CHAPITRE HUITIÈME
Régence du ministre Musalon. — Révolte excitée par Michel Paléolooue. — Massacre de Musalon et de ses frères. — Régence de Michel Paléologuc. — Son utile édit. — Son association à l'enipirc. — Son couronnement. — Ses réponses aux envoyés de Baudouin. — Sa victoire en Epire. — Sa marche sur Constantiooplc. — Sa première attaque. — Son retour en Asie. — Sa perfidie à l'égard du sultan d'Icône. — Son traité avec les Tartares. — Son alliance avcc^les Génois. — Prise de Constantinoplc par Stratégopul et 800 cavaliers. — Fuite de Baudouin et des Français. — Fin de l'empire latin en Orient.
nce Jn ministre
BAUDOUIN II, EMPEREUR FRANÇAIS A CoN-
staminople; JEAN LASCARIS III, et MI- CHEL PALÉOLOGUE, empereurs grecs a NicÉE.*(An i25g.)
jVIusalon, chargé de la régence, et privé de Rége
1, ., . n ,.^Y,,,,Jn minis
appui de son ancien maître , était enraye cle la Musalon
haine pubUque qui le menaçait d'un sort funeste.
Montrant une modestie tardive et cette faiblesse
qui grossit toujours le péril au lieu de l'éloigner ,
il convoqua les princes , les grands, elles conjura
de le délivrer d'un fardeau trop pesant pour lui.
Paléologue voulait sa mort et non sa retraite ;
il décida le conseil à refuser la démission du ré-
geni : chacun fit à l'cnvi l'éloge de l'ennemi qu'il
était prêt à immoler. Jamais les courtisans n'employèrent de formes plus- serviles pour déguiser leurs projets de vengeance : la haine prit le langage de l'adulation , etMusalon, enivré d'encens, ne vit plus l'abîme ouvert sous ses pas. Révolte ^ régent fit célébrer avec pompe les obsèques ui^lll Pa- de l'empereur ; au milieu de cette cérémonie , leo oguc. ^^^ corps de déserteurs latins , dévoués à Paléologue, se révolte j on voit à leur tête plusieurs grands autrefois dépouillés de leurs charges , d'autres mutilés par Musalon : tous demandent à grands cris qu'on leur montre le jeune empereur ; tous feignent de trembler pour sa vie, menacée, disentils , par l'ambitieux régent.
Ces cris excitent la fureur du peuple , toujours
itlnssaore i. l ■' }
tic Musalon «j.^^ ^ enceuscr ses idoles ou à les renverser. On
et (le SCS 1
^'""" court à l'église , on en force les portes , on arrache de l'autel Musalon et ses frères, on les égorge. Tous leurs amis tombent sous les coups de la multitude, et le calme ne renaît que lorsque la rage est assouvie.
„ , On délibère ensuite sur la tutelle vacante. Les
Kegence
l'aie^li'ngui. Lascaris , les Tornices , les Cantacuzène, les Ducas , les Commène et d'autres illustres personnages y prétendaient; mais Paléologue, dont la famille était déjà parvenue à une haute élévation sous Romain Diogène , et qui descendait par sa mère d'Alexis l'Ange, l'emporta sur ses rivaux. La
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crainte des soldats, dont on voyait encore la hache levée , décida les suffrages en sa faveur.
Ce prince , aussi adroit que hardi , refusa l'honneur qu'on lui offrait, disant qu'il ne pouvait l'accepter sans le consentement du patriarche. Cette déférence lui soumit le clergé ; Arsène lui-même , qui jusque là s'était opposé à son élection , sacritia sa prudence , son devoir et son pupille à son orgueil satisfait. Rassuré par de frivoles sermens , il cessa de voir en Paléologue l'ennemi du jeune empereur dont il devait protéger l'enfance ; ainsi, d'un commun accord, on donna la régence à Michel Paléologue , avec le titre de grand duc.
