CHAPITRE QUATRIEME
Couronnement de Robert de Courtcnai à Constantinoplc. — Mort du célèbre Lascaris. — Jean Ducas Vatas, son gendre, lui succède. — Révolte des frères de Lascaris. — Bataille entre Vatacc et ses beaux-frères. — Défaite , captivité et supplice des deux Lascaris. — Révolte, arrestation et supplice d'un imposteur en Flandre. — Rapt de l'empereur. — Horrible vengeance d'un Bourguignon. — Fuite et mort de l'empereur, -r- Election de ISaudouin II et de Jean de Brienne, ,
ROBERT DE COURTENAI, empereur français; LASCARIS, empereur grec; et après LUI JEAN DUCAS VATACE. (An 1220.)
liOBERT traversa l'Allemagne et la Hongrie ; les Bulgares n'inquiétèrent point sa marche ; il dut cette trêve aux troubles civils qui les agitaient; Azan , l'un de leurs princes , venait de renverser du trône le roi Phrorilas. L'empereur fut cou- conron-
*• nement do
ronné à Constantlnople parle patriarche '*'. 11 con- K"»-"' «ip voqua les barons français et vénitiens, confirma le ^^^ic""'*" traité de partage signe par Baudouin , et conclut l;i paix avec l'empereur Lascaris, afin de pouvoir,
* An 1221.
sans obstacle, comballre Théodore dEpire et venger son frère.
Mort Cette année vit terminer la carrière du célèbre
du célèbre
Lascaris. Lascaris; il mourut âgé de cinquante ans, après dix-huit années d'un règne glorieux. Ses obsèques se firent avec pompe à Nicée. Dans l'écroulement de l'empire, lui seul n'avait point désespéré de son salut; il l'arrêta d'une main ferme dans sa
jeanDucas cliute. Lascaris laissait quatre frères , aucun d'eux
Vatace.son . 'ii/^ t rnt \ t
gendre, lui ne lui succcda j les Grecs leur préférèrent Jean
SQCcède.
Ducas Yatace, gendre de Lascaris , heureux guerrier, habile homme d'Etat : l'audace de Lascaris avait fondé l'empire de Nicée , la prudence courageuse de Vatace l'affermit.
Théodore d'Epire , fier de ses victoires et de la conquête récente qu'il venait de faire du royaume de Thessalonique , prit aussi le titre d'Auguste et se revêtit de la pourpre impériale. Ainsi l'Orient démembré comptait alors sur ses ruines quatre empereurs , Robert à Constantinople , Vatace à Nicée , Théodore à Thessalonique , Alexis Comnène à Trébizonde *.
Révolte Les frères de Lascaris tentèrent d'inutiles efforts Lascaris. pour S emparer du trône de INicee; la fermeté de Vatace comprima leur révolte, et, pour échapper à sa vengeance , ils coururent chercher un asile à Constantinople.
* An 1223. ,
• Robert leur confia le commandement de son , .„
Bataille
armée; ils repassèrent avec elle en Asie et livré- ^^^'^^^y'^j rent bataille à Valacc dans la plaine de Péman- l*""*"*^"" nène. Les Grecs ne parent résister aux premiers efforts des Français; déjà, enfoncés, percés de toutes parts , ils prenaient la fuite , lorsque Va- . lace, à la tête d'un corps de réserve, rétablit le "p",V'^/'
' l ' supj>lice (les
combat , ramena la victoire , tailla l'armée impé- h"^''"'' riale en pièces , et fit prisonniers les deux Lascaris.
Cette défaite des Français porta un coup mortel à leur empire et releva le courage des Grecs. Les plus grands liommes ne peuvent s'afï'rancbir totalement des vices de leur siècle; conformément aux mœurs barbares de son temps, Vatace priva ses beaux-frères de la vue. Poursuivant ensuite rapidement ses succès, il conquit la Troade ainsi que toute la côte d'Asie , et ses vaisseaux s'emparèrent de Lesbos.
Les armes de Robertne furent pas plus heureuses dans la Grèce; Théodore d'Epire battit ses troupes et prit ses généraux. Osynople , Dydymotique et d'autres villes de Thrace ouvrirent leurs portes aux vainqueurs. Les habilans d' Andrinople , soulevés, avaient chassé les Français de leurs murs et s'étaient rendus à Jean Camise , envoyé par Valace; mais l(;s émissaires de Théodore excitèrent une nouvelle révolte dans cette ville; elle renvova Camise et se soumit au despote d'Epire.
