‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 9 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Allcgiessc publique , à la nouvelle de la prise de Constantinople.

— Présentation des ornemens impériaux de Baudouin à Michel Paléologuc. — Tristesse et prédiction de Tornice. — Entrée de Michel dans Constantinople. — Récompense de Stratcgopul. — Second couronnement de Michel. — Ses actes de barbarie. — Supplice, captivité et mort du jeune Lascaris. — Fermeté du patriarche Arsène. — Son anathème contre Michel. — Défaite et captivité de Stratégopul en Epire. — Son échange contre Anne, sœur de Mainfroi , roi de Sicile. — Guerre entre Ville- Hardouin et Michel. — Défaite , captivité et mort de Ville- Hardouin. — Succès de Jean Paléologue en Epire. — Alliance de Constantin Tech et du sultan d'Icône contre Michel. — La déposition d'Arsène cause un schisme. — Alliance de lempcrcur avec le klian des Tartarcs et le sultan d'Egypte. — Milice de chrétiens, sous le nom de Mumclucs. — Conjuration contre Michel. — Conquête de la Sicile par le frère do saint Louis. — Croisade et mort de saint Louis. — Révolte d'un neveu de l'empereur. — Marche de Jean Paléologue contre lui. — Ses premiers succès. — Sa défaite et sa fuite. — Ses nouveaux succès.

— Sa punition volontaire. ■ — Mariage d'Andronic avec la fille du roi de Hongrie. — Son association au trône et son couroniiemcal. — Mort du frère de l'empereur. — Mort de Baudouin.

7^ HlSTOIllIî

— Mort du patriarche Arscnc. — Réunion des Grecs à l'Eglise romaine. — Leur déclaration dans le concile de Lyon. — Déposition du patriarche Joseph. — Révolution en Bulgarie.

— Echec de Charles d'Anjou. — Les Vêpres siciliennes. — Mort de 8000 França is. — Mort de l'empereur.

JEAN LASCARIS 111, IVUCHEL PALÉO- LOGUE ET ANDRONIC so.>f fils.

( An 1261. )

Aiiégiesse Dès qu'on eut vu fuir les Latins , on s'empressa

publique, à \ i» • n

la nouvelle Jg toutes DaFts , 3 1 cnvi , de porter dans Nym-

(ie la prise *• i J

"^^ o7/'*° phée cette grande nouvelle. Un Grec plus prompt, devançant tous les autres, descend chez Eulogie, sœur de l'empereur , et lui raconte l'attaque , la prise de Constantinople , ainsi que la fuite de Baudouin; elle court en instruire son frère. Michel traite ce récit d'imposture ; il ne peut croire qu'une ville si forte , si grande , si popideuse , défendue par tant de braves chevaliers , ait cédé aux efforts d'un corps si faible , et que huit cents hommes , envoyés par lui en reconnaissance, aient pu renverser l'empire des Latins.

Le courrier n'avait point de lettres de Slratégopul; Michel le fait mettre aux fers, lui promet une

nu BAS-EMPIRE. 7I

magiîilique récompense s'il a dit la vérité , et le

menace de la mort si soo récit n'est qii'imc Table.

Cependant, de moment en moment, la nouvelle Présentation des orse confirme ,* enfin un messaeer apporte des dé' ncmci.s im-

'-' ^ ^ licriauK de

poches officieUes, et présente à l'empereur la cou- J?i*°!)7'p'" ronne, le manteau et les ornemens de Baudouin. i«"'°s'i«- Alors à l'étonnement succède une joie universelle; plus le triomphe était inattendu , plus il excite les transports de la cour, des grands , du peuple et «le l'armée.

Au milieu de l'allégresse publique, Tornice Tristesse seul, vieillard, vénérable, se tait, soupire eltiondcTurpleure ; on s étonne de sa tristesse. « Je vois , dit- » il , dans cet événement qui vous charme , le *> terme de vos travaux et celui de votre gloire ; » le séjour de la capitale, son luxe, ses plaisirs )i corrompront l'empereur , amolliront nos guer- )) riers ; un lâche repos remplacera votre hono- » rable activité , les Turcs s'empareront des mon- » tagnes ; je prévois qu'ils S3 rendront maîtres » de Constanlinople.

