‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 28 sur 45 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Règne faible de Jean Paléologue. — Son projet sur la réunion des * églises grecque et latine. — Son départ pour le concile de Ferrare. — Son arrivée à Ferrare. — Son retour kConstantinople. — Guerre entre Amurat et Ladislas Jagellon , roi de Hongrie. — Exploits de Jean Corvin , surnommé Huniade. — Exploits et perfidie de Scanderberg. — Traité de paix entre Ladislas et Amurat. — Rupture de ce traité. — Bataille entre eux. — Défaite et mort de Ladislas. — Régence d'Huniade en Hongrie. — Guerre entre Constantin Dragosès et Amu rat. — Défaite de Constantin. — Générosité d' Amurat Mort de Jean

Paléologue.

JEAN PALÉOLOGUE IL (An 1426.) 'Règne] Jean hérita paisiblement de la couronne de son

faible de ^ #

Jean PaiéV père , qui 1 avait associé au trône peu de temps après la bataille d'Angora- Manuel avait eu d'Irène d'autres fils : Théodore Paléologue , prince de Selivrée , puis despote de Lacédémone après la mort de son oncle ; Andronic Paléologue , ' prince de Thessalonique ; Constantin Dragosès, destiné par un malheureux sort à 1^ remplacer son frère sur le trône que pour le voir s'écrouler sous lui ; Démétrius Porphy rogénète > envieux de ses frères , et l'une des

causes de leur ruine ; enfin le prince Thomas , dont les efforts constans n'eurent d'autre objet que de rétablir l'union dans liai famille impériale.

Le premier acte du règne de Jean prouva sa faiblesse et présagea les malheurs qti elle entraîne toujours. Il acheta une paix passagère et la protection d^Àmùrat, en lui payant un tribut de trois cent mille asprfes, et en lui cédant plusieurs places sur les rives du Pont-Etixin. L'exemple de se^ prédécesseurs né pouvait lé justifier ; d'impérieuses circonstances lés. avaieiit forcés à cette humiliation, mais le timïiïé Jean alla lui-même au-devant du jôùg dont' Manuel avait su noblement s'affranchir.

Peu de temps après son avènement au trône , l'impératrice sa femmtè, Sophie Paléogine, princesse de MontferratVlasieè de la version qu'il lui témoignait, s'embarqua secrètement pour 1 Italie 4 ; les Génois favorisèrent son évasion, et l'empereur se montra plus dispose à la reconnaissance pour eux qu'au ressentiment. Sophie reçut à Venise tous les honneurs dus à son rang ; mais, quittant bientôt la pourpre , elle s r ensevelit dans un cloîtré où elle termina ses jours.

Marie , fille de l'empereur de Trébizonde , la remplaça sur le trône de Constantinople ; cette

* An 1427.

princesse sut inspirer à son époux une passion qu'il conserva jusqu'à. la fin de sa vie.

Le prince Théodore, porté tour à tour par son caractère inconstant à l'amour des grandeurs et a celui.de la retraite, formait depuis peu le projet de céder ses Etats aux Vénitiens et d'entrer dans l'ordre des chevaliers de Rhodes. Jean , voulant prévenir l'exécution de ce dessein , partit pour la Morée avec son frère Constantin , qu'il comptait rendre maître de cette province ; mais, lorsqu'il arriya , il trouva Théodore décidé à garder sa principauté ; Constantin ne put obtenir en partage que Corinthe.et quelques villes du Péloponèse.

Ce prince , cherchant un autre but à son ambition, conduisit quelques troupes sous les murs de Patras, attaqua cette ville, fut battu, abandonné, blessé ; il aurait péri dans ce combat sans le courage et la fidélité de Phrantzès , guerrier intrépide , ministre instruit, négociateur habile y et dont la plume nous a transmis avec détail l'histoire de ces temps malheureux.

Constantin, guéri de ses blessures, rassembla de nouvelles forces et s 9 empara de Tairas *.. Cette faible conquête irrita le sultan Amurat ; sa vengeance tomba sur Thessalonique **. Cetie ville ,

*An 1429.

•»Am43i.

apanage d'Andronic Paléologue , venait d'être . cécjée par lui aux Vénitiens. Le sultan l'assiégea et la prit d'assaut : ses armes s'étendireôt ensuite rapidement en Àcarnanie , en Etolie et en Epire.

L'Albanie , défendue par ses montagnes et par , ses, courageux. habitans , l'arrêta. dans sa marche et repoussa ses efforts, Venise arma une flotte contre les Ottomans : André Moncénigo > qui la commandait , attaqua cçlle des Turcs dans le port , de Gallipoli, l'enfonça d'abord, la mit en désordre, et l'aurait détruite s'il e^t ét& xnieux secondé; mais, au moment où la victoire semblait certaine, les Vénitiens, frappés d'une terreur panique, prirent la fuite *. L'intrépide Moncénigo , abandonné , combattit seul quelque temps un grand nombre de. vaisseaux turcs qui l'entouraient et qui le canonnaient vivement ; enfin, .voyant un de ses mâts brisé , il se retira et intimida tellement les ennemis par son feu soutenu , qu'ils n'osèrent le poursuivre. Ainsi l'on peut dire que , si l'armée fut vaincue , l'amiral demeura vainqueur. •

Le monarque des musulmans était doué de ce , grand caractère qui fonde et élève les Etats ;• Amurat montra sur le trône autant de vertus qu'il est possible à un despote et à un conquérant d'en conserver ; et , sans croire aux éloges outrés que lui ,

* An i43i.

prodiguaient l'enthousiasme de ses troupes et l'adulation dé ses esélavés, on doit éôftVenïr qu'il eu mérita une partie.