3o HISTOIRE
Démétrius de Monlferrat entreprit alors vainement de rentrer dans son royaume et de conquérir Thessalonique ; les troupes de Théodore le re- Révoite , poussèrent ^é Ce fut dans ce temps qu'un impos-
arrestation ^i ' i r» ' 1 • T"! I '1
et supplice teur célèbre ht une révolution en rlandrej il
d'unimpos- . il? t>1*t
teur en prenait le nom de 1 empereur baudouin 1 " ,
Flandre. ^ , . . .
échappé , disait-il , aux fers des Bulgares ; son audace lui attira beaucoup de partisans : le duc de Brabant le reconnut, on le couronna ; mais bientôt, un moine ayant découvert sa fourberie , le roi de France le manda près de lui ; interrogé par Tévêque de Beauvais , l'imposteur se coupa dans ses réponses et s'enfuit en Bourgogne 5 on l'y poursuivit ; il fut arrêté , et la comtesse de Flandre l'envoya au supplice.
Rapt «le L'empereur Robert, malheureux dans toutes
l'empereur.
ses entreprises , était méprisé par les Grecs. Une folle passion et un acte de violence lui attirèrent la haine des Français. La fille de Baudouin de Neuville l'avait enflammé par ses charmes , mais elle était fiancée à un Bourguignon ; l'empereur , bravant cet obstacle , fit enlever la mère et la fîlle qui Horrible furcut couduitcs dans son palais. Le chevalier
vengeance
<i'un Bn"T-bour£ruiernon , furieux de cette iniure , rassemble ses vassaux, ses amis ; il marche en armes au palais , en arrache ces deux femmes , noie la mère , et fait couper le nez et les lèvres de la fille ; les
* An 1225.
DU BAS-EMFlIvE. JI
mœurs claient alors si barbares qu'on fui moins révolté de ce forfait qu'irrite contre l'empereur , qui avait arjué la fureur d'un amant jaloux. Le coupable resta impuni.
Après un tel affront, Robert, liai, méprisé , p,,;,^
I ' • • . ^ '\ '^ 1 ri mort <ln
menace, se sauva precipitanmient de sa capitale , j empereur. et courut en Italie implorer bassement les secours dusaint Siège contre ses sujets; le pape , plus digne que lui de régner, lui reprocha sa laclieté, et lui conseilla de retourner avec audace dans l'Onenl : quand on a besoin de tels conseils , on est peu capable de les suivre ; le faible Robert obéit par crainte, s'embarqua pour la Grèce, et mourut en roule de honle , de peur ou de chagrin. Bau- Biu!i..nir.u douin II son frère, âge de onze ans, fut élu pour deur.tunc. lui succéder *.
Mais il fallait à cet enfant un protecteur; presque tous les héros de la croisade , Gonon de Bédiune , Montferrat , Montmorenci , Dandolo , étaient morts. Les barons, cherchant un appui [)uur leur jeune prince , proposèrent d'abord au roi des Bulgares, Azan, de donner sa fille à Baudouin, de se charger de sa lutèle et de le protéger contre Théodore d'Epire et Va lace. La désapprobation publique éclaira tardivement le conseil sur l'imprudence d'un semblable choix ; il sentit que ce tuteur étranger j)Ourrait devenir un maître; le
• An 1228.
trailé fui rompu; oi; résolut (le choisir un Français pour i^ouverner l'empire; les suffrages se fixèrenl sur le fameux Jean de Brienne , comle de la Marche, époux de Marie, héritière du royaume de Jérusalem.
Brienne , couvert de blessures , brillant de gloire, conservait, à quatre-vingts ans, le courage et la force de la jeunesse ; il était alors à Rome, près du pape ; ce vieillard, fier et belliqueux , ne recula point devant un tel fardeau ; mais il ne voulut pas commander sans régner, et, par un traité conclu à Pérouse , on convint qu'il monterait sur le tione, et que Baudouin épouserait sa fille Marie. Ainsi l'empire chancelant des Latins, assiégé de périls, environné d'ennemis foruiidaljles, fiU confié , parla politique mobile des Français, aux mains d'un vieillard et d'un enfant *.
* An i'22(j.
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