)) Tel est le funeste sort des empires ! tous les )) biens leur viemient des champs ; ils portent )) dans la ville la richesse , la splendeur ; en re- » tour , elle ne répand sur eux que des vices <n » des calamités. »

On écoutait avec dédain ces réflexions chagrines ', le temps ne justifia que trop promptement

•°j-2 HISTOIRE

celte Irisle prédiction. La vanité est incrédule , et la raison est prophétique.

^[■'i,*,7^a'„s Michel , maître de l'empire par un caprice de uopi'e '^ ' la fortune , entra solennellement dans la capitale conquise ; mais , attribuant sa délivrance à un miracle , il se fit précéder dans sa marche par l'image de la Vierge, que saint Luc , disait-on , avait peinte ; et , loin de se montrer en triomphe , il traversa la ville pieds nus et sans porter aucun des ornemens impériaux.

Les peuples d'Europe étaient alors simples et grossiers \ leurs seules voluptés étaient les festins et les combats. Les Grecs, en rentrant dans leurs palais , furent surpris autant que choqués de leur dégradation et de leur saleté j partout ils voyaient les traces de la barbarie remplaçant la civiUsation. La fuite des Latins fit dans l'empire une révolution totale \ chacun reprit les maisons , les biens , les terres qu'il avait perdus. Cependant on garda dans la ville un grand nombre de coramerçans vénitiens , génois et pisans j ils y restèrent presqu'en corps de nation^ protégés, les premiers par un bayle , les autres par des consuls. Mais ils furent soumis à une sévère surveillance.

On craignait une prochaine attaque des Francs ; l'empereur se hâta d'armer des flottes , d'augmenter son armée , de réparer les fortifications de la ville. Inquiet des murmures du clergé , il rappela

ou BAS-EMPIKL 73

\(i palriarchc Arsène , déposé précédemment par Kécom-

' * pense de

lui , et , pour récompenser dii,memcnt riieureuse stratèsopui lémérilé du César Slralégopul , il lui permit de porter toute sa vie une couronne de pierreries , et son "nom fut joint à celui de l'empereur dans les prières publiques.

Le patriarche couronna une seconde foisMichel: Second coumais déjà les faveurs de la fortune et la coupe de ''* '*'"^*"='la gloire avaient enivré l'empereur de leurs poisons ; on dirait que plus les hommes s'élèvent, plus ils s'éloignent de la verlu.

Michel , devenu ingrat et barbare , fit brûler j/h"rbaSr. les veux du jeune empereur Lascaris , cjui fut en- supplice,

•J J l ' l captivité et

fermé dans le château de Dacybizde, et y termina "'"'^' 'l"

J ' J jeune Lias-

ses jours. Cet acte de cruaulé indigna le peuple , *^"'*'

mais la douleur publique fut réduite au silence ; on punissait le plus léger murmure connue crime de lèse-majesté. Le barbare Michel fit couper le nez d'un jeune Grec, nommé Kolobole, compagnon d'enfance de Lascaris , et qui avait laissé éclater imprudemment sa juste douleur.

Au milieu de la stupeur publique, le patriarche ^à"h''*f° Arsèue montre seul un ferme courage ; il convo- ^"'°'=que les évéques. (( Puisque les princes , leur dit- » il , puisque les magistrats , les citoyens , les )) soldats ne remplissent point leur devoir , faites )) le vôtre , et vengez votre empereur. »

Le pontife parle en vain ; chacun , glacé de

crainte, baisse les yeux et se lait. « Personne , » reprit alors le patriarche , n'ose donc accomplir » le serment qu'il a fait ; eh bien , je saurai seul » m afifranchir du parjure , et je lèverai sur la tête )) du coupable le seul 4,daive que Jésus-Christ )) m'ait donné pour séparer le juste de l'injuste. »

ii.én" ""n- Aussitôt il prononce d'une voix forte l'excomniu-

iit;i\iichei. nication de l'empereur.

Michel , déjà vaincu par sa conscience , se soumet humblement à l'anaihème , supplie en vain Arsène de le réconcilier avec le ciel ; il offre de déposer la couronne à ses pieds , mais l'audacieux pontife étend la main pour la prendre. L'empereur se retire irrité , et envoie des ambassadeurs au pape Urbain IV, pour déférer à son arbitrage ses droits , ceux de Baudouin , et la Ionise querelle des églises latine et grecque.

