‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 26 sur 63 · O HISTOIRE · texte numérisé non relu

O HISTOIRE

Mon Constantin desfspéré s'écrie : « ]S'cxisfe-l-iI

loiirageiisf *•

wcrunsun- )) p]us ^jj chrétieH qui puisse, en m'ôtant la vie, y> m'épargner l'opprobre de la capliviié ou le )) malheur de périr sou^ le fer d'un infidèle ? )) Aucune voix ne lui répond; furieux d'avoir survécu un moment à l'empire , il se jette au milieu des rangs ennemis , immole à sa vengeance un grand nombre de victimes, et, percé de coups, disparaît dans la foule des morts.

Lorsque la capitale d'un empire s'écroule , il n'est plus de place honorable pour le prince que la brèche ; elle doit être son trône ou son tombeau.

Constantin Dragosès v périt, et, par une mort

glorieuse , le dernier maître de l'empire se montra

digne de porter le nom du grand Constantin qui

l'avait fondé.

Prise L'armée musulmane victorieuse entre et se ré-

da Lunstaii-

"nop'*- pand à grands flots dans la ville conquise j un siège de cinquante-sept jours a fait disparaître quinze siècles de gloire : la veille encore Constantinople , dépôt des triomphes, des trophées, des richesses de l'univers, offrait aux regards une image vivante de Rome et de la Grèce. On y voyait des Césars , des Augustes, des patriciens, un sénat, des licteurs , des faisceaux , une tribune, des cirques , des asi:emblécs du peuple , des lycées , des acatlémies, des ihéAlresj en un instant le fer de Ma-

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honi€l a tout détruit , et les derniers vesiiyes de l'ancien monde ont disparu. "

Une soldatesque furieuse se livre sans i'rciii à l'affreuse licence de la victoire; le palais est ibrcé; la famille impériale se voit livrée aux plus honteux outrages ; le consul de Venise est décapité.

Le sang inonde les rues ; quarante mille citoyens sont égorgés ; soixante mille , plus infortunés , se voient Jetés dans les fers.

La foule immense d'un peuple crédule remplissait cependant encore leglise de Sainte-Sophie et l'enceinte du cirque, attendant l'apparition de l'ange annoncé par des moines imposiems ; un coup de foudre dessille leurs yeux, leurs barhares vainqueurs accourent; les Turcs féroces se précipitent sur eux ; ils s'emparent des vierges saintes , se les disputent avec furie ; leurs cheveux épars, leurs larmes , leurs bras levés vers le ciel semblent augmenter leurs charmes et enflammer les impudiques désirs des barbares. Rangs, dignités, vertus, force, faiblesse, richesse, pauvreté, tout se voit confondu dans un malheur commun : le patricien, l'artisan, le prêtre , le guerrier, le prince, le mendiant , le vieillard , l'enfant , la mère de famille éplorée , la courtisane tremblante sont enchaînés deux à deux au hasard , et livrés aux cajuices d<l'jurs farouches maîtres : la dévaslalion se répand

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également dans les palais, dans les cabanes, dans les monastères ; elle engloutit les trésors de plusieurs siècles.

Cette scène de désolation et de pillage dura deux jours ; enfin , rassasiés de sang et gorgés d'or, les vainqueurs dans leur délire portaient déjà la hache destructive sur les édifices publics, mais Mahomet parut ; sa voix redoutable commanda le silence et rétablit l'ordre ; il accorda la vie et la liberté à tous les chrétiens échappés aux calamités de ces journées sanglantes. La sécurité rentra dans les asiles domestiques; les vaincus obtinrent la liberté du culte ; un tribut fut le prix de leur repos, si on peut donner ce nom à une humiliante servitude.

Mahomet voulut seulement que la magnifitjue église de Sainte-Sophie, nommée par les Grecs le second firmament, devînt, après avoir été purifiée par des parfums , la principale mosquée des musulmans. En même temps, pour satisfaire la piéi' des Grecs , il leur laissa nommer un patriarche , rinvesiit lui-même de sa dignité , et lui accorda les privilèges dont ses prédécesseurs avaient joui t.ous le règne des Césars. L'élection tomba sur Gennadius, ce moine fanatique, éternel flambeau de discorde entre les Grecs et les Latins.

On Ignorait encore le sort de l'empereur; enfin SOS brodequins de {>ourpre firent reconnaître , au

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nùlieu d'une foule de morts, ses restes défigures. MuliomeL fit placer sur le haut de la colonne de Justinien la lele de ce prince infortuné, trophée affreux de sa victoire , et son corps emhaumé fut envoyé par le sultan à tous les princes de l'Asie.

