‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 21 sur 63 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE

aux dogmes. Enfin ils cédèrent , et la réunion fui solennellement proclamée. Le patriarche de Constantinople mourut alors dans la commimion rornaine.

Ce triomphe * peu durable , celle soumission peu sincère des Orientaux consola Eugène de toutes les traverses que sa propre église lui suscitait. Pour prouve? sa reconnaissance à Paléologue, il lui ouvrit son trésor, lui promit une flotte, et l'assura quil ne cesserait de renouveler ses efforts pour exciter les princes chrétiens à défendre la Hongrie et la Grèce.

Son retour Après uuc abscncc de deux ans , Paléologue , iiuopie. chargé d indulgences , de bénédictions , mais dénué de secours , s'embarqua et revint à Conslantiiiople ^. En y arrivant , il trouva le peuple et le clergé soulevés contre lui. Les évêques qui l'avaient accompagné se virent injuriés et menacés 'par une multitude furieuse. « Puisse, s'écriait-on ï) de toutes parts , puisse la main qui a signé , » puisse la langue qui a proclamé cette réunion )) aussi humiliante qu'impie , être coupées. »

Un changement quelconque de religion n'est justifiable que par une intime conviction ; les évêques du concile ne surent pas même consen'er ce

* An 1439.

'* An 1439.

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nK'iile : îiiliniidés par le mécontentement public , ils s'avouaient bassement coupables , et, lorsqu'on leur demandait les motifs de ce qu'on appelait ridiculement leui- apostasie, ils répondaient: « Que voulez-vous? la peur et le besoin ont dicté » nos paroles. Nous avons vendu lâchement notre )) foi. w

Vamement l'empereur employa le peu qui lui r(îstait d'autorité pour imposer silence aux mécontens. Marc, évéque d'Ephèse, les animait; 11 voulait expier , par l'exagération de son repentir , s^i coopération aux actes du concile.

Plusieurs prélats, suivant son exemple, prolongèrent les troubles et le schisme , el se livrèrent avec plus d'ardeur que jamais à, leur fanatisme pour la prétendue lumière du Thabor , qui achevait d'éteindre celle de leur raison.

Ces misérables querelles déchirèrent la capital^ de l'Orient jusqu'à son dernier jour, et, lorsque le canon des Ottomans abattit peu d'années après ses remparts j le feu de cette étrange discorde agitait encore les esprits au milieu des terreurs de la ville en raines.

Si, dans d'autres contrées, l'église chrétienne éclaira les hommes , adoucit les mœurs et civilisa les barbares, elle produisit dans l'Orient un effet contraire. Les prêtres , ignorans et superstitieux , plongèrent l'anliqtie patrie des arJs cl des armes

dans l'anarchie des sectes, dans l'esclavage du pouvoir absolu j dans les ténèbres de la barbarie; tandis qu'en Orient on abattait ainsi le fragile édifice élevé par le concile de Florence , Eugène IV érigeait un monument pour en éterniser la mémoire : un bas-relief, placé par ses ordres sur une porte d'airain, représentait la dernière séance où l'on avait proclamé la fin du schisme.

La politique ne âl^bitait pas mieux l'empereur que la religion , et , pendant que le terrible Amurat affermissait chaque jour sa redoutable puissance , une guerre civile éclatait au sein de l'empire. Démélrius, frère de l'empereur, avait épousé secîrètemenl la fille du prince de Lesbos. Jean ne voulut point reconnaître ce mariage j Démélrius , irrité , embrasse la cause des schismatiques , grossit le nombre des mécontens , les arme , et marche à leur tète contre la capitale.

Amurat , attentif à fomenter toutes les dissensions qui pouvaient accélérer la ruine des Grecs , donna des secours au prince rebelle. Démétrius , malgré son appui, ne put cependant forcer les murs * de la clpitale ; mais il en ravagea les environs ; enfin la défection d'une partie de ses trour pes l'obligea de se soumettre et de se réconcilier avec son frère.

* An i44''

Cuprre entre Amurai et l.adis.

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Une laïuille divisée, un empereur sans force et sans talent , un peuple amolli, asservi par une Ibule de seigneurs , et déchiré par des troubles religieux , n^ofïVaient plus au sultan des Turcs qu'une proie facile ; elle n'aurait pu lui échapper, si tout à coup une ligue formidable et le courage de deux guerriers célèbres n'eussent entraîné longtemps ses armes loin du Bosphore.