La conquête de Constantinople n'avait délivré l'empire grec que d'une faible partie des périls auxquels il était exposé; pendant un demi-siècle le règne des princes latins lui avait fait de profondes plaies qu'il était impossible de guérir.

On voyait en Asie une foule de seigneurs devenus maîtres des villes et oppresseurs des peuples ; les côtes du Pont-Euxin étaient soumises à l'empereur de Trébisonde ; l'Epire appartenait à un <iespote puissant ; les princes d'Achaïe , de ïhessalic , les ducs d'Athènes et de Corinlhe se parla-

UU B^S-EMPIKE. 75

«eaieiit la Grèce ; le système féodal , contagieux pour les grands , avait changé les mœurs et le sort des peuples. Le trésor ne trouvait plus de ressources ; l'armée se recrutait difficilement , le service militaire n'était plus régulier ; on n'apercevait plus de traces de la tactique , de la discipline romaine; l'empire enfin n'était plus qu'un colosse brisé ; la division de ses ennemis retardait seule sa ruine.

Le premier soin de l'empereur fut d'envoyer Défaite et

, T-" • C ' 11 caplivilé do

une armée en Lpire ; otrategopul la comman- straio- pui dait : la fortune l'abandonna , il fut battu et pris. Le despote le livra au roi de Sicile Mainfroi son gendre.

Anne , sœur de ce monarque , et veuve de sonéchanse

* conireAnae

Vatace , était alors captive de Paléoloeue : elle if']''^^^. avait inspiré à ce prince un violent amour. Michel, roi<usiciie. qui ne savait plus mettre de frein à ses passions , voulait l'épouser et se séparer de sa femme Théodora , quoiqu'elle fût mère de sept enfans ; maLs il trouva encore cette fois dans la fermeté du patriarche un obstacle qu'il ne put vaincre. Arsène s'opposa au divorce , et Michel , condamné à la sagesse , se vit obligé de renvoyer Anne en Sicile ; en échange on lui rendit Stratégopul.

Dans ce temps les habitans des montagnes de INicée se révoltèrent; uncorpsdc troupes, eHv<.tV'; en Asie, comprima et punit les rebelles.

76 niSTOlKE

Cependant Baudouin, qui savait mieux solliciter que régner , parcourait l'Europe et invoquait la protection de tous les princes. Urbain IV les pressait d'entreprendre une nouvelle croisade; saint Louis , éclairé par l'expérience , ne répondit à ces instances que par des promesses vagues. Guerre Lcs Véuiticns se montraient plus ardens ; ils

entre Ville- . -, . .1

Hardouin et armaient leurs vaisseaux, et les char^îreaient de

Micl.ei. ^ ^ ^

troupes. Ville - Hardouin , prince d'Achaïe, cédant à leurs prières et à celles du pape , déclara la guerre aux Grecs. Macrène, grand chambellan, envoyé pour le combattre , remporta contre lui plusieurs avantages ; mais ses services ne lui attirèrent qu'une disgrâce.

Michel , gâté par la fortune , exigeait des conquêtes , et regardait un faible succès comme une défaite; ses négociations furent plus heureuses que ses armes. 11 promit au pape de reconnaître son autorité ; le pontife , satisfait de sa somnission , abandonna la querelle de Baudouin , et détendit aux Vénitiens , ainsi qu'au prince d'Achaïe , de continuer la guerre que lui-même avait excitée*.

Venise , accoutumée à l'indépendance , désobéit aux ordres du pape. Gilbert Dandolo, avec trente-deux baliraens , défit quaranle-detix vaisseaux grecs et génois. Grimaldi, voulant ré[)arer

* An 12G3.

DU BAS-EMPIKE. 77

cel ccliec , fut encore ballu ; enfin une vicloire plus décisive, remportée par les Vénitiens à ïrapano sur les Génois, chassa ceux-ci de la nier. Paléolofj'ue rompit son alliance avec Gènes , et conclut avec Venise une trêve de cinq ans.

Le prince d'Achaie, \ ille - Hardouin , privé d faite, d'appui , vit tomber sur lui tout le poids et tous "oriVc ViV. les malheurs de la guerre ; Michel le battit , le douin. prit et renferma dans une prison où il mourut ; sa fille épousa dans la suite le second fils de Charles d'Anjou, roi de Sicile, qui hérita ainsi de ses prétentions sur l'Achaïe.