En vain les auteurs arabes, et Voltaire trompé par eux , s'efforcent d'atténuer les horreurs commises par les Turcs et tolérées par Mahomet dans le sac de Constantinople : sans adojner les fables inventées par la haine des Grecs , comme celle d'Irène que Mahomet, dit-on, aimait éperdumenl, et à laquelle il trancha lui-même la télé afin d'apaisei" les murmures des janissaires et pour Iciu' prouver qu'il était toujours prêt à tout leur sacrifier ; sans ajouter foi au conte absurde des <|uatorze pa^es éventrés par le sultan pour découvrir celui d'entre eux qui avait mangé un melon , trop d'actions incontestées ont fait assez connaître la férocité de Mahomet , les vices qui souillaient ses grandes qualités et les malheurs qu'il fit éprouTcr à l'empire. Un fait évident réfute ces a[)ologics que dictèrent long-temps après ù Cantemir la crainte et la flatterie : il est certain que la ville de Constantin se trouva tellement dépeuplée après le siège , que Méseinbrle et plusieurs autres villes de la Romanie furent contraintes par k- sullau à fournir chacune cinq mille habilans

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pour repeupler la capitale , et dans la suite les autres cités conquises dans la Grèce par Mahomet se virent soumises à la même obligation.

En peu d'années les armes de Mahomet subjuguèrent le reste de l'empire ; ce sultan dissimulé rassura d'abord les princes tributaires par des protestations pacifiques, que l'effet ne tarda pas à démentir. Le grand duc Notaras Paléologue, rendu à la liberté, conserva quelque temps les immenses richesses qijie Mahomet lui reprochait avec mépris de n'avoir pas sacrifiées pour le salut de sa patrie ; dans la suite sa fille fut enlevée et conduite au sérail j son fils, menacé d'un outrage infâme, préféra la mort à la honte : il fut décapité avec son père. Les enfans . de Phranzès éprouvèrent le même sort. Les Comnène , traites momentanément comme vassaux , perdirent bientôt le trône et la vie.

Démétrius et Thomas , frères de Constantin , régnèrent quelques temps dans la Morée ; animés de cet esprit de discorde , fatale cause de la ruine des Grecs , ces princes se disputaient les armes à la main les dernières dépouilles de leur famille. Le sultan fomenta leurs dissensions ; Tliomas , obligé de céder , chercha un asile en Italie , où il finit ses jours. Démétrius se vit contraint, sous le prétexte d'un mariage qui n'était qu'un opprobre déguisé, de livrer sa fille au sultan; elle

cnira clans le sérail : sa dot fut Athènes, Corinthe et la Morée.

Le sort délivra Mahomet deHuniade, sauveur de la Hongrie ; le sultan, en apprenant sa mort, se plaignit avec orgueil de n'avoir plus à combattre d'ennemis dignes de son courage.

Cependant Scanderberg existait encore ; c'était le seul monument vivant de l'ancienne gloire de la Grèce ; ses armes repoussèrent constamment les eflbrts redoublés des Turcs. Mahomet luimême, à la télé de ses terribles janissaires, fut vaincu par cet intrépide guerrier. Mais Scanderberg , prévoyant qu'il ne pourrait résister longtemps à tout l'Orient armé contre lui, se rendit en Italie pour solliciter l'assistance des princes chrétiens ; il mourut dans les Etats de Venise : la gloire de ce héros fut couronnée par l'excessive joie que le conquérant de la Grèce laissa éclater à la nouvelle de sa mort.

Ainsi peu d'années consommèrent la révolution ^'"

' du jecond

«pli renversa l'empire d'Orient; les grands, les "^'°P''^'= s'" ambitieux , les personnages les plus opulens de la Grèce, plusieurs Paléologues mêmes embrassèrent la religion du vainqueur; une partie de la population les imita , l'autre resta tributaire et opprimée. Le despotisme et l'ignorance plongèrent dans les ténèbres ces belles contrées ; la civilisation ,

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cédant à la barbarie , disparut de l'Asie et de la Grèce, son premier berceau.

Les muses éplorées se réfugièrent en Italie, et trouvèrent un premier asile dans le Vatican ; enfin le génie des lettres et des ans, après avoir péri dans les flammes de Conslantinople , renaquit de ses cendres comme le pliœnix pour jeter en Europe un éclat plus brillant et plus durable.

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