Cantemir et plusieurs historiens grécis attestent qu'on le vit toujéufe juste , rëfigïéux et fidèle à ses promesses; Les vàincuy mêmes , en déplorant les violences exercées par lés musulmans sur les chrétiens ", en justifient lé sultam , et les attribuent moins à lui qu'aux mtetrrs de sOri siècle et à là barbarie dé son peiipïé.

Irrité dël'écfbéc éprchivé par ses troupes en Albanie , il rie tardât plas à s'en vetoger. À la tête d'une forte afrinée , ayant forcé les passages des montagnes , il se rendit maître du pays , contraignit Castriot , qui en : était' roi , à le rëcorinaître * pour suzerain , à lui payeur un tribut et à lui livrer comme otages ses quatre fils , dont le dernier devint , sous le rioih dé Séafcderbéfc-jg , l'appui , le vengeur de sa patrie et ' le dernier héros dont la gloire ait illustré la Grèce,

Apres cette conquête, Amuraf, loin de licencier son armée , l'accrut par de nouvelles levées. Ces préparatifs répandaient parmi les Grecs une vive inquiétude ; ils lui supposaient le dessein d'assiéger Constantinople ; mais d'autres soins l'occupaient alors ** : Ibrahim son beau- frère, prince

* An 1434.

*' An i435-

DU BAS-EMPIHE. 2ig

de Carâmanie, cherchait l'appui des princes chrétiens pour conserver son indépendance. Àmurat envahit sefc Etats, et- ne liA en rendit une partie qu'après Savoir fbrcé de sef soumettre à son autorité;

Le$ Sèi^vieds , les Hongrois et' les Bulgares , autrefois ennemis opiniâtres dès empereurs grecs, s'étant tardivement éclairés sur leurs' intérêts , cherchaient alors à formel ikne lîgue ; assez forte pour arrêter lès progrès tbûjttnrs croissant : de la puissance mustitinane*. Àmttrat, votllànt prévenir cette réunion , attaqua d'abord la Servie ; le krale Georges, ne pouvant ; résiàter à cfe torrent, y céda, abandonna- au sultan la moitié de ses Etat*,;et hii dorina pour fémiùe sa-soetor; il jBspérait que la beauté de cette princesse captiverait et adoucirait le cœttr (f Ànfuràt; lliytaien fat conclu, mais* tous* ces* sacrifices rfeurfeftt pour résultat : qu'uiïe l,rève de* deux ans:

Ayant appris' que lé ktalé'continttait ses négociations'avecle roi de Hongrie', Atatirârmàrcha contre son beau-frère , le vainquit, et , suivant l'usage barbare de l'Orient , fit crever les yeux à ses deux fîïs. L'infatigable' sultan* pôrta^ ensuite ses armes en Hongrie**; mais, égaré par un guide

* An 1436.

¥ * An 1437.

infidèle , il s'engage^ dans des défilés où les Hongrois l'attaquèrent avçc avantage , défirent ses troupes , et le contraignirent à se retirer.

. Son , L'empereur des Grecs , immobile et noti tran-.

projet sur la i

réunion des quiU e au milieu de tous ces événemens , n'osait

églises grec- T. ^

tin e. etla " y prendre part ; il prévoyait que les Turcs, qui le cernaient de tous cotés , après avoir renversé toutes les barrières qui défendaient encore le Nord de l'empire , retomberaient de tout leur poids» . sur la capitale ; Jean ne vit d'autre espoir de salut pour lui que dans la réunion des églises grecque et latine.

Cette réunion, projetée depuis long-temps , et négociée récemment par Manuel , paraissait en effet le seul moyen de déterminer les puissances catholiques de l'Europe à s'armer pour la délivrance des Grecs. Les lettres du pape, et son ardent désir de voir reconnaître son autorité dans l'Orient, entretenaient cet espoir trompeur : peutêtre, cependant il se serait réalisé si les Grecs, sans attendre ces lointains secours , eussent cherché d'abord leurs premières ressources dans leurs armes et dans leur courage. La fermeté malheureuse appelle l'intérêt , la crairtfe n'attire que la pitié ; la politique des princes est rarement géné- - reuse , elle secourt la force et abandonne la faiblesse.

D'ailleurs le temps de la passion ou de la folie

des croisades n'existait plus ; malgré les instances des pontifes romains, tous les princes' de l'Europe voyaient froidement le saint Sépulcre sous la domination des infidèles ; la courte durée de l'em-. pire latin en Orient les avait convaincus que Constantinople ne pourrait pas plus se défendre que Jérusalem , et leur seule attention se portait alors sur la Hongrie et sur la Pologne, qu'ils étaient résolus à protéger comme les derniers boulevarts de l'Europe contre les Ottomans.