Le prince Jean Paléologue , frère de l'empe- snccés reur, guerrier habile et brave, ravagea l'Epire ; leoioguc en le despote, vaincu deux fois, se soumit, mourut, et , avant d'expirer, envoya son fils en otage à Constaniinople. L'empereur, suivant l'usage établi par les Latins, donna aux enfans de ce prince des litres et des fiefs.

La Bulgarie était toujoms gouvernée par Tu- Alliance

r^ ■rriiT -iir» i^ deCanslan-

surpatcur Lonstantm lech. Le roiMvses, de- ^'n Tech et

du sullan

trôné par lui , avait reçu en dédomma"ement, de 'i'ic..ne.;,.n-

*^ ^ \ » » treMicheL

l'empereur, Mésembrie comme gouvernement, et la Troade comme apanage. Tech, excité à la guerre par sa femme , sœur de l'infortuné Lascaris, s'arma contre IMichel, et s'empara de Méhcmbrie , que lui livra l'ingrat et lâche Mysès. Un autre traître, le sultan d'Icône, réfugié à

Constaniinople , détermina , par ses intrigues secrètes , les Tartares à joindre leurs forces à celles r.chtc de du roi de Buli^arie. L'empereur , ignorant le com-

l'cmpereur. o i o

plot , et trompé par la feinte amitié du sultan , se vit attaqîié à l'improviste , battu çt au moment d être pris : n'ayant pu emporter son trésor , il l'enterra près de la côte , et, quelque temps après, sa flotte vint l'enlever.

ta dcpo- Assailli par tant d'ennemis extérieurs , il avait

siliond'Ar- , , i • i • •*

juse encore a combattre un adversaire plus opmiatre

scne eau un bchisitic

qu'eux tous , c'était Arsène ; cet indomptable prêtre refusait constamment de l'absoudre. Las de son obstination, il gagna quelques évêques, convoqua un concile , et fît déposer le patriarche. La vertu d'Arsène, et surtout sa fermeté, lui avaient donné beaucoup de partisans; ils lui restèrent fidèles ; sa déposition produisit un schisme, et les Arsénites formèrent long-temps dans l'Eglise et dans l'Etat un parti dangereux. iv!.r^iM*i-ur'^ L'empereur, entouré de barbares belliqueux , dlsTlrtarTs <2iiiployait habilement tous ses soins à les diviser, d'Ec/pte.^" et , pour se donner un appui contre les Bulgares , il conclut une alliance avec Nogaya, khan des Tarlares, et a\ec le sultan d'Egypte : la crainte des Latins l'emportait alors sur la religion ; les Miiicndc Grecs haïssaient plus les catholiques que les mii-

chritiens, ^ ^^

sniisicnom sulmans. La puissance du sultan dEg>"ple dehios. venait de plus en plus formidable ; il avait formé

une milice d'élilo, composée de jeunes captifs clnéiiens qu'on lui envoy-iit de toutes parts, et qui , sous le nom de Mamelucs , acquit par ses exploits et par son audace une grande renommée.

On voyait chaque jour dans TOrient la force des chrétiens s'atténuer, et celle des musulmans s'accroître. L'anarchie de l'empire , le luxe de la capitale, l'avidité des grands , les concussions des gouverneurs opprimaient , décourageaient les peuples ; le joug des mahométans , au contraire , les attirait par sa douceur, et les rassurait par sa force : en s'y soumettant , on n'achetait le repos que par un léger tribut ; en prenant le turban , on jouissait de tous les avantages des vainqueurs. L'accroissement rapide et prodigieux des armes sarrasines , turques et tartares , était la preuve évidente des progrès du prosélytisme : tout prospérait chez ces conquérans; tout était en décadence chez les Grecs.

Les provinces impériales d'Asie étaient dépeuplées d'habitans et couvertes de ruines. Les propriétaires , écrasés d'impôts , abandonnaient leurs fonds à l'Etat j les besoins de la capitîilc concentraient , consumaient, engloutissaient la fortune de l'empire , et, de moment en moment , on voyait se vérifier en tous points fies sinistres prédictions de Tornice.