Dès qu'il fut maître du trésor , il le prodigua pour multiplier ses amis. Après une feinte résistance à leurs vœux , il accepta la dignité de despote * ; on vit son masque tomber dès qu'il fut monté sur la seconde marche du trône : il exila les Lascaris, revêtit son frère de la charge de grand domestique , et nomma tous ses parens aux premiers emplois de l'empire.
En bravant les grands, il ménagea encore le peuple, et lui promit la réforme des abus , réforme que les sujets espèrent toujours et n'obtiennent jamais.
Eclairé par sa propre expérience , Michel pu- . ^"^^ . Ijlia un édit qui abolit ce qu'on nommait les juge- * An luSg.
association
roiiiiement.
mens de Dieu , les combats singuliers et l'épreuve du fer ardent.
Maître de l'empire , la couronne seule manquait
à l'empire. Gucore à son ambition. En 1260 , les grands et le
clergé le proclamèrent Auguste avec Jean Lasca-
c""- ris. Des soldais l'élevèrent sur le pavois , et le
pairiarcbe le couronna dans l'église de Nicée .
Le jeune Lascaris , empereur de nom , ne reçut point alors la couronne ; c'était lui prédire son triste sort ; le peuple en murmurait. Paléologue , pour distraire la multitude, l'occupa de spectacles, de jeux, et la charma en disputant avec succès dans les tournois le prix de l'escrime et de la course. Ses ré- Il reçut à Nicée une ambassade de Baudouin ,
ponses aux "
BluToui '^^ ^^ ^^^ proposait de le reconnaître comme empereur d'Asie, s'il consentait à lui céder quelques places et quelques provinces.
Michel , qui connaissait sa force et la faiblesse de son rival, reçut avec mépris ces envoyés ; ils n'obtinrent de lui que des réponses ironiques.
« Telle ville qu'on lui proposait d'abandonner » était, disait-il, sa patrie, il ne pouvait la céder ; )) telle province était son premier gouvernement ; )) il était né dans celle-là, avait chassé dans celle-ci; » dans cette autre il avait fait ses premièresarmes. »
« Enfin que nous donnerez-vous donc , lui » dirent les députés ?» — « Rien , leur répondit
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)) (ièrenient Palc'ologue. Si vous voulez la paix , » pavez-moi un tribut équivalent au revenu des )) douanes de Constantinople ; sinon vous aurez la » guerre, et je vous ai prouvé que je la sais faire. »
Cette réponse termina les conférences. Avant sarinoire (V attaquer Baudouin , Paléologue envova en Epire ^° ^'^'^''' une armée ; elle trouva les Epiroies renforcés par des troupes du roi de Sicile et par celles du princ(i d'Acbaie ; une bataille eut lieu près d'Acliride ; la victoire resta long-temps incertaine ; mais enfin le despote, trabi par un de ses fils qui prit la fuite, lut contraint de céder le cliamp de bataille aux troupes de Micbel ; elles firent prisonnier le prince d'Acbaïe , et toute la Thessalie se soumit à l'empereur.
Mais, l'année suivante, les Epirotes prirent leur revajicbe et battirent les Grecs ; Alexis Stratégopul, parent et favori de l'empereur, revêtu par lui du titre de César , tomba dans les fers du despote. Paléologue, pour obtenir son écbange avec le prince d'Acbaïe , accorda la paix à l'Epire.
Libre de tous côtés, il porta ses armes contre sa marche Constantinople. Baudouin , réduit à sa capitale , »taniinoi.ie. avait encore beaucoup de soldats pour la défendre , rnais point d'argent pour les payer. Dans cette extrémité, il fit fondre le plomb, l'or et l'argent des églises et des palais, sollicita im emprunt des Vénitiens , et leur donna son fils en gage. TOME lO. 5
Paléologue, dont aucun obstacle n'arrêtait îa marche, traversa l'HelIespont , s'empara de Sélyrabrie et fut reçu en triomphe par les habitans des environs de Constantin ople , qui tous le regardaient comme leur libérateur.
^2 II donna un premier assaut au faubourg de Ga-
attaque, jg^g ^ q^^g jgg Latins défendirent vaillamment , et il Son retour ge préparait à en tenter un second lorsqu'une in-
en Asie. il 1
vasion des Tartares le força de repasser en Asie.
