‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 6 sur 45 · DISC · texte numérisé non relu

DISC

ï8 HISTOIRE

L'ambition et l'avidité, enflammées par ce décret , opérèrent de» prodiges ; chaque noble , chaque négociant leva des soldats, arma des vaisseaux ; la flotte vénitienne nettoya la mer des pinéle rates grecs, et tout l'Archipel fut conquis en une

de FArchi- ftnnl L» * pelpareox. ailIiee •

Mort de ' ^ k même époque, Joannice termina sa car- ÎÎSmbÎéi- r ^ re hrillante d'exploits, mais souillée par des s* 1 **' cruautés atroces ; Pbrorilas , son neveu , aussi belliqueux mais moins habile , lui succéda ; jusque là les Bulgares, combattant à la manière des Par thés, avaient fatigué les Français par leurs rapides invasions , par leurs promptes fuites , par leurs attaques sans cesse renouvelées ; le stratagème plutôt que la force les avait fait triompher Vicloirê ^ souvent de l'imprudente ardeur des Francs. Le ph^rii™ * llouveau ro * 9 P^ 115 téméraire , attendit en plaine de ituriM. l'empereur , et le combattit en bataille rangée* Henri le défit complètement, et lui enleva quatrevingts lieues de pays.

Une autre guerre appela les armes de Henri* Montferrat en mourant avait laissé son marquisat à Guillaume son fils aîné, et le royaume de Thessalonique à son second fils Démétrius. Le comte Blandras, chargé de la tutelle et de la régence, voulait que Guillaume régnât, espérant

* An laoS.

profiter de la faiblesse de son caractère pour se rendre indépendant. L'empereur, irrité contre lui , l'assiégea et le fit prisonnier.

Blandras captif continua ses intrigues ; à son instigation les Italiens , qu'on nommait encore Lombards, se révoltèrent et se rangèrent sous les drapeaux du despote d'Epire ; malgré la réunion de leurs forces , Henri les défit et les contraignit à lui demander la paix *•

L'empereur venait de perdre alors Agnès sa soa femme ; le désir d'accorder quelque repos à ses w* «u« *• sujets l'emportant sur tout autre sentiment, il épousa une fille de Joannice, de ce tyran qui avait mutilé et massacré si barbarement son frère Baudouin. La paix avec les Bulgares fut le prix 1-11.15.™ de ce sacrifice.

Depuis quelque temps l'ancien usurpateur du Aman» trône des Grecs, Alexis l'Ange, qui s'était sauvé rAngo tt de Thessalonique et réfugié en Epire , au bruit *'****>• des conquêtes et du couronnement de son gendre Lascaris , devient jaloux de sa gloire , forme le désir, conçoit l'espoir de remonter sur le trône , court en Asie et implore le secours de Gaiatheddin , sultan d'Icône, qui lui promet de lui rendre le sceptre.

Tous deux rassemblent une armée de vingt

* An 1209.

Marche mille hpmmes : ils voulaient atlaquef Nicée. Las-

de Lascaris *

contre eux. caris, dont les forces étaient disséminées dans toute l'Asie , ne pouvait leur opposer, dans ce. moment , que deux mille Grecs et huit cents déserteurs français ; mais ce guerrier intrépide ne savait pas reculer devant le péril > et 9e comptait jamais ses ennemis. À la tête de sa faible troupe ^ il traverse audacieusementle mont Olympe, s'empare de Philadelphie , poursuit sa marche avec rapidité, et rencontre , près d'Antioche , sur le Méandre, Alexis, suivi du sultan et de sa nombreuse armée.

