CHAPITRE CINQUIÈÎME
Régence de NarjotdcTouci, en l'absence de Jean de Brienne. — - Arrivée et couronnement de Bricnnc à Constantinople. — Son Honteux repos. — Succès de Vatace. • — Son alliance avec Âzan , roi des Bulgares. — Siège de Constantinople par eux. — Leur défaite sur mer et sur terre. ■ — Leur nouvelle attaque et leur échec. — Nouvelle croisade pour la délivrance de Constantinople. — Mort de Brieunc.
JEAN DE BRIENNE et BAUDOUIN H,
EMPEREURS FKANÇAlS ; VATACE, EMPEREUR
GREC. (An 1229.)
La nécessité de donner à l'empire un administra- ^^ ^ ^^ leur expérimenté, un appui ferme, un chef vail- ^^^^^"^'°'^° lant, avait fait choisir Brienne , et, quoique son j^^'j^â'^.'do âge ne dut pas lui laisser l'espoir d'occuper longtemps le trône , il ne se hâta point d'en prendre .possession ; il resta encore deux ans en Italie.
Pendant ce temps Narjot de Touci fut chargé par lui de la régence ; le hiuit des armes environnait alors de toutes paris Conslanlinople ; les Français, renfermés dans cette ville, languissaient inaclifs, méconlens, divisés , semblaient indiflé- TOME 10. 3
rens à la perte de l'Illyrlc, de k Thessalie , de la Macédoine , de la Thrace , de l'Asie , et paraissaient étrangers aux querelles sanj^lanles qui déchiraient l'empire.
La haute fortune de Tliéodore d'Epire commençait à décliner ; ce prince, excommunié par le pape , menacé par Vatace , rompit impoliliquement la paix qu'il avait conclue avec Azan , roi des Bulgares, et entra dans ses Etats. Azan, dans le dessein d'animer ses troupes et de les exciter à une juste vengeance, prit pour étendard l'original du traité signé et violé par Théodore. Les deux armées se livrèrent bataille sur les bords de l'Hèbre. Après une lutte opiniâtre, les Bulgares demeurèrent vainqueurs. Théodore fut pris avec ses principaux capitaines ; Azan s'empara d'Andrinople, de toutes les villes de la Thrace, conquit la Thessalie et livra l'Epire au pillage.
Théodore , toujours remuant , même dans sa prison , abusa de la douceur avec laquelle son vainqueur le traitait , et conspira contre ses jours. Azan découvrit son complot et lui fit crever les yeux. Manuel son frère lui succéda en Epire. Arrivée et Après unc longue attente, Jean de Brienne
couronne- '■
ment «le «j^^ja daus Ic Port de Constantinople , avec nua-
IJrienne a l i ' l
nopie.''"''' torze vaisseaux vénitiens : le patriarche le cou-
Son hon- ^^ . . » a
leux repos rouna. On croyait que ce prince , porte au trône
DU bas-e:\tpire. 35
par sa renommée militaire, se liâtcraii de cueillir quelques lauriers pour honorer sa tombe ; mais , soii qu'il ne trouvât point de forces prêtes pour seconder ses desseins, soit que l'air de Conslantinople fut alors imprci^^nc d'une mollesse lélliari^Hque et contagieuse, ce Nestor des héros chrétiens resta encore deux ans dans un honteux repos ; il ne tenta que des efforts inutiles pour rétablir la paix entre les éghses grecque et latine.
Pendant ce temps Vatace , aussi actif que les sucrès Français se montraient indolens, affermissait son ''*' ^ """' jwuvoir, soumettait plusieurs rebelles armes contre lui , s'emparait de Rhodes, de Lesbos, de Qiio, de Samos , et resserrait de plus en plus les étroites limites de l'empire français.
Un de ses généraux , Andronic Paléologue , père de ce Michel Paléologue qui rendit aux Grecs le sceptre de Constantinople , contribuait alors efficacement à la rapidité de ses succès par son courage et par son habileté. Enfin Jean de Briennc , réveillé , reprit son armure , traversa le Bosphore et emporta d'assaut une forteresse sur les côtes d'Asie ; mais un orage menaçant le rappela bientôt dans la capitale.
Vatace, après avoir enlevé aux Vénitiens Gal-
Son al-
lipoli et tenté sans succès la concpiote de Candie, •ii"f«a'^«c conclut un traité d'alliance avec le roi des Bul- ^" .""*"
Siège Je ffares et fit épouser à son fils la fille d'Azan ; leurs
Constanti- o *
ropu par armécs réunies entrèrent dans la Chersonèse et
eux.
formèrent le siège de Constanlinople.
Les troupes des assiègeans s'élevaient à cent mille hommes , leur flotte était nombreuse : cet extrême péril fit retrouver à Brienne sa jeunesse et son courage ; il brava la fatigue et la mort , comme un jeune soldat. Son exemple ranima la valeur française ; l'ennemi , repoussé dans plusieurs assauts , voyait chaque jour ses machines défJit"ur <lélruites et ses lignes attaquées. Une armée vémer ft sur jjj^gj^g ^ arrivaut sur ces entrefaites au secours des Français , attaqua la flotte de Vatace , la détruisit presque entièrement , et Brienne , sortant alors de ses murs avec tous ses chevaliers , força les Bulgares et les Grecs à la retraite *. Leur L'année suivante, ils reparurent avec des forces
no\iveIle attaque elleur plus considérables et assiégèrent encore la ville
échec, ^ '-'
de Constantinople ; mais ils éprouvèrent la même résistance; les Génois, les Vénitiens et Geoffroy de Ville-Hardouin , prince d' Achaïe , avec six vaisseaux, remportèrent encore une victoire complète sur l'armée navale des assiègeans.
Cependant la vaillante défense des Français, en accroissant leur gloire, diminuait peu leurs dan-
* An J235.
DU BAS-EMPIRE. Sy
gers ; ils s'aflaiblissaienl par leurs victoires sanglantes, et ne recevaient point de renforts, tandis que le nombre de leurs ennemis grossissait chaque jour.
Le jeune Baudouin fut envoyé en Italie et en Nouv,^iie
noisaile
France pour demander des secours , et la déli- v°"<^ '" <^'-
*• livrance île
vrance de Consiantinople devint l'objet d'une ^""'J"""" nouvelle croisade.
Le pape l'encouragea par les mêmes privilèges que ceux dont avaient joui les conquérans de la Palestine. Saint Louis promit à Baudouin son appui , et lui rendit en France les biens de sa famille. Les comtes de Bretagne , de Bar , de Soissons, de Mâcon , de Nevers , le duc de Bourgogne , Anseau de Lille , Imbert de Beaujeu , avec une foule d'autres seigneurs , arborèrent la croix , et promirent le secours de leurs armes.
Tandis que Baudouin mendiait partout de l'arfijent et des soldats , Jean de Brienne , entouré Wort
" ' de Brieiina,
d'ennemis et combattant toujours , mourut le glaive à la main , "accablé d'années , de fatigues , et couvert de gloire ; il était âgé de quatre-vingtneuf ans et en avait régné huit. Ce prince, dans son enfance, destiné par ses parens à l'état ecclésiastique , et par son caractère aux combats , avait quitté la soutane pour la cuirasse , l'église pour les camps , la France pour la Palestine ; son
.^" HISTOlRli
courage lui valut deux couronnes , et son nom survécut à son siècle ; seul, debout sur les ruines d'un empire écroulant, il défendit ses débris en héros , et les exploits de ce vieillard mourant furent dans l'Orient les derniers rayons de gloire des croisés.
l)V BAS-EMPIRE. SQ
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