D'autres circonstances concouraient encore à tromperies vœux de ^empereur : l'Eglise catholique , à laquelle il voulait se réunir, était elle-même divisée et déchirée par d'opiniâtres dissensions. Le concile de Baie prétendait restreindre l'autorité du pape y et osait même l'excommunier. Plusieurs souverains soutenaient le concile; Eugène IV , loin de jouir à Rome d'un pouvoir paisible , voyait son peuple révolté contre lui , et les rebelles , excités par le duc de Milan , venaient de forcer le pontife à se sauver du Vatican.

, Enfin la cour d'Orient seule et un petit nombre d'évêques consentaient par politique à cette réunion ; le reste du clergé et tout le peuple haïssaient les Latins , détestaient le pape *, et voyaient avec horreur un changement que les prêtres fanatiques traitaient de sacrilège, d'hérésie et d'impiété.-

Toutes ces considérations et les conseils prpdens de Sigismond, allié de l'qmperewj ne purent détourner ,çe prince de sont entreprise ; Ambrât luimême ,Taventit .vainquent .du danger de son son absence. Laissant le vaisseau 4e d'État exposé sans

départ pour . . - . .- , , .

ie concile de pilote çhix orages qui+e *pe$açaiei#,, û Qeda aux instances du pape, «t s'ambarqu* pour H ta lie avec son frère df)émétrius , le patriarche Joseph , les députés des patriarches <f Antiocbe 9 d'Alexandrie , de Jérusal&p , st «plusieurs éyèques.

Les pères du concile de Baie l'ayaient pressé de se déclarer en leur faveur ; il rejeta leur offre , et convint ^vec Eugène que la réunion des églises serait discutée dans un ,autre oopcile convoqué à Ferrare *.

L'empereur débarqua dans le port de Venise , ou on lui fît rçne nifga&fique réception ; les empereurs y déchus dans l'Orient de leur grandeur et de leur puissance , inspiraient toujours une sorte de respect daps l'Occident. En Grèce , vassaux et tributaires des sultan , ils marchaient à leur suite connue des esclaves ; en Italie 9 au contraire , on ne voyait en eux {pie leurs ancêtres > la dignité de leur rang et Fécljat de leur cour. On se rappelait, à leur aspect , les noms imposans de Constantin , de Justinien , d'Héraclius ; les titres de César et

* An i438.

d'Auguste avaient perdu leur puissance et nqn leur majesté ; semblables aux .monumens de Carthage et de Rome , letuçs ruines commandaient encore la vénération.

Le doge et lés sénateurs vinrent sur up vaisseau de parade, nommé le Bucentaure , au-devant de l'empereur des Grecs^ conformément au faste ridicule de ce temps , Jp soie , l'argent ; la pourpre brillaient de toutes parts aur ce vaisseau, et les matelots étaient couverts de robes de brpcard d'or.

Après plusieurs jours consumés inutilement en *» fêtes et en festins , . Jean se rendit avec son cor- Forrar0, tége à Ferrare : l'astuce italienne et la vanité grecque disputèrent long-temps sur le cérémonial qui devait être observé : Rome l'emporta \ le pape attendit l'empereur dans la ville, et n'alla au-devant de lui que jusqu'au milieu de $on appartement. L'çmpereijr voulut s'agenouiller devant celui que ses prédécesseurs nommaient , confirmaient , emprisonnaient et déposaient autrefois* On décida que d^w l'église ils auraient deux trône$ égaux.

l<es négOjciatÎQns jsur l'étiquette, relativement à la réception du patriarche > ne furent pas moins lôpgues. (c Je traiterai , disait l'éyêque grec r l'é- » veque de Rome comme mon père s'il est plus » vieux que moi , comme mon frère si nous som- » mes du même âge , comme mon fils s'il est plus

» jeune. » On lui donna un siège inférieur à celui du pape et de l'empereur , mais plus élevé que ceux de tous les pères du concile.

Cette assemblée fut moins nombreuse qu'on * ne l'avait espéré^ le concile de Bâle avait refusé de se séparer, aucun des souverains de l'Europe ne se rendit à Feirare ; on n'y vit que leurs ambassadeurs. Plusieurs de ces princes soutenaient le concile de Bâfe contre le pape ; d'autres étaient retenus dans leurs Etats par de plus importantes querelles.

Jamais circonstances ne furent moins favorables pour exciter l'Europe à secourir l'Orient, et à céder aux ordres du pape. Henri VI, roi d'Angleterre, cbancelait sur un trône dont il fut bien-

tôt renversé.

Charles VII , roi de France , à peine rentré dans Paris, ne s'occupait qu'à expulser les Anglais de la France, dont ils avaient conquis et pefdu la couronne.

Le clergé français publiait à Bourges la pragma- * tique-sanction, conforme aux principes du concile de Bâle, et totalement contraire aux maximes ultramontaines. ' x

Enfin ce même concile de Bâle venait de déposer Eugène IV, et d^élire pape Amédée , ancien duc de Savoie. Cet antipape prit le nom de Félix Vr

Jean , se trouvant ainsi trompe dans le bût réel de son voyage , n'en poursuivit pas moins le piretexte, c , est7à-4u , e la réunion de» églises. Les évoques grecs, qui ne se prêtaient à cette réconcilia*tion que par obéissance, prolongent long-temps de vaines disputes sur les difficultés qui divisaient les deux églises.