Le krale de Servie , décijIiB à se venger de là mutilation de ses fils et du pillage de ses Etats, în.ja'r.'îion s'était rangé sous la protection du brave Ladislas ^4/ °°' Jai^ellon , roi de Pologne et deHoni^rie. Ce mo- ,K^pi«iis narque, qui chercha comme un preux la gloire , J'^";^*"^~ et qui trouva la mort en voulant servir de digue """'''• à l'Europe contre les musulmans , envoya aux Serviens vingt- cinq mille hommes, commandes par le célèbre Jean Corvin, surnommé Huniade.

Ce guerrier , dont les hauts faits illustrèrent l'obscure naissance, s'était rendu fameux par mille exploits dès sa jeunesse , dans les guerres d'Italie , sous le nom du Chevalier-Blanc. Attaché depuis à la fortune de Ladislas , il contribua efficacement à ses premières victoires '*' , qui lui firent joindre le trône de Hongrie à celui de Pologne.

Huniade, tombant sur les Turcs avec impétuosité, les battit eu plusieurs rencontres , les chassa.

' An \\\\,

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de la Servie , el rétablit le krale Georges dans ses Etats. Amurat , impatient de réparer cet échec, cnyoya successivement contre lui quatre armées : le terrible Hmiiade les défit toutes.

^ Moins babde capitaine cependant que brave

soldat , il dut ses victoires plus à sa vaillance et à son impétuosité qu'à ses manœuvres. Son bouillant courage enflammait celui de ses troupes ; rien ne résistait à ses cqg|É|; poursuivant les Turcs sans relâche , il en fît un si affreux carnage que, longtemps après sa mort , les Ottomans , pour effrayer leurs enfans , se servaient encore de son nom défiguré dans leur langue , et tout fuyait dans les villages lorsqu'on entendait crier : « Voilà Janii> » Laïn, ouïe scélérat. »

Bientôt Ladislas , réuni à ce vaillant général , entra en Bulgarie à la tête de cent mille hommes , et s'avança jusqu'à Sophie ; il v rencontra l'armée turque plus nombreuse que la sienne ; un grand nombre de chevaliers allemands et français servaient sous les enseignes de Jagellon. Huniade chargea les musulmans avec sa furie ordinaire ; le courage des janissaires lui opposait cependant une opiniâtre résistance , nxais un événement imprévu décida la victoire.

Expiniis Le plus jeune des enfans de Castriot , loi d'Al-

el peifiilie *■ '

'^^^'^""''"- banie , emmené en otage par Aiuurat, avait été nourri dans la religion de Mahomet. Elevé à la

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cour du sultan , il s'élall concilié sa laveur par son esprit, par son adresse et surtout par son intrépide courage. Dès sa jeunesse il se distingua dans plusieurs combats , et les Turcs admirèrent tellement son audace et la force extraordinaire de son bras qu'ils l'appelèrent Scanderberg, c'esl-à-dire le seigneur Alexandre.

A murât , trompé par le dévouement apparent sous lequel ce jeune prince caébait ses projets de vengeance, lui confia des emplois militaires importans. A la bataille de Sophie , Scanderberg commandait un corps de cinq mille cavaliers , dont il s'était assuré la fidélité. Au moment où les deux armées , par un dernier choc , allaient décider du sort de cette journée, Scanderberg passe rapidement avec sa troupe du côté des cluétiens , et charge en flanc les musulmans. Celte défection, cette attaque soudaine répandent parmi les Turcs la consternation et l'eQ'roi. Ladislas et Huniade )»rofiicnt de, ce désordre, enfoncent les infidèles et les poursuivent jusqu'au inontHémus, qui protégea leur retraite.

JjadisLiS rentra en irioniplre dans la vdle do Bude , traînant à sa suite douze pachas, quatre inille prisonniers et neuf drapeaux.

Un tableau peint par ses ordres conserva le souvenir de cette écialanle victoire cl des exploits d'Hunlade , qu on y voyait briller au premier

rang, sous le coslunie de l'un des héros de Tantlquité.

Scanderberg, après la victoire, ayant rencontré un secrétaire d'Araurat, le força d'écrire, de signer et de sceller du grand sceau du sultan une patente qui ordonnait à la garnison de Croia , capitale d'Albanie, de remettre cette ville entre ses mains. Maître de cette patente , il fit poignarder ce secrétaire et ceux qui l'accompagnaient. Ainsi la trahison , le meurtre et l'apostasie furent les premiers degrés qui condviisirent au trône ce héros. Le reste de sa vie glorieuse couvrit cette tache sans l'effacer ; la légitimité de la vengeance et tienle ans de gloire peuvent décorer , mais non justifier de tels crimes.

