CHAPITRE SIXIÈME
Voyages de Baudouin. — Exploits d'Azan et de Vatacc. — Division entr'eux. — Alliance d'Azan avec les Français. — Son mariage avec Irène, fdle de Thi^odore d'Epire. — Théodore remonte sur le trône. — Dispersion des croisés armés par Baudouin. — Captivité et mort de Jean dç Béthune. — Détresse à Constantinople. — Vente des monumens. — Don de la couronne de J.-C. au roi de France , par Baudouin. — Arrivée et couronnement de Baudouin à Constantinople. — Trait de férocité à l'occasion d'un traité. — Mort d'Azan , de sa femme , et du pape Grégoire. — Pusillanimité de Baudouin.
— Succès de Vatace en Bulgarie et en Macédoine. — Soumission de Théodore d'Epire et de son fils Jean à Vatace. — Invasion de Tartares. — Origine de Témugin , surnommé Gcngis — Ses exploits , ses conquêtes et sa mort. — Tableau de sa législation. — Dévastations des Tartares. — Effroi en Europe causé par eux. — Lâche soumission du sultan d'Icône aux Tartares.
— Bienfaits de Vatace pour l'cmpiic. — Voyage de Baudouin.
— Egarement de Vatace par un fol amour. — • Prise de Thessalouicjiie par Vatace, après la mort du fils d'Azan. — Bctour et inaction de Baudouin. — Jugement et acquittement de Michel Paléologuc. — Mort de Vatace. — Elévation de son fils au trône.
BAUDOUIN II, EMPEREUR FRANÇAIS^ VA- TACE, THÉODORE LASCARÏS, JEAN LASCARIS ET MICHEL PALÉOLOGUE ,
EMPEREURS GRECS. (Ail 1237. )
Il est aussi tUflicilc de suivre avec ordre les évc* jicJiiciis de ce dernier rèj^ue des empereurs latins.
4o HISTOIRE
que de trouver quelque suite dans Ja confusion des idées d'un homme en délire et mourant. Sous ce nom'imposant d'empire il n'existait plus qu'une capitale superLe, immense, populeuse, avec quelques terres sans culture , un trésor sans H argent, des soldais sans paie, une hiérachie fastueuse sans subordination. Dans cet état , Constantinople , cernée de toutes parts , ressemblait à une tête énorme séparée de son corps.
B^ujouin?^ Le faible Baudouin parcourait toujours l'Europe pour rassembler des forces nouvelles , tandis
d'Az'lne'tde qu'Azan et Vatace, par de nombreux exploits, reimissaient peu a peu, sous leur pouvoir, tous les débris dispersés de l'ancien empire, nivîsion Après la mort de Brienne , Constantinople au-
cntre eux.
rait bientôt succombé sous leurs efforts ; leur did'.fza'n avec "vision retarda seule sa chute. Azan , jaloux de la ' "^ gloire de Vatace , rompit, brusquement avec lui , rifs^riec et conclut une alliance avec les Français. Epris dcThéod'orc d'une vive passion pour Irène, fille de son captif, de cet infortuné Théodore qu*il avait privé de l'empire, de la vue et de la liberté, il épousa cette princesse, et brisa les chanies de son père. Théodore Théodorc, libre, se fait conduire à Thessalonile trône, quc ,* il y arrivc déguise en mendiant, se lait reconnaître par quelques amis , soulève le peuple , s'empare de la ville, reprend son sceptre , donne le titre de régent à Jean son fils, détrône son
frère Manuel , se saisit de sa personne et le livre aux Turcs, croyant le livrer à la mort; mais le sulian d'Icône, soit par générosité, soit par politique et dans le dessein d'affaiblir les chrétiens en prolongeant leurs dissensions , se déclara le protecteur de Manuel.
Ce prince , à la tête d'un corps de Turcs et de Grecs qui lui étaient dévoués , rentra en Thessa- 11e, reprit Larisse, Pharsale, et mourut au moment où il croyait ravir de nouveau la couronne à son frère.