L'empereur Jean, pour montrer son érudition , se mêla plusieurs fois à ces querçUes théologiques. Les conférences furent interrompues par la peste qui s'était déclarée dans Ferra re. On transféra le concile à Florence , et ses séances ne se terminèrent qu'en I44 2 -

La suprématie du pape fut reconnue ; les Laims prouvèrent aux Grecs par des manuscrits originaux, et entre autres par un ouvrage dp Basile,», qu'autrefois l'église d'Orient avait professé le Ehêtrie principe que qelle de Rome sur .la procession -du {Saint-Esprit. • i ^ .

Les Grecs , après avoirquelque temps oh^pché à éluder la question,, en disant « que le saint;Es- » prit procédait du Père par le Fils , au. lieu de » dire , du Père çt du Fils , »,jse soumirent à la formule reçue en Occident. Ils firent peu d'objettions sur les difficultés relatives au purgatoire; mais , sans qu'on puisse en comprendre le motif, ils se montrèrent beaucoup plus difficiles sur la

question des azymes 5 question tout-à-fait étrangère TOME 10. i5

W6 HISTOÎtE

aux dogmes. Enfin ils cédèrent, et la réunion fat solennellement proclamée. Le patriarche de Constantinople mourut alors dans la communion ro- -maine. ' * - ~ *

f " > Ce trio*nphe * peu durable , celte soumission peu sincère • des Orientaux consola Eugène ide toutes les traverses que sa propre église lui suscitait. Pour prouver $a reconnaissance à Paléolo— gue> il lui ouvrit son trésor, lui promit unie ' flotte , dt l'assura qu'il ne cesserait de renouveler • ses efforts poufc exciter • les princes chrétiens à défendue la Hongrie et la Grèce.

son «tour Après une absence de deux ans, Pàléoïogue.

àConstan- r ' ...

linopie. chargé d'indulgences , de bénédictions , mais dénué de sëfcôufrs , s'embarqua et revint à Constantinople *. En y arrivant, il trouva Te peuple et le clergé soulevés contre lui» Les évêques qui l'avaient accompagné se virent injuriés et menacés pair une multitude furieuse. « Puisse, s'écriait-on i> de toutes £àrts , puisse la main qui a signé , * » puisse la langue qui a proclamé cetye réunion & aussi humiliante qu'impie, être coupées. »

Un changement quelconque de religion n'est justifiable que par uneintimeiconviction; les évêques dti cbiicilénè surbrtt pas rafême conserver ce

* An 1439.

•* An 1439.

DU Bia*EM*IRE. &&7

inérâte : intimidés par le mécontentement public , ils. s'avouaient bassement coupables ^ et , lorsqu'on leur demandait les motifs de ce qu'on appelait ridiculement leur apostasie, ils répondaient : « Que voulez-vous? la peur et le besoin ont dicté » ■ nos paroles. Nous avons .vendu lâchement notre - » foi. » t • .

Vainement l'empereur employa le peu'xpnluî Testait d'autorité pour imposer silence aux mécbntens. Marc, évéque d'Ephèse, les animait; il voulait expier r par l'exagération, de son repentir , sa coopération aux actes du concile. « :

Plusieurs prélats, suivant son exemple, prolon* gèrent les troubles <et le schisme , et se livrèrent avec plus d'ardeur que jamais à leur fanatisme pour la prétendue lumière du Thabor, qui achetait d'éteindre celle de leur raison.

Ces misérables querelles déchirèrent la capital e de l'Orient jusqu'à son dernier jour, et, lorsque le canon des Ottomans abattit peu d'années après ses -remparts, le feu de cette étrange discorde agitait encore les esprits au milieu des terreurs de la ville en ruines.

Si, dans d'autres contrées , l'église chrétienne éclaira les hommes , adoucit les mœurs et civilisa les barbares, elle produisit dans l'Orient un ^flet contraire. Les prêtres , ignorans et superstitieux, plongèrent l'antique patrie des arts et dps armes

saô • HISTOIRE

.dans l'anarchie des sectes, dans l'estfaivage da pouvoir absolu, dans les ténèbres de la barbarie ; tandis qu'en Orient on abattait ainsi le fragile édifice élevé par le concile de Florence , Eugène IV érigeait un monument pour en éterniser la mémoire : un .bas-relief , placé par ses ordres sur une porte d'airain, représentait la dernière séance joà l'on avait proclamé la fin du scbisme.

- .La politique ne traitait pas mieux l'empereur que la reBgion , et r pendant que le terrible Amurat, affermissait chaque jour sa redoutable puissance , une guerre civile éclatait au sein de l'empire. Dcmétrius , frère de l'empereur , avait épouse secrètement la fille du prince.de Lesbos. Jean ne voulut point reconnaître ce mariage ; Démétrius, irrité, embrasse la cause des schismatiques , grossit le nombre des mécontens , les arme > et marche à leur tête contre la capitale.

Amurat, attentif à fomenter toutes: les dissensions qui pouvaient accélérer la ruine des Grecs , donna des secours au prince rebelle. Démétrius > malgré son appui, ne put cependant forcer les murs * de la capitale; mais il en ravagea les environs ; enfin la défection d'une partie de ses trour pes l'obligea de se soumettre et de se réconcilier

aVec son frère.