Micliel cependant n'était pas déptnu'vu d'acii-

Cniijuratiiin contre IMicheJ.

vile ; mais le génie le plus vaste n'eût peut-être pas suffi pour arrêter l'écroulement d'un tel empire. L'empereur nomma patriarche Germain , évêque d'Andrinople ; bientôt , mécontent de lui, il lui donna pour successeur son propre confesseur, nommé Joseph , plus courtisan que prêtre ; le monarque obtint de ce pontife soumis l'absolution de ses crimes, et redoubla par cet acte la haine violente des partisans d'Arsène.

Le fanatisme trama une conjuration contre Michel '*" ; le même meurtrier , qui par ses ordres avait assassiné Musalon, leva son poignard sur lui. Ce complot fut découvert et puni.

.i^T'^sfuc -^ cette époque, Charles d'Anjou, frère de saint îîri^iJt^" Louis , entreprit la conquête de la Sicile. Michel ^°'"*' intervint dans cette guerre ; il envoya des troupes à Mainfroi , qui, malgré ce secours, perdit la couronne et la vie.

Cette révolution menaçait l'Orient d'un nouveau danger ; le pape , alhé des Français , fit un partage éventuel de l'empire d'Orient entre Bau- > Croisade douiu ct Charlcs d'Anjou. Saint Louis , à la tête saini Louis, d'uuc fortc armée , venait de descendre en A frique. L'empereur craignait qu'après le succès de son expédition le roi de France n'employât toutes ses forces à relever l'empire des Latins ; il grossit

♦An iu68.

DU BA.S-E.MPII{t. y,l

son armée , nmlliplia les iiiipûls pour remplir son trésor , et cliercba partout des alliés. En mémo temps il envoya en Afrique des ambassadeurs à saint Louis dans le dessein de détourner ses armes.

Ses ambassadeurs , arrivés à Tunis , trouvèrent le roi de France mourant : les fers avaient été le fruit de sa première croisade , dans la seconde il rencontra la mort.

Charles d'Anjou se vit forcé de suspendre ses desseins hostiles , et son départ pour Tunis laissa jouir l'empire de quelque repos.

Cette trêve passagère fut bientôt troublée par la liévoUe révolte d'un neveu de l'empereur qui appela les <ie re,-';,,:- 1 artares a son secours , se joignit avec eux au bâtard d'Epire , et souleva en sa faveur une partie de la Grèce.

Jean , frère de l'empereur , et son meilleur gé- je^'^'^'J-l" néral , marche à la tête de quarante mille hommes iTiX'" contre les rebelles, les bat en plusieurs rencontres, pre.nif-.s les poursuit et les disperse ; le bâtard d'Epire , '''''"' entouré par ses troupes, se déguise en valet d'écurie , s'échappe et se réfugie chez Jean de la Roche , duc d'Athènes , qui lui donne de nouvelles troupes.

Les impériaux , vainqueurs , se livraient avec une imprudente sécurité au pillage et à la débauche ; le bâtard , avec ses Athéniens , Jombe sur TOME 10' (3

Hl HISTOIRE

eux à l'improviste , en fait un grand carnage et les détruit presque entièrement.

Sa defaUc Le prince Jean , avec quelques débris , s'embarque et fuit ; ce désastre annonçait une révolu-

v?a"x°s°uc~ ^^^^ j ^^j^ 1^ consternation et la terreur se répandaient dans Constantinople , lorsqu'on apprend que Jean a battu une flotte vénitienne , et que , débarqué de nouveau , il a surpris et repoussé les Sa rebelles. Bientôt on le vit revenir lui-même dans

puuilion ...

voioniaiie. Ja Capitale ; mais sondermer succès ne le consolait point de l'éclatant revers dû à son imprudence : honteux de sa défaite et plus sévère pour ses fautes que l'empereur n'était reconnaissant de ses services , il se punit lui-même , renonça au titre de despote , dont il était revêtu , et en quitta les ornemens.