Cependant les courses de Baudouin, ses sup- Di.p.,si,.n pllcations, les reproches et les exhortations du m me- pir pape avaient armé en Occident une foule de croisés. Bêla, roi de Hongrie, promettait de marcher contre Azan ; Jean de Béllmne , à la tête d'une forte armce , partait de Venise pour traverser l'Allemagne ; mais l'empereur Frédéric, brouillé alors avec le saint Siège, dissipa prompteraent cet orage prêt à fondre sur l'Orient.
Jean de Béthune vient le trouver, dans l'espoir captîvit* e vamcre son opposition ; 1 empereur le relient jp,d de Uè-
^ . , . . . I Ibuue.
en otage; les croises, qui arrivaient en grand nombre à Venise, y apprennent la captivité de leur chef, et bientôt sa mort : ils se dispersent ; les uns parlent pour la Palestine , les autres retournent dans leur patrie; quelqtics-uns , fidèles à leurs promesses, s'embarquèrent sur des vais-
/\:1 HlbTOlKE
M;aux vénitiens , cl se rendirenl à Constandno' pic , dont ils aui^mentèrent plus la délresse que les forces.
Déirc36c à Anseau de Cayeux , chariié alors de la réi'encc, "' v'' ■ d ^^ trouva plus , pour subvenir au paiement des monumcns. troupcs ctaux dépeuscs du gouvernement, d'autres fonds que les monumens pieux et révérés qui se trouvaient en grand nombre dans la capitale ; il les vendit , et engagea même aux Vénitiens la re- Dr.ndcia liqiie la plus fameuse. C'était la couronne d'épines j -c. an roi j Jésus-Cbrist, Saint Louis, roi de France, désia^uia.'"" ï'«^it posséder ce trésor , Baudouin lui en fit don ; la couronne d'épines fut transportée en pompe à Paris, et tous les historiens du temps remplissent leurs récits des nombreux miracles opérés par elle. Dans tous les temps l'esprit humain , toujours le même , se plut à mêler le merveilleux au vrai ; on ne trouve nulle part l'histoire dégagée d'oracles et de prodiges.
L'Angleterre, après avoir fait éprouver à l'empereur errant des refus humilians , lui accorda une failjle aumône j le pape l'avait assisté par des bulles; les Vénitiens lui prêtèrent sur gages de l'argent et des vaisseaux ; l'empereur d'Allemagne lésisla long-temps à ses instances ; enfin la valeur française et la loyauté religieuse de saint Louis lui donnèrent des secours réels.
A la tête de soixanic mille hommes, il traversa
DU n,VS-EMPIUl:;.
sans ol)Slacle Ja lloniiiie et la Bul^fai ic : Valacc, Ai.1v6oci aiissi inTulciit (luo brave, se retira en Asie: Bau-î"^"'/° . douin entra dans Constantinople et y reçut la n^^pi^""^" couronne; Zurule lui ouvrit ses portes, et treize vaisseaux français battirent trente vaisseaux fjrecs.
Les Comans conclurent une alliance avec l'em- , i>a't<ie
férocilc à
pereur. Un trait , l'apporté à cette occasion par ^"^j^,'j''j|.^^. les historiens du temps , peint la férocité grossière de ce siècle barbare ; après la signature du traité, leurs envoyés et ceux de Baudouin burent mutuellement de lem' sang ; ils fiient ensuite passer entre eux un chien qu'ils coupaient à coups de sabre en criant : « Ainsi soit hachée en » pièces celle des deux nations qui violera la foi » jurée*. ))
Cette même année termina la vie d'Irène, femme Mort de Vaiace , dont l'Orient révérait la vertu, d' A zan, «a femme ,
et <lu pape
fameux par un grand nombre de victoires , et du ciègoiro. j)ape Grégoire, dont l'ambition avait agité l'Europe ; l'apparition d'une comète , qui précéda la mort de ces illustres personnages , donna un nouvel aliment à la superstition des peuples.
Un accroissement de forces n'est cfu'un embarras Pusiibnu <le plus dans les mains d'un gouvernement faible; •i'">'" IV'uidouin , qui savait mieux solliciter des secours que s'en servir , ne tira d'autre parti des troupes'
qu'il avait amenées que de ralentir les attaques de
ses ennemis.
Succès <ie Aux yeux de la pusillanimité un délai paraît BMig;irie et unc victoirc , et l'empereur laissa un libre champ
en Macé- , . . ,
doine. a l activité de Vatace.