* An i44 v * ' ': ■ ~'ï*'

Une famille divisée, un empereur sans forck et sans talent , un peuple amolli, asservi par une s foule de seigneurs , et déchiré par des troubles religieux , Coffraient plus au sultan des Turcs qu'une proie facile ; elle n'aurait pu lui échapper , si tout à coup une ligue formidable et le courage de deux guerriers célèbres n'eussent entraîné long-r temps ses armes loin du Bosphore.

Le krale de Servie, décidé à se venge v de l&^^Jï^ mutilation de ses fils et du pillage de ses Etats > Ludion s'était rangé sous la protection du t brave LadiskSgnv h,Hon " Jagellon , roi de Pologne et de Hongrie. Ce mo- d ^ xp,0 i ,, narque, qui chercha comme un preux la gloire, JJ^ÏÏT et qui trouva la mort en voulant servir de digue Diad# à l'Europe contre les musulmans , envoya aux Ser viens vingt- cinq mille hommes, commandés par le célèbre Jean Corvin, surnommé Huniade.

Ce guerrier , dont les hauts faits illustrèrent l'obscure naissance, s'était rendu fameux par mille * exploits dès sa jeunesse , dans les guerres d'Italie ^ sous le nom du Chevalier-Blanc. Attaché depuis à la fortune de Ladislas , il contribua efficacement à ses premières victoires * , qui lui firent joindre le trône de Hongrie à celui de Pologne.

flhiniade, tombant sur les Turcs avec impétuosité , les battit en plusieurs rencontres , les chassa •

* An .i.44*« * -

»5o HISTOIRE

de la Servie , et rétablît le krale Georges dans se* Etats. Amtirat, impatient de réparer cet échec f envoya successivement contre lui quatre armées : le terrible Huniade les défit toutes.

Moins habile capitaine cependant que brave soldat y il dut ses victoires plus à sa vaillance et à son impétuosité qu'à ses manœuvres. Son bouillant courage enflammait celui de ses troupes; rien ne résistait à ses coups ; poursuivant les Turcs sans relâche , il en fit un si affreux carnage que, longtemps après sa mort , les Ottomans , pour effrayer leurs enfans , se servaient encore de son nom défiguré dans leur langue , et tout fuyait dans les villages lorsqu'on entendait crier : « Voilà Janus » Laïn, ouïe scélérat. »

Bientôt Ladislas , réuni à Ce vaillant général > entra en Bulgarie à la tête de cent mille hommes y et s'avança jusqu'à Sophie; il y rencontra l'armée turque plus nombreuse que la sienne ; un grand nombre de chevaliers allemands et français servftient sous les enseignes de Jagelïon. Huniadç chargea les musulmans avec sa furie ordinaire ; le courage des janissaires lui opposait cependant une opiniâtre résistance , mais un événement imprévu décida la victoire.

Exploit» ;Lë plus jeune des enfans de CaStriot , roi d ? AI-

e\ perfidie *■ . ' p

j£ r 8candcr * banie , emmené en otage par Amurat, avait cte pourri dans la religion de Mahomet. Elevé à la

DU BAS-EMPlkK.

coqr du sultan , il s'était concilié sa faveur par éoit esprit, par son adresse et surtout par son intrépide courage* Dès sa jeunesse il se distingua dans plusieurs combats , et les Turcs admirèrent tellement son audace et la force extraordinaire de son bras qu'ils l'appelèrent Scaûderberg, c'est-à-dire le seigneur Alexandre.

A murât , trompé par le dévouement apparent sous lequel ce jeune prince cachait ses projets de vengeance ,' lui confia des emplois militaires importais. À la bataille de Sophie, Scanderberg commandait un corps de cinq mille cavaliers , dont il s'était assuré la fidélité. Au moment où les deux armées , par un dernier choc, allaient décider du sort de cette journée, Scanderberg passe rapidement avec sa troupe du coté des chrétiens , et charge en flanc les musulmans. Celte défection, . cette» attaque soudaine répandent parmi les Turcs la consternation et l'effroi. Ladislas et Huniade profitent de ce désordre, enfonceut les infidèles et les poursuivent jusqu'au mont Hémus, qui protégea leur retraite.

Ladislas rentra en triomphe dans la ville de Bude , traînant à sa suite douze pachas, quatre mille prisonniers et neuf drapeaux.

Un tableau pçiut par ses ordres conserva le souvenir de cette éclatante victoire et des exploita d'Humade, quon y voyait briller au premier

a3» histoire

rang , sous le costume de l'un dès héros de l'antiquité.

Scanderberg, après la victoire, ayant rencontré un secrétaire d'Amurat, le força d'écrire, ,de signer et de sceller du grand sceau du sultan une patente qui ordonnait à la garnison de Croia , capitale d' Albanie, de remettre cette ville entre ses mains. Maître de cette patellte,* il fit poignarder ce secrétaire et ceux qui l'accompagnaient. Ainsi la trahison , le meurtre et Fapostasie furent les premiers degrés qui conduisirent au trône ce héros. Le reste de sa vie glorieuse couvrit cette tache sans l'effacer ; la légitimité de la vengeance et trente ans ; de gloire peuvent décorer , mais non justifier de tels crimes.

