats ; à la tête d'une troupe de rebelles > U force la nuit les portes du palais impérial , arrête
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ion père et ses deux frères, les feit jeter en prison et s'empare dû trône .
Un riche Vénitien, nommé Cârlo Zéno, étj*ï£ cjui prétendait descendre de Fempeïeur Zenon , V4ni ££ montra seul ube généreuse pitié jpbûr Un etape-^ rèur trahi par soi! fils et abandonné par ses sujets. Prodiguait ses biens pour le déliVrèr, il gagna !ë cbneierge <Jtti le gardait , parvint dans sa chambre, et le pressa d'échappée , en fis suivant, à la tyrannie. Jean, mauvais prince mais bon pèW, refusa la liberté. « Si vous ne potrveà pas , dit-il, D délivrer avec moi mes deux filS, le barbare » Andronic se vengera sur eux dénia fuite. J'afotô » mieux rester dans les fers que cflètre càuste dé y> leur mort. »
En vàîh Zéno lui représenta (Jue le jpltar sûr moyen de sauver ses enfans était de recouvrer sa puissance , la résistance de Jean fiit invincible.
Zéno t ayant compromis sans effet sa fortuné et sa vie, se retira mécontent : Jean avait trouvé dans sa prison une de ses anciennes maîtresses , nommée Pétronittè ; elle était femmedeson geôlier, et avait été Son agent pour correspondre avec Zéno ; elle Continua de sertir son ancien maître. Les Vénitiens établis dans la capitale cherchèrent à former un parti pour l'empereur : Andronic , informé de leurs manœuvres , les menaça de sa vengeance ; mais ils s'adressèrent au sultan qui les
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Tm*u protégea. L'empereur pour recouvrer sou trône en J*» »»•• sapa lui-même les bases; sacrifiant son pays à son intérêt, * 3 vendit, comme le répètent tous le» historiens , ses Etats pièce à pièce, céda Ténédo» et Lesbos à Venise , promit au sultan un tribut de trente mille écus d'or, convint d'entretenir à son service douze mille hommes > et contraignit la ville de Philadelphie , en Lydie , qui jusqu'alors avait résisté aux musulmans, de se soumettre aux Jois d'Àmurat.
Le sultan donna ses ordres, tout obéit : Jean remonta sur son trône; Ândronic reçut son pardon; tous deux cependant étaient indignes, l'un de régner , l'autre de vivre.
En tous lieux les Grecs éprouvaient les outrages que la faiblesse craint, attire et mérite; l'empereur de Trébizonde ayant refuse de rendre justice à un Génois nommé Mégollo , dont on ayait pillé les propriétés, ce farouche républicain arme deux galères , ravage les côtes , prend un grand nombre de Grecs , leur coupe le nez et les oreilles, les fait saler et les enferme dans un baril qu'il envoie insolemment à l'empereur.
Amurat continuait sans obstacles et presque d'itomt $2 ^ 1S $°* re $es conquêtes ; il s'empara de la principauté d'Açhaïç; Patras lui ouvrit ses portes; la plupart des villes de Macédoine se ; rendirent à lui ; Bçlgracje même, ea t Servie^, reconnut ses
lois; chacun se partageait l'empire; les Vénitiens se rendirent maîtres de Corfou ; le roi de Hongrie, le krale de SeH~ie, les Dalmates et les Valaques , ne voyant plus de barrières entre eux et les Ottomans , réunirent leurs forces et Vinrent attaquer Amurat : la bataille eut lieu près .de Cassovie ; des deux côtés on montra le même courage et la même opiniâtreté; mais les Turcs, tnèsinférieurs aujourd'hui dans l'art de la guerre à tous les peuples d'Europe i les surpassaient alors en tactique et en discipline ; les Ottomans furent vainqueurs.
Baiazet, fils du sultan, excitait par sa vaillance,» ^p 10 ^
# J . * r m 7 de Bajaxct,
par sa force , l'ardeur des siens j il répandait la ^ *» ,o1 terreur et la mort dans les rangs ennemis. « Sous » la masstie de fer deBajazet, dit un historien D arabe / les cuirasses de fer , les casques d'airain ; » s'amollissaient comme la cire. »
Cette bataille fut le dernier triomphe d'Ami*" ,, A Morl »
* d Amurat,
rat j U y trouva une mort digne de sa vie; conmje"™^^ il poursuivait les vaincus > il remarqua que presque' tous les niorts foulés aux pieds par. son. cheval étaient de jeûnes Bulgares et Serves à peine arrivésà l'âge viril. Un des officiers qui l'accompagnaientlui dit • <c; Vous ne devez .point ;eri ^tre surpris y » t#ut homme doué de quelque liaison n'oserait » attaquer l'invincible Amurat, la jeunesse éteur* » die peut seule être assez présomptueuse pour