‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 20 sur 77 · SECOND AGE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

SECOND AGE DE LA GRÈCE

An du monde 2820. — Avant Jésus-Christ 1184.

Nouveau gouvernement de la Grèce. — Première république. — Partage du Péioponèse entre les Héraclides. — Origine de Lycurgue. — Sa magnanimité. — Naissance deCharilaûs. — Voyages de Lycurgue. — Révolte à Sparte. — Mort de Charilaus. — Retour de Lycurgue.

Après avoir fait connaître les temps fabuleux et héroïques de la Grèce, temps qui ont été plutôt chantés qu'écrits , et sur lesquels la poésie nous a transmis plus de lumières que la philosophie et l'histoire , le fil des événemens semble tout à coup interrompu : la civilisation des Grecs s'avance dans le silence et dans l'obscurité ; nous n'avons que des relations incertaines sur tous les événemens

dont la Grèce fut le théâtre j tendant quatre cents ans.

Un petit nombre de noms célèbres, de faits marquans , échappés à l'oubli et transmis par les écrivains de l'antiquité, nous apprennent seulement que les Hcraclides, quatre-vingts ans après la guerre de Troie , chassèrent les Pélopides de la presqu'île , et forcèrent les Ioniens et les Achéens à s'exiler et à passer en Asie , où ils fondèrent de nombreuses colonies.

Nouveau Toutes les villes , tous les peuples de la Grèce

gouverne-

™™lc de la étaient gouvernés clans ce premier âge par des rois ', on voit qu'Agamemnon commanda ceux de son temps. Quatre siècles après l'esprit républicain se répandit par toute la Grèce ; le gouvernement monarchique ne se maintint que dans la Macédoine ; l'amour de la liberté devint la première des passions. La vengeance des rois avait causé la ruine de Troie; l'amour de l'indépendance fit sentir à chaque ville sa force , à chaque homme sa dignité ; on discuta les lois auxquelles on voulait se soumettre ; on consulta les sages de tous les pays. La lumière , dissipant les ténèbres , remplit la Grèce de législateurs , de philosophes , de poètes et d'orateurs.

Le désir de commander reste le même parmi les hommes , et ne fait que changer de forme , sui-

vanl les différentes espèces de gouvernement. Chez les Grecs sauvages il fallait être le plus fort pour dominer ; c'était le temps d'Hercule , de Thésée et de Philoctète , etc. Sous la domination des rois la bravoure qui les défendait, lu flatterie qui caressait leurs passions , étaient les seuls moyens d'arriver à la puissance : mais pour parvenir au gouvernement d'un peuple libre, pour primer parmi ses égaux , il faut avoir la science qui éclaire , l'éloquence qui persuade , le talent qui séduit et entraîne , ou l'héroïsme qui éblouit.

Aussi l'on vit bientôt cette petite contrée , que connaissaient à peine l'Afrique et l'Asie , peuplée de talens supérieurs, de génies transcendans, de guerriers célèbres , répandre le plus vif éclat dans le monde. Tous ses rois ligués avaient été dix ans devant les remparts d'une seule ville : ses peuples, devenus libres , furent promptement en état de résister à toutes les forces de l'Asie, de dominer louies les mers , et de porter leurs armes en Sicile , en A frique et jusqu'aux bornes de l'Inde. Il aurait été aussi curieux qu'important de suivre avec détail les causes de cette grande révolution qui changea la face de la Grèce , et les degrés par lesquels on parvint à l'opérer ; mais comme elle commença peu de temps après la prise de Troie , à cette époque obscure du passage de la

6o SECOND AGE

fable à l'histoire , les anciens ne nous ont transmis à cet égard que des notions vagues.

Ce qu'on sait positivement c'est que dans l'origine les Grecs, ainsi que l'observe Platon , s'étaient tous soumis au gouvernement monarchique, le plus ancien, le plus universellement répandu , le plus propre à entretenir la paix, et dont l'autorité paternelle avait donné l'idée et le modèle*

Peu à peu les passions des courtisans , la corruption des monarques, leurs injustices, la violence des usurpateurs qui s'emparaient de la puissance, firent dégénérer la monarchie en despotisme. Les premiers rois avaient un pouvoir borné , consultaient leur nation et ne gouvernaient que pour elle : l'habitude et l'ivresse du pouvoir leur persuadèrent que leur volonté devait tenir lieu de loi , et que leurs peuples ne devaient être que les inslrumens de leurs passions. On peut juger par les crimes dont le palais des Atrides fut le théâtre , des désordres qui régnèrent alors dans toutes les cours

Un peuple à demi civilisé, conservant la vigueur de la barbarie , ne pouvait supporter tranquillement une telle servitude : l'éloignement des rois grecs pendant dix années avait accoutumé les nations à leur absence; un désir violent de liberté s'établit partout, excepté dans la Macédoine. Les

DE LA GRÈCE. 6l

peuples se donnèrent un gouvernement républicain , mais varié , suivant leur génie et leur caractère.