Mariage Miclicl , pcu dc tcmps après , maria son fils

,vcc la fille jj^^ Androriic, à la fille d'Etienne V , roi de

d a 101 de ? ' ^

"°Xn Hongrie , l'associa au trône et le fit couronner, associauon j^^ jeunc empereur ne tarda pas , en se montrant

au trône et »jn conronnemeut.

bassement jaloux de son oncle Jean , à prouver qu'il était peu digne du sceptre ; il traita avec mépris cet illustre guerrier , et ses lâches courtisans l'imitèrent. On pourrait presque juger du mérite d'un homme par le degré de haine qu'il inspire aux princes et à leurs favoris.

Michel , craignant toujours la vengeance des

DU JiAS-EMPFHE. 85

Lalins , croyait assurer son repos en rpullipliani des alliances que l'iniérél rompt aussi facilement qu'il les a formées ; il maria une de ses filles au roi des Bulgares , rechercha l'amitié du krale de Servie , et lui envoya de riches présens. Le prince barbare , recevant ces dons avec mépris , montra aux ambassadeurs grecs sa bru , vêtue d'une laine grossière , et occupée à filer. « Voilà , dit-il , la )) parure et l'amusement de nos feiiuues ; pour )) nous , notre armure est notre ornement , et nos » jeux sont les combats. » L'empereur , amusant toujours le pape par l'espoir de la réunion d<^s deux églises , obtint de lui des démarches assez efficaces pour contenir l'ardeur guerrière du roi de Sicile. Ayant par ces diverses négociations divisé ses ennemis , il attaqua les Vénitiens et les Génois , et leur enleva Négrepont.

A celle époque le prince Jean succomba aux i^'^rt dégoûts qu'il éprouvait ; l'empire perdit en lui sa l'empereur. force , et l'empereur sa gloire.

Les Grecs furent battus par le bâtard d'Epire ; Mort de

^ . , Baudouin.

Baudouin termina dans ce temps une carrière . qu'il n'avait rendue fameuse que par ses défaites par sa fuite et par sa vie errante '*'.

Arsène moment la même année ; mais son nom M'>rt au

palii-irclia

régna toujours sur un parti nombreux , et son om- Ars*ne. bre fit long-temps encore trembler l'empereur.

'An 1-174.

84 HiSTOiRi:

Enfin ce prince, ne pouvant vaincre le fanatisme,

le brava ; malgré l'opposition d'une grande partie

de son clergé, il envoya des ambassadeurs au con-

Rénnion cilc dc Lvou *. Là, cn présencc de cinq cents

des Grecs à ^ ^ tj . , .

regiuc 10- eveques, de soixante-dix abbés et de mille prélats, 1^"^ les Grecs se réunirent à l'éi^lise romaine, recon-

aration c '

ilc'cl dao!

ciledcLjron

dans leçon- jju^P(.nt la Suprématie du pape, et répétèrent trois

fois avec le concile ces paroles si long-temps contestées , et source inexplicable de tant de querelles: a le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. » Dépo8;uon Le patriarche Joseph, qui avait pardonné si chejoicph. facilement à l'empereur un honiicide, ne put lui pardonner d'attenter à l'indépendance de son église. Il se déclara contre la réunion, et fut déposé. Vecchus lui succéda**.

Révointion Unc nouvcUe révolution éclatait alors en Bulgarie; après la mort de Tech , la reine Marie adopta d'abord pour successeur Venceslas *** , parent de son époux; mais, peu contente de ce prince qui ne voulait pas dépendre d'elle, elle le fît assassiner et s'empara du sceptre. Ce meurtre excite le mécontentement général ; un porcher , nommé Lacanas, échauffe les esprits, les porte à la révolte , et, se plaçant à la tête des conjurés, renverse la reine du trône ; l'audacieux rebelle prend

* An i.i74.

•* An 1275.

*** An 1277.

la couronne ; Michel lui oppose son gendre Azan, (ils de Mysèsj et les deux rivaux, méprisant l'un l'appui , et l'autre le courroux de l'empereur , viennent implorer la protection du klian Noj^aya. Le Tartare les accueille également, reçoit leurs présens , leur donne un festin , s'enivre avec eux , se déclare leur juge , prononce en faveur d' Azan et fait couper la tête à Lacanas '*'.

Azan , passant subitement de la terreur à la joie , sortit précipitamment des Etats de son redoutable protecteur , et rentra victorieux en Bulgarie ; mais bientôt il en fut chassé par un rebelle nommé Terter qui s'empara du trône et s'y maintint *'^.