Le prince grec lui accorda une trêve de deux ans , et porta ses armes dans la Bulgarie, que la mort d'Azaii avait laissée dans les faibles mains d'un enfant de dix ans. Après des victoires rapides , il entra en Macédoine , invita l'aveugle Tliéodore à une conférence, le retint en otage et assiégea Thessalonique que le prince Jean d'£pire défendit vaillamment.
Soumission L'àgc et le malheur avaient affaibli le caractère .lore a'E- de Théodore ; cédant au vainqueur et se dépouil-
pire et lie , -, .,.,., . . .
son fils Jean la nt dc Ja pourprc impériale, il se soumit , ainsi que Jean son fils , au pouvoir de Vatace , se reconnut son vassal et ne conserva que le litre de desposle d'Epire. Ainsi l'heureux Vatace se trouvait , à l'exception de Constantinople , maître de tout l'empire d'Orient, lorsqu'un nouvel orage , formé dans les glaces du Nord , arrêta ses armes et répandit en Europe, comme en Asie , la même terreur qu'excita autrefois l'apparition d'Attila. Invasion Cc fléau fomiidablc , grossi long-temps dans ' " l'obscurité , s'étendit en peu d'années des extrémités de la Chine aux rives du Danube, des mers du septentrion aux plaines de la Syrie , et une
DU BAS-EMPlUt. ^5
nuée innombrable de guerriers sauvages , devenus fameux sous le nom de Tarlares, menaça le monde civilisé d'une entière destruction *.
La source de ce torrent dévastateur lut une faible tribu de nomades ; leur orii^ine était la même que celle des Turcs ; cette borde errante avait pour chef un pâtre ; elle dé[)endit d'abord d'une trd)u plus nombreuse , celle des Tartares Niutchés , ils reconnaissaient un Dieu , mais ne lui rendaient aucun culte ; leur vie était errante, la chair et le lait des animaux composaient leurs alimens.
Dans l'année 1 163 , leur khan, nommé Yésou- ^ o^gine
oeTémugin,
kaï-Bahadour , laissa en mourant le srouvernement stimorau.à de sa tribu à son fds, âgé de treize ans : cet orphelin , nommé d'abord Témugin , se rendit depuis trop célèbre sous le nom de Gengis. Ouel- ,^^'
Il o V. exploits. M'a
ques rebelles attaquèrent cet enfant, mais ils trou- ^""3^^^^^^ vèrent en lui un homme; Tcmugin les combattit intrépidement , ne se découragea point par un premier revers, et dompta ses fiers rivaux. Le premier acte de son pouvoir fut un atroce abus de la victoire : il fit périr les chefs des vaincus dans des chaudières bouillantes ; dès lors il ne cessa point de combattre et de vaincre , d'épou- \anter le monde el de le ravager.
Hunghkhan , chef d'une tribu voisine, ayant
* An 124^'
conclu une alliance avec lui, lui manqua do foi - Tcmugin envahit ses Etais, les joignit aux siens, et, en quatre années, subjugua toutes les hordes tartares qui habitaient les plaines bornées à l'occident par Rasga, et au midi par Tangut. Les ]N iutchès se soumirent à lui ; bientôt , à la tête de toutes les tribus réimies, il força la grande muraille et conquit l'antique empire des Chinois , dont jadis il était tributaire. Ce fut ainsi qu'en peu de temps un faible pâtre se vit maître et fondateur d'une vaste partie du globe ; il reçut alors le titre de Gengis , c'est-à-dire grand. Sa capitale ou plutôt son camp était établi au milieu du grand désert de Coby. Là , ayant appris que ses ambassadeurs avaient été insultés, emprisonnés et mis à mort par le sultan de Rharisme , le plus puissant prince alors de l'Asie , il laisse à ses généraux le gouvernement de la Chine, et , s'avançant à la tête d'une armée innombrable , il dévaste la Buckarie, le Korassan , livre Rharisme au pillage et couvre de ruines les bords de l'Oxus et du Jaxar, Mohamed , sultan de Rharisme , à la tête de six cent mille hommes , s'oppose vainement à ce torrent ; une bataille que lui livra Gengis termina sa vie , et détruisit son empire. Ce fut à cette époque que les Turcs du Rorassan cherchèrent un asile en Egypte, grossirent les troupes de Saladin, et le secondèrent dans la conquête de Jérusalem.