Il resta cependant toujours quelques partisans du régime monarchique ; de temps en temps on vit des citoyens ambitieux se rendre momentanément maîtres de leur patrie ; quelques guerriers heureux , quelques hommes opulens , méprisant les lois et n'écoutant que leur ambition, s'élevèrent au pouvoir suprême par trahison ou par violence. N'ayant pour eux ni le droit de naissance, ni celui d'élection, ils vivaient dans les alarmes ; pour maintenir leur usurpation ils sacrifiaient à leur sûreté tous ceux dont ils redoutaient le mérite, le rang, l'opulence et le patriotisme. Cette conduite inhumaine, qui finissait presque toujours par les précipiter du trône, fit détester aux Grecs nonseulement l'autorité , mais le nom de tyran qui signifiait alors roi.

La haine attachée à cette odieuse dénomination s'est conservée jusqu'à nos jours. On peut encore, je crois, attribuer la révolution arrivée en Grèce à une autre cause : la monarchie convient aux grands Etats, et la république aux petits ; la Grèce était trop divisée pour conserver long-temps cette foule de princes, dont l'ambition, les dépenses, les caprices et les discordes opprimaient les villes.

Prcmiète rcjtubliqcie

Une population nombreuse , qui occupe un territoire étendu , sent la nécessité d'une grande force pour la contenir et la diriger. Elle peut d'ailleurs, sans se ruiner, pourvoir à l'éclat du monarque et de sa famille; enfin, dans de pareils pays, les intérêts sont trop épars , et toute réunion est trop difficile pour qu'on puisse fréquemment renverser l'autorité établie. Mais dans une cité où tous les citoyens se connaissent , où l'injure faite à l'un est promptement sentie par l'autre , où toutes les dépenses excessives du trône sont un fardeau insupportable pour les sujets ; au milieu d'une population resserrée , qui peut se réunir à toute heure et à tout instant , la tyrannie ne peut durer , et la liberté doit y être plus ardemment désirée , plus facilement établie , et plus courageusement surveillée et défendue.

On ne sait pas précisément quel fut le peuple qui le premier établit en Grèce la liberté sur les ruines de la monarchie. La première république dont l'histoire nous ait fait connaître les institutions est celle de Sparte. Athènes ne reçut les lois de Dracon et de Solon qu'environ deux siècles après la promulgation des ordonnances de Lycurgue à Lacédémone.

Nous n'examinerons avec détail que ces deux législations : elles ont été mieux connues que

toutes les autres, et d'ailleurs Athènes et Sparte ont dû à leurs lois un tel éclat et une telle puissance , qu'on peut regarder ces deux peuples comme les pivots sur lesquels ont tourné toutes les affaires de la Grèce qui ne fut forte que par leur union , et déchirée que par leurs querelles.

En écrivant ainsi l'histoire de Sparte et d'Athènes, on fait connaître celle de tous les Grecs , jusqu'au moment où la ville de Thèbes, ensuite les rois de Macédoine , et enfin la ligue des Achéens , rivalisèrent et remplacèrent leur influence.

Nous avons vu qu'après la prise de Troie la maison d'Argos s'était souillée par des forfaits. Agamemnon , revenant à Mycène , trouva son trône et son ht profanés : Egislhe, fils de Thyesle, avait séduit Clytemnestre, etgouvernait l'Argolide. Tous deux assassinèrent Agamemnon et régnèrent à sa place.

Bientôt Oreste , son fds , parut , le vengea et reprit son trône. La mort de Clytemnestre, sa mère , remplit son cœur de remords ; ce qui fit dire aux poètes qu'il était poursuivi par les furies. Ce roi malheureux et coupable avait aussi tué Pyrrhus , fils d'Achille , qui lui avait enlevé Hermione , fille d'Hélène.

Quelques auteurs prétendent qu'il mourut dans

Page 1