Ces i^uerriers sauvages , après avoir détruit l'empire des kalifes de Bagdad , s'emparèrent de celui des Seljoncides. Le sultan d'Icône , d'abord leur tributaire el ensuite leur esclave , était venu demander à Paléologue un asile et des secours. Sa perfidie L'cmpcrcur l'accueillit avec honneur, lui promit suitau d'i- de le protéger , l'aliandonna , traita secrètement
cône.
Son avec les Tartares , et conclut une trêve avec eux.
traité avec
^"simlT"" ^^*^ le même temps , habile à profiter de la ja^ hanre avec i^jy^gig. jç Q^j^^g contrc Vcuise , il s'allia avec les Génois. La guerre , allumée entre ces deux républiques priva Baudouin de tous secours.
Michel méditait sa ruine ; tandis qu'il la pré[ia-
rait , le hasard l'accéléra.
Pj.i3^ Le César Slratégopul avait été envoyé par 'lui
tuiopi'c par avec huit cents cavaliers au-delà du Bosphore ,
etSoocava-dans le seul dessein d'observer les mouvemens des
Bulgares. Dès que ce corps parut en Thrace , tous
les Grecs , qui voyaient que le moment de leur
d«ilivranrc «nait venu , se joignirent à lui; Lienlôl, renforcés par leur zèle , le César se voit à la tête <le vini,'t mille hommes : on l'avertit que dans ce moment Baudouin , IVappé de cet aveuglement qui annonce la chute des monarques , vient d'envo^'er ses me'Jleures troupes et la plupart de ses vaisseaux à quarante lieues de la capitale , pour assiéger la forteresse de Daphnusium , située sur les bords du Pont-Euxin.
Quoique le César eût ordre de ne rien entreprendre, celte nouvelle lui inspira le désir , et lui donna l'espoir de s'immortaliser par une grande action : couvrant sa marche avec soin et cachant son infanterie dans les bois , il s'approche le soir avec peu de cavaliers des remparts de Constantinople. Ses coureurs lui amènent un vieillard grec auquel il demande comment il a pu sortir d'une ville dont les portes sont fermées. Celui-ci avoue que c'est par un souterrain ignoré qui sert de communication entre les champs et sa maison.
L audacieux César , bravant tout péril , pénètre hardiment dansée souterrain ; tandis qu'il s'avance dans les ténèbres , ses troupes accourent et attaquent les murailles. Les Latins , étonnés de cette attaque imprévue, sont tout à coup saisis d'efi'roi lorsqu'ils voient derrière eux , au milieu de la ville , des ennemis armés. Les cris de : Vivent les empereurs Michel et Jean ! reienlissr*nt et re-
tloubleiit leur terreur. A ce cri , les habitans grecs de Constantiuople répondent par le cri de Liberté! Ils se soulèvent , ils s'arment en foule ; une longue oppression rend l'explosion de la vengeance plus prompte et plus ardente.
Fuite .le Dc toutcs parts on tombe sur les Latins , on les jtsFrançais enfonce , on les met en fuite. Baudouin, sans honorer son malheur par quelque résistance , s'embarque 5 abandonnant pour toujours sa capitale et son trône.
Tout cependant pouvait encore se réparer ; on n'avait perdu que l'empereur , on pouvait sauver l'empire. Dans ce moment la flotte de Daphnusium rentrait victorieuse dans le port , les troupes débarquées se préparaient au combat , mais les soldats qui étaient partis avec Baudouin avaient mis en fuyant le feu à la ville ; les Français, découragés par la fuite de leur monarque , par les progrès de l'incendie , par les cris des Grecs, par les imprécations du peuple, remontent sur leur flotte, dé- ' in . ploient lems voiles et courent porter en Europe la
df l'empire * ^
latin. nouvelle de l'entière destruction de l'empire latin en Orient *.
* An i9.6i.
FIN DE L E^IPIRE LATl.X.
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HISTOIRE DU BAS-EMPIRE