Morl , Ces. princes, le voyant si peu accompagné, ne îdB^frïan- doutent pas d'un triomphe prompt et facile ; ce* çtw " pendant les huit cents Français, avec cette impétuosité qui dans tous les temps fît leurs succès et leur gloire , tombent sur les Turcs et les enfoncent ; mais bientôt, enveloppé^ écrasés par la foule d'ennemis qui les pressent, ils perdent l'espoir de vaincre , et ne conservent que celui de vendre chèrement leur vie. Après des prodiges de courage , tous ces braves tombent morts sur des monceaux de musulmans, immolés d'avance à leurs mânes. La plupart des Grecs, plus effrayés que. Bravoure jaloux d'une mort si héroïque , prennent la fuite 5

f de U-cari?. . . .- '

" Lascaris seul reste immobile sur le champ de

bataille , avec trois cents preux décidés à le sauver ou à périr.

/ Le sultan * indiqué de voir une poigne de bra- m<mi ves affronter encore Une armée, et intimider, par leur contenance , quinze mille guerriers qui les entourent, s'élance avec rage sur Lascaris , et d'un coup de cimeterre brise son casque. Le héros renversé se relève aussitôt , coupe les jarrets du cheval de son ennemi y le sultan tombe ; Lascaris lui tranche la tête et l'attache au bout de sa lance.

À cet horrible aspect l'épouvante saisit les Turcs; dc \£j£™ t# ils jettent de grands cris et se dispersent ; lé prince grec vainqueur leur paraît un ange mehaçant; l'espoir et la honte rappellent le' courage dans le cœur des Grecrf; ils se rallient, ils poursuivent les fuyards, ils en font un affreux carnage, et Lascaris, à leur tête, entre, triomphant dans An tioche.

Alexis, pris en fuyant, ïut enfermé. dans une prison. Aucun souvenir consolant ne f y acçom- e f^l% m pagna ; assassin de son frère , tyran de ses sujets, ex,s cause première de la' ruine de l'empire , il succomba bientôt aux chagrins et aux remords.

Tandis qu'un héros relevait la gloire des Grecs , Henri , malgré ses vertus et sa vaillance i ne pou- Troubla vait rendre le repos et 1 la prospérité à l'empire r ire Iatin latin ; le$> prétentions des grands , les querelles des princes, rcrgueil et l'ignorance des barons / la bru- , talité du soldat, les ravages dé l'ennemi couvraient de ruines celle brillante conquête : les besoins

a 3 histoire:.

du clergé ajoutaient encore de nouveaux malheurs à ces desordres. Au lieu des biens envahis sur lui par les vainqueurs pour payer les frais de la conquête , on lui avait assigné le quinzième de la valeur des immeubles et la dîme des revenus ; les évêques , pour se faire payer , prodiguèrent à la fois les censures et les excommunications.

Sur ces entrefaites le patriarche mourut; les Vénitiens et les Français ne purent s'accorder sur le dboi* de son successeur, et en vinrent aux armes. L'autorité du pape profita de ces dissensions; il nomma le patriarche et envoya dans l'Orient un légat qui , par ses actes arbitraires, aigrit de plus en plus la haine des Grecs contre les Latins.

L empereur gémissait de ces abus sans pouvoir les réprimer; on ne lui permettait que de oom-> battre : après avoir conquis quelques villes en Asie % il conclut la paix avec Lascaris, qui obtînt par ce traité la cession de tout le pays situé entre

Sardes et Nicée > la possession de Pergame , de Pruse , et de beaucoup d'autres villes.

* Un concile rassemblé à Latran rendit cette

année mémorable; le pape y reconnut Constanti-

nople comme le second siège du monde chrétien,

EmpoUoj^ Henri ne jouit pas long -temps du repos qu'il

Henri. aya j t donné à l'empire, il mourut empoisonné*

OU BAS-EMPIRE. a3

On soupçonna de ce crime sa nouvelle épouse ; l'accusation était peut-être injuste, mais le soutenir des crimes de son père l'accréditait. Henri ne laissa point d'enfàns ; sa vie avait été remplie et glorieuse ; sa mort fut l'époque du commencement de la décadence de l'empire français *. II avait régné dix ans.

* An 1216.

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