Scanderberg, sans perdre de temps, conduisit sa troupe à Croia ; la garnison trompée lui en ouvrit les portes ; tous ses sujets accoururent à sa voix, les Etats d'Epire le reconnurent pour leur chef. Le bruil de son nom attira sous ses drapeaux les plus braves aventuriers de l'Europe , et à la tête d'une armée d'élite qui ne dépassa jamais le nombre de huit mille soldats et de sept mille cavaliers , profitant avec habileté du courage de ses troupes et de l'aspérité du pays, il résista constamment aux forces inmienses d'A murât et de Mahomet II , surprit leurs détachemcns, s'empara de leurs convois, défit leurs armées , évita les efforts de leurs

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masses par des manœuvres liabiles, les élonna tour à tour par la célérité de ses attaques, par l'habileté de ses retraites , brava leur puissance , se maintint contre eux dans la possession de l'Epire , de la Macédoine , de l'Albanie , et acquit dans ces étroites contrées une si grande gloire, qu'une admiration exagérée le compara long -temps à Pyrrhus et à Alexandre.

Ses faibles Etals , défendus par ses armes , survécurent quelques années à l'empire grec ; mais enfin dans sa vieillesse , obligé de céder à la fortune de l'invincible Mahomet , il chercha un refuge en Italie , et termina ses jours à Lissus , près de Venise.

On dit que Mahomet , pendant l'intervalle d'une trêve qui avait suspendu entre eux les combats , le pria de lui envoyer son terrible cimeterre , croyant que cette arme, qui avait tranché la vie de lieux mille musulmans , et qui d'un seul coup abattait la léle d'un taureau , produirait les mêmes prodiges dans d'autres mains.

L'essai qu'il en fit lui ayant prouvé que ce clmelorre n'avait rien qui le distinguât des glaives ordinaires, il crut que le roi l'avait trompé et s en [)laignit. Scanderberg lui répondit : « Je vous ai )) envoyé le sabre , mais non le bras. »

Tja victoire de Ladislas et d'JIuniade relentlt dans toute l'Europe j elle réveilla le courage, 1 é-

raulation de ses guerriers, fit renaître l'espérance parmi les Grecs, et porta un coup terrible à la puissance d'Amui at. Le pape Eugène profila de ces dispositions favorables pour déterminer plusieurs princes chrétiens à former contre les musulmans une nouvelle croisade, dont le plan paraissait mieux combiné que celui des premières ; Ibrahim , prince de Caramanie , promettait de seconder les armes des croisés ; tous les émirs de Natolie se montraient disposés à secouer le joug du sultan, et, tandis que cette guerre intestine rappel lerait en Asie l'armée des Turcs qui occupait la Thrace , la Grèce et la Bulgarie , Ladislas , Huniade et Scanderberg devaient, avec le secours des Grecs soulevés , chasser les Ottomans de toutes les contrées situées au-delà du Bosphore. En même temps les vaisseaux et les troupes de Rhodes , de Chypre , de Gênes , de Venise et du duc de Bourgogne , devaient parcourir l'Archipel, reprendre les îles conquises par les infidèles , et affranchir ensuite les villes de la côte d'Asie d'un long et odieux esclavage.

Traiié de Amurat , consterné de sa défaite à Sophie, des

paix entre • . /• n- j

jLa.iisiaset mouvcmens qui annonçaient une rébellion dans 1 Orient, et des préparatifs qui se faisaient enEu' rope contre lui, soumit habilement son orgueil à la fortune. Tl proposa la paix à Ladislas.

Huniade et Scanderberg s'indignèrent en vain

nu IVAS-LMPIKE. 233

«1 un Irailé qui arrclait leurs armes; en vain le lé^al du pape , Julien Césarini , s'opposait , au nom <le la relif^ion , à celle paix avec les infidèles ; une irève de dix ans fut conclue dans la diète de Ségedin. Araural , pour l'obtenir , fléchit pour la première fois devant un vainqueur ; il rendit la Servie au krale Georges , consentit à laisser régner paisiblement Scanderberg en Albanie , en Epire , en Macédoine , et ne garda de ses nouvelles conquêtes qu'une partie de la Bulgarie.

Four rendre cet engagement plus inviolable, les chrétiens jurèrent sur 1 Evangile , et les Turcs sur r Alcoran, d'en observer strictement les stipulations.

A peine on venait de signer le traité , la diète même n était point encore sé[)arée , quand soudain Ladislas reçoit une dépêche du cardinal de Florence , neveu du pape : elle lui a[)prend qu'Amulal , rappelé par les troubles qui agitent ses Etats , vient de repasser en Asie; que la llotle des croisés traverse la mer Egée et va occuper le détroit de Gallipoli pour fermer au sultan tout retour en Europe; qu'ainsi le moment est venu, pour le roi et pour ses alliés , d immortaliser leurs noms en délivrant la Grèce et la religion de leurs imj)Iacables ennemis.