DU r.A.s-EjnpiRt.. 47
]jC€> Tartarcs, qu'alors 011 rommait aussi Monijfols , étendirent leur domination jusqucs au-delà des rives du Volga. Gengis, insatiable de guerres et de conquêtes, voulut porter ses armes dans les Indes; mais ses guerriers, moins infatigables que lui , refusèrent de suivre un prince qui voidait les entraîner aux extrémités du monde. Ambitieux et rapide comme Alexandre, il se vit arrêté comme lui dans sa course ; son règne destructeur , semblable à la foudre , dura peu , mais laissa de longues traces de son funeste passage. En 1227 , ce Qéau du monde entra dans la paix et dans le silence du tombeau.
Sa législation , grossière et laconique, peint son Tabirm caractère , sa nation et son temps. « Peuples , di- uiu^n la'u ») sait-il, fuyez les délices ; conienlez-vous de peu; ^'^''' » aimez-vous mutuellement; sacrifiez tout intérêt » privé à l'intérêt général ; nourrissez-vous , sans î) distinction et sans scrupule , de toutes viandes , » il n'en est point d'impures ; épousez plusieurs » femmes, afin de vous multiplier ; cbargcz-lcs des » soins domestiques; vous ne devez avoir d'autres » occupalions ({ue celles de manier des armes, de » dompter des cbevaux et de combattre ; ne bâ- » tissez pas de maisons , craignez de vous empri- )) sonner dans des villes. Ne vous abaissez point )) à la culture des cbanips, les aibrcs seuls sont » destinés par la nature à prtMidrc racine sur la
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» terre. Soyez toujours prêts à changer de de- )) meure; vivez, errez exempts d'inquiétude; par- )) tout le lait des troupeaux vous nourrira , leur )) toison vous habillera et couvrira vos tentes ; si » la fatigue vous donne Je besoin d'un aliment » plus substantiel , remphssez de sang l'intestin » d'une brebis, et faites-le cuire, en marchant, )) sous la selle de votre cheval ; méprisez le luxe , » et songez que la peau des bêtes et l'étoffe gros- )) sière qui composent votre vêtement dureront » sur la terre autant que vous. ))
Gengis-Khan laissa quatre fils , belliqueux et sanguinaires connne lui; ils partagèrent ses Etats, mais, par ses ordres, Octai, le troisième et le plus brave d'en tr'eux, eut le titre de grand Khan, et fut reconnu par ses frères comme leur souverain. Déva»- Les Tartares , sous le règne d'Octai , poursui- Ta'iTàrcs^^ virciit le cours de leurs conquêtes ; son neveu Batou s'empara de Moscow, et, au mépris de la capitulation , en passa tous les habitans au fil de l'épée '*'. Trois ans après il détruisit la ville de Kiow , et toutes les cités de la vaste Russie, devenues tributaires du désert , s'abaissèrent devant la lente rustique d'un Tartare. Bientôt Batou , étendant de plus en plus ses ravages, dévasta la Pologne, la Silésie, la Moravie, réduisit Cracovie
* An Ii3y.
en cendres, tailla en pièces deux armées polonaises et silésiennes , et entra en Hongrie avec cinq cent mille hommes.
Bêla , eflfrayé., s'enfuil en Esclavonie ; Caloman , son frère , plus courageux , livra bataille aux Tarlares et la perdit ; ces vainqueurs féroces couvrirent de cadavres dix lieues de chemin , ravagèrent la Bosnie, la Servie, la Bulgarie, et revinrent par les Palus-Méotides dans leurs déserts , qu'ils peuplèrent d'une foule innombrable de captifs et de troupeaux.
Ces terribles dévastations répandaient la con- i"""'^"'
en Europe
siernalion en Europe. La peur exagérait le péril , *""""^ p" grossissait les forces , grandissait les hommes. L'imagination , troublée par la crainte, faisait de ces Tartares des monstres bizarres ; on les disait d'une forme colossale , portant des tètes de chien et se nourrissant de chair humaine.