Scanderberg, sans perdre de temps, conduisit sa troupe à Croia ; la garnison trompée lui en ouvrit les portes ; tous ses sujets accoururent à sa Voix, les Etats d'Epire le reconnurent pour leur chef. Le bruit de son nom attira sous ses drapeaux les plus braves aventuriers de l'Europe , et à la tête d'une armée d'élite qui ne dépassa jamais le nombre de huit milje soldats et de sept mille cavaliers y profitant avec habileté du courage de ses troupes et de l'aspérité du pays, il résista constamment aux forces immenses d'Amurat et de Mahomet II , •surprit leurs détachemens, s'empara de leurs convois y défit leurs armées , évita les efforts de leurs

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masses par des manœuvres habiles, las étonna tour à tour par la célérité de ses attaque** par l'habileté de ses retraite*, brava leur puissance, se maintint contre eux dans la possession de tf|t* pire , de la Macédoine , de l'Albanie > et acquit dans ces étroites contrées une si grande gloire, qu'une admiration exagérée le compara long- temps à Pyrrhus et à Alexandre.

, Ses faibles Etats , défendus par ses armes , survécurent quelques années à l'empire grec ; mais enfin dans sa vieillesse , obligé de céder à la fortune de l'invincible Mahomet , il chercha un refuge en Italie f et termina ses jours à Lissus , près de Venise.

On dit que Mahomet , pendant l'intervalle d'une trêve qui avait suspendu entre eux les combats , le. pria de lui envoyer son terrible cimeterre , croyant que cette arme, qui avait tranché la vie de deux mille musulmans , et qui d'un seul coup abattait la tête d'un taureau , produirait les mêmes prodiges dans d'autres, mains.

L'essai qu'il en fit lui ayant prouvé que ce cimeterre n'avait rien qui le distinguât des glaives or- , dinaires , il crut que le roi l'avait trompé et s'en plaignit. Scanderberg lui répondit : « Je vous ai » envoyé le sabre, mais non le bras. »

La victoire de Ladislas et d'Huniade retentit dans toute l'Europe ; elle réveilla le courage > l'é-

a54 ; histoire

-\ ; muktioade ses guerriers, fit renaître l'espérance parmi les Grecs, et porta un coiif» terrible à la puissance cT A murât. Le pape Eugène profita de ces dispositions favorables; pour déterminer plusieurs princes chrétiens à {prmer contre les musulmans mie nouvelle croisade, dont le plan paraissait mieux combiné que celui des premières; Ibrahim , prince de Caramanie , promettait de seconder les armes des croisés ; tous les émirs de Natolie se montraient disposés à secouer le joug du sultan, et, tandis que cette guerre intestine rappel lerait en Asie l'armée des Turcs qui occupait la Thrace , la Grèce et la Bulgarie , Ladislas, Huniade et Scanderberg devaient, avec le secours des Grecs soalevés ,. chasser les Ottomans de toutes les contrées situées au-delà du Bosphore. JEn même temps les vaisseaux et les troupes de Rhodes , de Chypre , de Gênes 4 , de Venise et du duc de Bourgogne , devaient parcourir FArchi- . pel , reprendre les îles conquises par les infidèles, et affranchir ensuite les villes de la côte 4'Asie d'ui^long et odieux esclavage.

Tr«ii* de Amurat , consterné de sa défaite à Sophie, des^

pain entre < • • >i il* j

Ladisiaset mouvemens qui. annonçaient une rébellion dans FOriçnt, et des préparatifs qui se faisaient en Europe contre lui, soumit habilement son orgueil à la fortune. Il proposa la paix à Ladislas.

Huniade et Scandçnberg s'indignèrent en vain

d'un traité qui arrêtait leurs armes ; eu vain le légat du pape /Julien Césarini , s'opposait , au nom dé la religion , à cette paix avec les infidèles ; une trêve de dix ans fut conclue dans la diète de Ségedin. Amurat , pour l'obtenir , fléchit pour la première fois devant un vainqueur ; il -rendit la Servie aukrale Georges , consentit* laisser régner paisiblement Scanderberg en Albanie , en Epire , en Macédoine , et ne garda de ses nouvelles conquêtes qu'une partie de la Bulgarie.

Pour rendre cet engagement plus inviolable, les chrétiens jurèrent sur l'Evangile , et les Turcs sur l'Alcoran, d'en observer strictement les stipulations*

, A peine on venait de signer le traité , là diète même n'était point encore séparée , quand soudain Ladislas reçoit une dépêche du cardinal de Florence , neveu du pape : elle lai apprend qu'Amurat , rappelé par les troubles qiii agitent ses Etats , vient de repasser en Asie; tjue la flotte des croisés traverse la nier Egée et va occuper le détroit de Gallipoli pour fermer au sultan tout retour en Europe ; qu'ainsi le moment est venu., pour le roi et pour ses alliés , d'imrtiortaliser Iqurs noms en délivrant la Grèce et la religion (le Jéurs implacables ennemis.

Dans le même moment arrive une lettre de Jean Paléoïogue; l'empereur félicitait Ladislas de ses

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triomphes, lui mandait qu'il s'était rendu avec ses troupes à Lacédémone , que tous tes Grecs couraient aux armes ; enfin il l'invitait à kd communiquer le plan de ses opérations pour le mettre à portée de seconder ses efforts et de partager ses lauriers.