Dans lu même moment arrive une icllrede Jean Palé'ologue; l'empereur félicitait Ladislas de ses

triomphes, lui mandait qu'il s'était rendu avec ses troupes à Lacédémone , que tous les Grecs couraient aux armes ; enfin il l'invitait à lui communiquer le plan de ses opérations pour le mettre à portée de seconder ses efforts et de partager ses lauriers.

Ces nouvelles inattendues répandent le trouble et l'airitaiion dans l'assemblée mobile et ardente des Hongrois ; d'une part le respect dû aux traités j de l'autre la haine contre les Ottomans , le désir de la gloire et l'espoir d'un triomphe facile agitent les esprits ; les uns veulent que la trêve soit maintenue , par vénération pour le serment ; les autres demandent à grand cris la guerre ; au milieu de ce tumulte , le cardinal Césarini prend la parole et s'écrie : ci Tromperez-vous ainsi lâclie- » ment nos espérances , et serez-vous sourds à la yi voix de la fortmie qui vous appelle ? Tandis )) que vous écoutez les conseils timides et les » froids calculs d'une fausse politique , votre reli- )) gion est outragée ; la Grèce est dévastée , asser- )) vie; les Turcs , dans cette malheureuse contrée, » étouffent ou empoisonnent les générations nais- )) santés , dans la crainte de voir s'élever contre )) eux des générations vengeresses.

» Les enfans au berceau sont devenus les objets )) de leur rage; les uns, arrachés à la vie avant » d'en jouir , sourient innocemment au fer qui va

DU BAS-EMPIRU. 'l'hq

)) frapper leur lete ; les autres , plus malheureux , )) sont réservés aux chaînes et à l'apostasie : les )) cités tombent en ruines ; les champs sont livrés )) aux flammes, on vend dans les marchés les )) chrétiens comme des bétes de somme ; la fille » est arrachée à sa mère, la femme à son époux; » les vierges saintes sont abandonnées aux vio- » lences des barbares; les deux boulevarts de la w chrétienté, Chypre et Rhodes, vont être envan his , et, quand nous volons à leur secours, vous )) refusez de vous armer pour nous , et vous nous )) alléguez de frivoles sermens ! Mais n'en avez- )) vous pas fait un premier à votre Dieu , aux » chrétiens, à vos frères? Cet engagement sacré » annullc un serment sacrilège fait aux ennemis » de Jésus-Christ ; le pape est son lieutenant dans » ce monde ; vous n'avez rien pu promettre lègi- » timement aux infidèles sans sa permission, )) C'est en son nom que je vous parle ; en son )) nom je sanctifie vos armes, je vous relève )) de vos sermens , je vous absous du parjure : )) suivez sans balancer la route du salut et de la - » gloire où ma voix vous guide. Si (juelque vain )) scrupule vous arrête encore , si la rupture » d'un traité impie vous paraît un crime, j'en ap- » pelle sur moi seul le châtiment. ))

Le ("analisme qui dictait ces paroles , le carac- Ru,,iuntère sacré de l'orateur qui les prononce , chan- '

258 mSTOlKE

^'eni, abusent, égarenl, entraînent cette assemble'e pieuse et guerrière, et la paix est rompue dans celte enceinte même où l'on venait de la signer.

Vainement quelques esprits sages veulent faire entendre la voix de la prudence et de la raison ; leurs faibles accens sont étouffés par le cri des passions , par le bruit des armes , et la guerre est déclarée. On eut bientôt à se repentir de ce téméraire entraînement; cette première cbaleur dura ]ieu ; les aventuriers allemands et français quittèrent l'armée pour ne point manquer à leur serment ; un grand nombre de Polonais refusèrent de s'exposer aux fatigues d'une expédition si lointaine ; plusieurs palatins de Hongrie se retirèrent dans leurs châteaux ; les forces de Ladislas se trouvaient réduites à vingt mille hommes. Enfin Scanderberg , dont le nom seul valait une armée , ne put rejoindre le roi ; la jalousie du despote de Servie l'en empêcha : ce prince lui refusa le passage dans ses Etats.

Cependant Ladislas , entraîné à sa perte par son inexpérience et par les funestes conseils du légat qui lui promettait les secours du ciel , passa le Danube , côtoya la Mer-INoire , traversa la Bulgarie que ses troupes indisciplinées saccagèrent , et campa enfin auprès de Varna '*'.

'An 1444.