Frédéric , tremblant sur son trône , appelait tous les princes de l'Europe à son secours. Blanche , mère de saint Louis , versait des larmes aux pieds des autels : son fils , vaillant et pieux , se confiait à la justice du ciel et à la force de ses armes.
Cependant une autre armée de Tartares , se Uciio son
ri A • 'Il i^TA missiiin -li
répandant en Asie , attaquait le sultan d Icone , î..iun .vi dévastait la Cappadoce, et renversait les murs de Taures. Cézarée. Le sultan , après avoir recherché tour à TOITE lo 4
5o HISTOIRE
tour l'appui de Baudouin et de Vatace, desarma les Tartares par sa soumission, et se rendit vassal et tributaire de leur khan. Cette lâcheté sauva momentanément l'Asie. Les Mongols se retirèrent. ti^vlhce Vatace , délivré de toute inquiétude extérieure pojr em- ^^^ |^ retraite des Tartares, par la trêve conclue avec les Latins et par la soumission des Epirotes , chercha dans un actif repos un nouveau genre de gloire. Aussi habile administrateur qu'heureux guerrier , il releva les ruines de l'empire agrandi par ses armes , et le bonheur public fut le fruit de ses travaux.
L'Asie , depuis un siècle , traversée , pillée , foulée sans cesse par les armées de toutes les nations , n'offrait plus aux regards que le triste spectacle de familles sans asile , de cités sans commerce, de champs sans culture. L'empereur, en prodiguant ses trésors, répandit partout la consolation, ranima le courage et fit renaître l'espérance. Les vastes domaines du prince, cultivés avec soin , administrés avec économie , devinrent à la fois pour ses peuples un grenier d'abondance et un modèle d'agriculture. Chacun se vit encouragé par d'utiles exemples et par des bienfaits ; l'empereur offrit une honorable retraite aux invalides , donna un asile aux vieillards , fonda des hôpitaux pour les malades.
Les villes sortirent de leurs ruines , les plaines
se couvrirent de moissons ; les impôts cessèrent «le ralentir l'activité des laboureurs. « Je dois » vivre du fruit de mes travaux, disait Vatace , » et non du sang et de la sueur de mes sujets. La )) richesse du prince fait la pauvreté des peuples. )) Le luxe seul sera taxé par nrioi , je me soumets )) à la nature et je règne sur le caprice. ))
Les contrées possédées par les Turcs souffraient alors d'une affreuse disette ; tout leur or vint accroître l'opulence de l'empire; l'impéralrice admirait un jour une couronne de perles et de diamans que venait de lui donner Vatace. « Comment , » dit-elle., un prince si sage et si économe peui-il » faire un si riche présent? » — a C'est, répondit )) l'empereur en souriant, le fruit de la vente des » œufs de mes fermes. »
Tandis que ce grand homme, après avoir porté vnjapp ,ic
I 1 r Uaudouin,
ses armes victorieuses dans tant de contrées, parcourait ses provinces pour y faire renaître la prospérité , Baudouin , ayant consumé en peu de temps et sans succès les secours et les forces qu'il avait tirés à grands frais d'Europe , ne sortit de sa molle oisiveté que pour courir en Italie et pour y mendier encore l'appui des princes étrangers.
Une seule faiblesse ternit la brillante renommée ngarcment (le Vatace ; vainqueur de ses ennemis , il se laissa pL un'foi vaincre par l'amour : après avoir pleuré longtemps la vertueuse Irène , il s'était décidé par des
Binonr.
niSTOiiii:
motifs politiques à épouser Anne , fille de Tenipereur Frédéric. Une femme belle et intrigante , nommée Marcésine , était dame d'honneur de cette princesse ; ses charmes séduisirent l'empereur ; son adresse le subjugua : entraîné par cette passion , il viola les règles de la décence comme celles du devoir , revêtit de la pourpre sa maîtresse , et augmenta la honte de son égarement en comblant d'honneurs sa concubine.