Ces nouvelles ina0endues répandent le trouble et l'agitation dans l'assemblée mobile et ^ardente des Hongrois; d'une part le respect dû aux traités , de l'autre la haine contre les Ottomans , le désir de la gloire et l'espoir d'un triomphe facile agitent les esprits ; les uns veulent que la trêve soit maintenue , par vénération pour le serment ; les autres 'demandent à grand cris la guerre ; au milieu* de ce tumulte , le cardinal Gésarini prend la parole et s'écrie : a Tromperez-vous ainsi lâche* » ment nos espérances , et serez-vous sourds à la » voix de la fortune qui vous appelle? Tandis » que vous écoutez les conseils timides et les » froids calculs d'une fausse politique , votre rdi- •H gion est outragée ; la Grèce est dévastée, asser- » vie; les Turcs , dans cette malheureuse contrée, » étouffent ou empoisonnent les générations nais- » santés , dans la crainte de voir s'élever contre )) eux des générations vengeresses.

» Les enfans au berceau sont deveûus les objets y) de leur rage; les uns, arrachés à la vie avant » d'en joufc* , sourient innocemment au fer qui va

DU BÀS-EMPtRE. <jfy

» frapper leur tête ; les autres , plus malheureux % » sont réservés aux chaînes et à l'apostasie : les » cités tombent en ruines ; les champs, sont livrés » aux flammes, on vend dans les marchés les » chrétiens comme des .bêtes de somme ; la fille » est arrachée à sa mère, la femme à son époux; » les. vierges saintes sont abandonnées aux vio- » lences des barbares; les derix boulevarts de la » chrétienté, Qiypre et Rhodes, vont être enva- » bis y et, quand nous volons à leur secours, vous » refusez de vous armer pour nous , et vous nous » alléguez de frivoles sermens! Mais n'en- avez- » vous pas fait un premier à votre Dieu , aux » chrétiens, à vos frères? Cet engagement* sacré, * annulle un serment sacrilège fait aux ennemis » de Jésus-Christ ; le pape est son lieutenant dans » ce monde ; vous n'avez rien pu promettre* légt- » tintement aux infidèles sans sa permission» » C'est en son nom que je vous parle; en son » nom je sanctifie vos armes,; je vous relève » de vos. sermens / je vopts absous du parjure : » suivez sans balancer la route du salut et de la *> gloire où mat voix vous guide. Si quelque vain » scrupule vous arrête encore , sa la rupture » d'un traité impie vous paraît urj crime, j'en ap- » pelle sur moi seul le cbâtipiebt. -y ... * .

Le fanatisme qui dictait ces paroles , le carac- R np lnre

A % r j ii • i i *« ce traité.

tere sacre de 1 orateur qui les prononce, chan-

genr, abusent , égarent, entraînent cette assemblée pieuse et guerrière, et la paix est rompue dans celte enceinte même où l'on venait de la signer.

Vainement quelques esprits sages veulent faire entendre la voix de la prudence et de la raison; leurs faibles accens sont étouffés par le cri des passions, par le bruit des armes, et la guerre i est déclarée. On eut brentôt à se repentir de ce témé-? raire entraînement; cette première chaleur dura peu ; les aventuriers allemands et français quittèrent l'armée pour ne point manquer à leur serment ; un grand nombre de Polonais refusèrent de s'qxposer aux fatigues d'une expédition si loin*» taine ; plusieurs palatins de Hongrie se retirèrent dans leurs châteaux ; les forces de Ladislas se trouvaient réduites à vingt mille hommes. Enfin Scanderberg \ dont le nom seul valait une armée > ne put rejoindre le roi ; la jalousie du despote de Servie l'en enipêcha : ce prince lui refusa le pas* sage dans ses Etats.

Cependant Ladislas, entraîné à sa perte par soit inexpérience et par les funestes conseils du légat qui lui promettait les secours du ciel, passa le Danube , côtoya la Mer-Noire , traversa la Bulgarie que ses troupes indisciplinées saccagèrent , et campa enfin auprès dé Varna *.

An i444*

DU BAS-EMPIRE. l3^

Là il apprit que l'Asie &ait pacifiée , que \at flotte des croisés avait abandonné la garde 'dé FHellespont , que les Grecs s'étaient retirés sanrf combattre, et qu'enfin Araurat , déjà parti d'Ah- «Jrinoplé , s'avançait à la tête de soixante mille hommes contre lui.

Bientôt les armées, sont eototésence ; à peine le b.uîii#

m 1 '• ' * m tntrt eux.

signal est donné,' 1 intrépide Huniade et le despote de Servie chargent avec flireûr les ailes de l'armée ottomane , les rompent et les mettent en fuite: Aîbtirat, en voyant leur déroute, se croit

vaincu ; il veut se retirer ; un Vieux janissaire ar-

rête la bride de son cheval, lui rappelle ses devoirs

et l'exhorte à vaincre ou à périr.

Le sultan ,' loin de punir cette audace d un soldat, lelôùe, le récompense , reprehd sa' fierté , Retrouve son courage , et fait placer au bout d'une lance le traité de paix violé par Ladislas : «c'ÎPirà- * ' » phète des chrétiens, s'écrie-t il , si tu es, comme » ils le disent, un Dieu de vérité V vengé tôi- » même ta religion , et punis les parjures. i>

Ces pdroles raniment le courroux et l'espoir des musulmans; à leur tête il s'avance et rétablit le combat. Huniade , poursuivant avec trop d'ardeur • là cavalerie turque, avait laissé les flancs de l'armée chrétienne dégarnis; les Hongrois, accablés par le nombre , s'ébranlent. Ladislas ne peut réparer Défaite ce desordre ; faneur de voir la victoire, qu'il wwm.

croyait certain , li^i échapper , il s'élance comme un lion sur les ennemis , ivenvçrse tout ce qui lui résiste, s'ouvre tm passage sanglant dans la phalange épaisse des janissaires , joint enfin le sultan ^ et lèye.son sabre pour le frapper ; m^is A#mrât > d'un coup de lance, perce le çoi^rçif r diiroi<j le , prince tombe ; un sokfôt; turc lui fioupe la tçte , rattache à sa pique et la montre aji* chrétiens.