Jusqu'alors le pape avait refusé à Charles d'An- e jou la permission de combattre Michel. Mais , in- j'Aujoh. formé de la résistance du clergé grec à la réunion des églises , il se crut trompé par Tempe reur , et l'exconmiunia . De ce moment les longs efl'orls de Michel pour conserver la paix devinrent inutiles. Charles d'Anjou et les princes latins réunis marchent pour renverser de nouveau le trône d'Orient : à la tête d'une forte armée, ils attaquent Belgrade; l'armée grecque vient secourir celle ville j les Latins sont vaincus sous ses remparts el forcés

* An 127S.

*' An 1378.

cliocs (le Charles

8f) filSTOlKE

à Ja relraite. Charles , qui se croyait déjà conquérant de la Grèce , rentra en Sicile humilié *.

Jamais , depuis la délivrance de Constantinople , Michel n'avait joui d'un triomphe plus glorieux ; quelques revers compensèrent ce succès ; Andronic fut battu par les Turcs , qui s'emparè- T.os vêpres rcut dc Trallc ** ; inais la fortune , constante pour Michel , le délivra bientôt de son plus dangereux ennemi ; les Siciliens , las du joug des Français , s'en affranchirent , non par un noble courage, mais par un crime lâche autant qu'atroce : l'empereur Paléologue , quoique éloigné du lieu de cette scène sanglante , fut le perfide instigateur, le secret confident et le honteux complice de ce forfait. L'empereur , par ses armes , avait repris aux Latins plusieurs îles de l'Archipel et une partie de la Morée; mois, en cherchant à dissoudre la croisade qu'Urbain s'efforçait d'armer contre lui, il se fît plus d'ennemis au-dedans qu'il n'en écartait au dehors. La réunion des églises lui attira la haine du clergé et du peuple grec : les prêtres de l'Orient résistèrent à la puissance du pape , à la sienne , le regardèrent comme hère lique et l'excommunièrent : il l'avait été comme meurtrier , il le fut de nouveau comme schismalique.

* An 1281.

**Ân 1281.

nu BAS-EMPIKE. 87

Les princes de Trébizonde , d'Elolle , (VEpire , de ïhcssallc se joignirent contre lui aux La'.ins de Négrepont , d'Atlièncs et de Tlièbes. Le lanalisme le poursuivait dans son palais et jusqu'au sein de sa famille : sa sœur Eulogie et sa nièce Marie, reine des Bulgares, appuyaient , excitaient et encourageaient les mécontens. Michel , égaré par la colère et par la crainte , les deux plus sinistres conseillers des rois, opposa la tyrannie à la résistance , emprisonna les dissidens , opprima les consciences, confisqua les biens des mécontens, jeta dans les fers quatre princes de son sang , et condamna une foule de victimes à la mort ou à la perte de la vue.

Tandis que la Grèce gémissait de ses persécutions, on accusait à Rome sa lenteur : le pape, mécontent , excitait de nouveau Charles d'Anjou à s'emparer du trône d'Orient : ce fut alors que Michel, effrayé de l'orage qui le menaçait, saisit avec ardeur le moyen que le sort lui ofl'rait de se délivrer par un assassinat d'un rival redoutable.

Jean de Procida , dépouillé par Charles d'Aiiîou Conjuia-

' * ' tion cl ver-

d'une île qu'il possédait , avait juré de se venj^cr. >^/aMç« de C'était un de ces hommes doués des grands talens et des grands vices qui opèrent les révolutions : il était audacieux , opiniâtre , implacable , actif, adroit , fourbe, éloquent , cl tout moyen lui était indilfércnt pour arriver à son bul.

Déguisé tantôt en moine tantôt en mendiant , il fomente le mécontentement des barons de Sicile, court en Espagne , fait briller aux yeux de Pierre d'Aragon Tespoir de détrôner Charles, part pour Rome , et obiieut du pape iVicolas im décret qui , usurpant les droits des souverains, transporte ceux de la maison d'Anjou à celle d'Aragon. Il revient à Saragosse, et fait équiper en Espagne une flotte chargée d'intrépides aventuriers , devenus fameux depuis sous le nom de Catalans.