Les courtisans encensaient celte idole ; le peuple gémissait et se taisait. Un ermite seul , qui s'appelait Blcnmiidas , porta par son courage un trait de lumière dans les yeux fascinés du prince : Marcésine avec un cortège fastueux se présenta à l'entrée de son église ; l'ermite lui en ferma les portes avec mépris. Toute la cour excitait l'empereur à se venger : « Cessez , dit Vatace , de )) m'irriter contre un homme juste; il me respec- » terait davantage si je m'étais respecté moi- » même. »
Prise L'honneur recouvra bientôt sur lui son empire ;
Je Tliejsa- , .-,,..
ioni(|M.. par {{ s'arraclia du sem des plaisirs pour reprendre de après la nouvcau Ics armes. La mort du jeune roi des
mon ilu fils '
à'Azaa. Bulgares excitait des troubles dans cette contrée; Vatace y courut, s'empara de Serres, de plusieurs villes; il prit ensuite Thessalonique d'assaut, et en donna le gouvernement à Andronic Paléologue , grand domestique.
DU uas-e!Hpike: 53
La trêve entre les Français expirait alors *. Vatace s'empara de Zurule, aujourd'hui Chiorly, clef de la presqu'île de Thrace ; devenu ainsi maître de presque tout l'empire , il resserrait de plus en plus Constaniinople : telle était la destinée des deux empereurs rivaux , Vatace employait sa vie à conquérir , et Baudouin à voyager.
Le prince latin promenait dans toutes les cours son orgueil et sa faiblesse, exigeant des honneurs et sollicitant des secours. Il assista au concile de Lyon, y prit place à côté du pape, et s'efforça de réchauffer le zèle des Français en leur présentant le tableau de la décadence rapide de l'empire. 11 revint à Constantinople après avoir reçu plus de promesses que de secours. Cependant les Français s armèrent; mais le roi saint Louis, plus religieux que politique, et plus animé contre les musulmans que contre les Grecs, conduisit ses troupes en Egypte. La fortune y trahit ses armes ; son imprudence y trouva des fers , mais sa vaillance y conserva sa gloire.
. Retour et
Baudouin , de retour dans l'Orient , incapable '"action de
' i Bauduuin.
d'arrêter Vatace dans sa niarche , fut le témoin immobile de ses nouveaux exploits; ce prince guerrier s'empara de Pdiodcs , et vainquit encore le despote d'Epire.
* An 12J7.
Ce fut dans ce temps qu'un homme, destiné par le sort à monter au trône, fit connaître pour la 3„semeni preixlière fois son ambition, son esprit et son aumenT'deMi- dacc. Miclicl Paléologuc , jeune encore , avait aclogae. quis par l'éclat de son nom , de son courage et de ses richesses, un grand nombre de partisans dans l'armée ; il fut accusé de conspiration : les soupçons étaient graves ; on avait contre lui beaucoup d'indices , mais peu de preuves. Les juges, suivant im usage absurde et pourtant ancien , voulurent le soumettre à l'épreuve du fer ardent. L'accusé, pour prouver son innocence , devait traverser un assez long espace en portant sans se brûler une boule de fer rougic.
Le jeime Michel, adressant la parole au métropolitain , lui dit : « Je suis un soldat, im pécheur » prêt à combattre mes accusateurs, mais peu » propre à faire des miracles. Cependant si vous, » monseigneur, dont Dieu comiaît la vertu, vous )) voulez prendre ce fer sacré , je le recevrai avec » résignation de vos mains. »
Vatace sourit de la réponse ingénieuse du jeune guerrier, et , sans être convaincu de son innocence , il lui rendit la hberté. L'empereur employa le.n derniers temps de sa vie à négocier avec le pape , promettant la réunion des deux églises , si le saint Siège abandonnait son rival; des deux cotés le défaut de sincérité fit échouer celle négociation.
DU BAS-EMFIRE. 55
La sanlé de Vatace s'aCTaiblissait de jour en jour ; il mourut à Nymphée en Lydie , à l'âge de soixanle-deux ans; il en avait régné trente-trois. Moit Véritable restaurateui* de l'empire grec , il plana sur son siècle , vécut redouté de ses ennemis , et béni de ses sujets ; les uns honorèrent son tombeau par leur estime , et les autres par leurs larmes.
Les Grecs élevèrent à Nicée sur le pavois son fils Théodore Lascaris, qui prit le nom de Lascaris II '*'. Son père n'avait jamais voulu l'associer Eiévaiim au trône , espérant que, moins certain du sceptre, Latrôuc/ * il se rendrait plus digne de le porter.
An ia55.
d6 histoire
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