Ala vue de cet horrible trophée,, lçs Hongrois consternés s'arrêtejat* reculent et prennent la fuite; on en fit un affreux carnage. Le cardinal Julien, trop, chargé d'or, dit-on , fut atteint cjaps jsa pourse paf les Spahis qui le poursuivaient, e$ paya dç sa^ vie ses désastreux conseils, .,

S*«?^j« ^ Hpjii^de , accourut trop tard pour défendre le ^Hongrw, rc ^ 9 x$aï$ il parvint par des prodiges de courage à sauver lç$ débris de •l'année. . Sa gloire survécut À cçrçverp chargé du gouvernement $ou^ la minorité du jeune Ladislas d'Autriche, il. administra sagement la Hongrie, et la défendit avec gloire contre les r Ottomans.

J)ix mille chrétiens périrepit dans la journée de Vanaa, mais, ils vendirent chèrement leur vie. La perte des musulmans fut immense et telle qu'A- murât, lorsqu'on le félicitait sur son triomphe > s écria: a Deux victoires pareilles détruiraient y> mon empire. » - *

La soumission des émira d'Asie, la défaite des

du bas-empire: a4i

Hongrois, la retraite des croisés livraient l'emperettr Paléologue sans défense au ressentiment du vainqueur. Jean , privé de tout espoir et de tout appui, implora la clémence du sultan* Amurat le méprisait tro£ pour le craindre : il lui pardonna , lui défendit d'entretenir aucunes liaisons avec les grinces chrétiens, et lui pern^, à cette condition, de vivre en paix dans sa capitale.

Le sultan, moins généreux pour un ennemi plus vaillant, prolongea cruellement après la victoire son horrible vengeance sur les restes de Ladislas. On brûla la main de ce prince qui avait signé et rompu le traité ; sa tête, conservée dans un vase rempli de miel, fut envoyée à Pruse, pour la montrer aux musulmans comme trophée, aux chrétiens comme épouvantail.

Au milieu de tant de désastres , de honte et d'à- Guerre baissement, quelques dernières lueurs de courage •taatfaD»brillèrent encore sur les débris de la Grèce. Laba- »««*. daire, amiral grec, battit une escadre génoise; Constantin Dragosès, frère de l'empereur, était devenu , par l'abdication récente de Théodore , despote du Péloponèse ; ce prince , digne encore de régnçr * Sparte, son apanage , conçut l'espoir de relever les ruines de l'empire j il osa seul braver quelque temps Amurat , au moment même où tout cédait à ses armes ; indigné de l'esclavage de sa patrie, il profite du moment où le sultan était tome 10 ; 16

24t2 HISTOIRE

rentré dans l'Asie ; il rassemble quelques braves , appelle près de lui les montagnards y les arme > chasse les Turcs de Thèbes, s'empare du Pinde, soulève en Thessalie quelques vassaux d'Amurat, affranchit momentanément le Péloponèse du joug des musulmans , et, pour défendre l'Isthme de Corinthe, reconstruit là fameuse muraille qu'on nommait autrefois l'Examille* Elle avait cinq cou-

dées d'épaisseur ; plusieurs forts et un fossé large la couvraient ; ce fossé profond servait de canal entre la mer ^'Ionie et la mer Egée, refaite a* Amurat, après avoir comprimé quelques rebelles en Asie , vint avec toutes ses forces attaquer Constantin, qui lui opposa une opiûiâtre résistance ; mais la nombreuse artillerie du sultan ayant enfin fait une brèche praticable , les Tufcs prirent d'assaut lé retranchement j les dernier* , défenseurs de Sparte , préférant la mort à la fuite f furent passés au fil de l'épée. Turacan , lieutenant d'Amurat , dévasta le Péloponèse , en enleva un butin immense et réduisit une foule d'habitans en esclavage. *

Gén^osité Constantin vaincu obtint dans sa défaite l'estime du vainqueur ; Amurai lui accorda la paix et lui rendit ses Etats *. ' Mo* L'empereur Jean, renfermé dans Constanti-

«1e Jean l'a-»' ' ■ >

léulogtU'.

* An i447«

nople , ne put même dans ces étroites limite* exercer paisiblement sa faible autorité ; ses derniers jours furent vainement consumés çq impaissans efforts pour apaiser les querelles opiniâtres des orthodoxes et des schismatiques , Facbarnément scandaleux de leurs disputes ,1a nouvelle défaite de Hunia de, vaincu à Cassovie par Àrr*urat, la ruine de ses espérances, le chagrin qui suit les revers,, la honte qui punit là faiblesse , hâtèrent la fin de sa vie ; il mourut âgé de cinquante-huit ans , son régné en avait duré viftgttFois.

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