TjC but apparent de cet armement est une expédition en Terre sainte ; son objet réel , la conquête de la Sicile. Procida vole enfin à Constant inople, déroule aux yeux de Michel tous ses plans, et l'engage à le seconder avec ses vaisseaux pour rejeter en Sicile l'orage qui menaçait l'Orient.

Ce qui paraîtra surtout inconcevable , c'est que Procida sut envelopper pendant deux ans dans les ombres du plus profond mvslère le secret de celle vaste conjuration, dans laquelle entraient tant de princes , de conseils , de seigneurs et d'armées. Tout était enfin préparé; l'habile conspirateixr choisit pour l'exécution de son dessein une de ces circonstances qui enflamment l'esprit du peuple , et le portent à la fureur. La veille de Pâques , quelques soldats français outragent dans Palernie uv.e /ille noble : Procida fait entendre

nu 15 AS-EMPIRE. 89

le cri de la vengeance : la cloche qui devait sonner les vêpres sonne le tocsin ; l'appel à la priùre devient le signal du meurtre. Les conjurés, disse- Mort de

, . . 1 1 8000 Fran-

minés dans la ville , excitent , arment la rage du ç^-'peuple ; huit mille Français sont égorgés. Charles d'Anjou fuit ; la flotte grecque et celle d'Espagne détruisent ses vaisseaux ; il est détrôné , et Pierre d'Aragon est proclamé roi de Sicile *.

Jamais on n'arriva au trône par des degrés plus sanglans, et les Vêpres Siciliennes seront dans la postérité une tache ineffaçable pour le moderne Catilina qui conçut celte révolution , pour le pontife , pour l'empereur qui la favorisèrent , et pour le prince ambitieux qui en profita.

Ce massacre couvrit l'Italie de honte , remplit la France de deuil , et répandit dans l'Orient une joie barbare. La même année , Jean Comnène , empereur de Trébizonde , quitta la pourpre , et vint se soumettre à Paléologue.

L'empereur , ainsi délivré par la fortmie ou par Mort le

Tenipcrtur.

le crime de la plupart de ses rivaux , sortit de sa capitale pour comljattre le prince de Thessalie ; un nombreux renfort de Tartares l'accompagnait, l'entourait et lui donnait plus de crainte que d'assistance ; le khan iSogaya , dans l'espoir d'un riche butin, lui avait envoj'é ses troupes. Arrivé en

• In liS-j.

f}0 HISTOIRE

Tlirace , une maladie arrêta sa marche; les Tartares , impatiens de combats , et surtout avides de pillage , regardaient la maladie der l'empereur comme mi prétexte inventé par la crainte. Ce prince , mourant dans sa tente , et obsédé par eux , fut contraint de s'offrir à leurs regards , et de réfuter l'insolente injustice de leurs reproches par le spectacle de son agonie. Après cet acte de faiblesse , il expira.

Michel Paléoloijue , élevé au premier grade par ses exploits , et au pouvoir suprême par ses crimes , fut toujours brave dans les camps , dissimulé à la cour , perfide dans ses alliances , implacable dans ses inimitiés. Ses vices ternirent ses grandes qualités ; la chute de la dynastie des Latins rendit sou nom célèbre , il releva le trône des Grecs , mais il ne put relever Tempire.

L'appauvrissement du trésor lui fit commettre une de ces fautes irréparables qui hâtent la ruine des Etals. Jusqu'à son règne , les nombreux habitans des contrées montueuses de l'Asie étaient exempts d'impôts. Pour prix de celte exemption , ils formaient une milice redoutable , toujours armée et chargée de la défense du pays. L'empereur leur retira leurs privilèges. Cette barrière inexpugnable , qui depuis si long-temps avait arrête la marche des Perses , des Sarrasins , des Turcs , des Tarlares , disparut , et bientôt le

DU BAS-EIWPIIŒ. gi

mont Olympe , pour ainsi dire aplani , laissa se répandre comme mi torrent dans Tcmpire ces flots d'Ottomans sous lesquels il ne tarda pas à s'écrouler.

La réunion opérée par lui avec Rome n'eut de durée que celle de sa vie. Dès qu'il fut mort on l'abjura , et la haine publique , excitée par la superstition, refusa, dit-on, à ses mânes non seulement les honneurs décernés aux monarques, mais ceux mêmes que la piété rend au plus humble des chrétiens.

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