DL P.VS-E.ïlFlKE. 239

Là il apprit que TAsie était pacifiée , que la flotte des croisés avait abandonné la garde de l'Hellespont , que les Grecs s'étaient retirés sans combattre, et qu'enfin Araurat , déjà parti d'Andriiiople , s'avançait à la tcte de soixante mille liommes contre lui.

Bientôt les armées sont en présence ; à peine le Bauiue

/ • I • -1 en Ire eux.

Signal est donné, 1 intrépide Huniade et le despote de Servie chargent avec fureur les ailes de l'armée ottomane , les rompent et les mettent en fuite: Amurat, en voyant leur déroute, se croit vaincu ; il veut se retirer ; un vieux janissaire arrête la bride de son cheval, lui rappelle ses devoirs et l'exhorte à vaincre ou à périr.

Le sultan , loin de punir celte audace d'un soldat, le loue, le récompense , reprend sa fierté , retrouve son couraj^e , et fait placer au bout d'une lance le traité de paix violé par Ladislas : « Pro- » phète des chrétiens, s'écrie-t il , si tu es, comme » ils le disent, un Dieu de vérité j venge toi- » même ta religion , et punis les parjures, w

Ces paroles raniment le courroux et l'espoir des musulmans ; à leur tête il s'avance et rétabht le «ombat. Huniade, poursuivant avec trop d'ardeur la cavalerie turque, avait laissé les flancs de l'armée «chrétienne dégarnis; les Hongrois, accablés par le nombre , s'ébranlent. î^adislas ne peut réparer d.TjHp ce uesordre ; furieux d« voir la victoire, qu'il i-»'"'"

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croyait certaine, lui échapper , il s'élance comme " un lion sur les ennemis , renverse tout ce qui lui résiste , s'ouvre un passage sanglant dans la phalange épaisse des janissaires , joint enfin le sultan, et lève son sabre pour le frapper ; mais Amurat , d'un coup de lance , perce le coursier du roi; le prince tombe ; un soldat turc lui coupe la tête , 1 attache à sa pique et la montre aux chrétiens.

A la vue de cet horrible trophée, les Hongrois consternés s'arrêtent, reculent etprenncntla fuite; on en fit un affreux carnage. Le cardinal Julien, trop chargé d'or, dit-on , fut atteint dans sa course par les spahis qui le poursuivaient, et paya de sa vie ses désastreux conseils.

Régence Huiiiadc accourut trop tard pour défendre le

d'IIunia'le * ^

en Hongrie. pQ^ niais il parviut par des prodiges de courage à sauver les débris de l'armée. Sa gloire survécut à ce revers ; chargé du gouvernement sous la minorité du jeune Ladislas d'Autriche , il administra sagement la Hong?ie , et la défendit avec gloire contre les Ottomans.

Dix mille chrétiens périrent dans la journée de Varna, mais ils vendirent chèrement leur vie. La perte des musulmans fut immense et telle qu'Amurat, lorsqu'on le félicitait sur son triomphe, s'écria: c( Deux victoires pareilles détruiraient )) mon empire. »

La soumission des émirs d'Asie, la défaite des

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lloni^rois, la lolrailc des croisés livraient l'empereur Paléolo^'ue sans défense au resscntimenl du vainqueur. Jean , privé de tout espoir el de tout appui, implora la clémence du sultan. Amurat le méprisait trop pour le craindre; il lui pardonna, lui défendit d'entretenir aucunes liaisons avec les princes chrétiens, et lui permit, à cette condition, de vivre en paix dans sa capitale.

Le sultan, moins généreux pour un ennemi plus vaillant, prolongea cruellement après la victoire son liorriblc vengeance sur les restes de Ladislas. On brûla la main de ce prince qui avait signé et rompu le traité ; sa tête, conservée dans un vase rempli de miel, fut envoyée à Pruse , pour la montrer aux musulmans comme trophée , aux chréiiens comme épouvantail.

Au milieu de tant de désastres , de honte et d'à- Guerre baissement, quelques dernières lueurs de courage siantinora-

gosôs et A— .

brillèrent encore sur les débris delà Grèce. Laba-«"at. daire, amiral grec, battit une escadre génoise ; Constantin Dragosès, frère de l'empereur, était devenu, par l'abdication récente de Théodore, despote du Péloponèse ; ce prince , digne encore de régner à Sparte , son apanage , conçut l'espoir di; relever les ruines de l'empire ; il osa seul braver quelque temps Amurat, au moment même où tout cédait à ses armes ; indigné de l'c'sclavage de sa j>atric , il profite du moment oii le sultan était

TOMl. lO 16 '^

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