‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 19 sur 77 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

5o ROY AU ML

les discours artificieux d'Ulysse, roi d Ithaque, le plus rusé des Grecs; et surtout par l'ardeur et par l'exemple de Diomède, fils de Tydée, roi de Calvdon; d'Ajax, prince deSalamine; d'Achille fils de Pelée , prince de Thessalie , et d'une foule de jeunes guerriers, brûlant du désir d'effacer la gloire des héros de Thèbes et de Colchide. Guerre Tous ces princes confédérés rassemblèrent dans

de Troie.

le port d'Aulide une armée de cent mille hommes , Ils élurent Agamemnon pour leur chef, et douze cents vaisseaux les transportèrent sur les rivages de la Troade.

Le célèbre poète Homère , qui chanta cette longue guerre trois cents ans après la prise de Troie, représente à cette époque le ciel divisé comme la terre. Les dieux, selon la fable, prirent parti, les uns pour le roi d'Ilion, et les autres pour les prince grecs : Apollon, Minerve etVénus protégeaient Troie ; Mars et Junon avaient juré sa ruine; et Jupiter dans ses balances pesait leurs destinées. Les combats de la terre se répétaient dans le ciel; et les divinités de l'Olympe, descendant au milieu des camps, s'exposaient au glaive des mortels , tant était vive et brillante l'imagination de ces peuples , dont l'esprit semblait n'avoir plus à faire de progrès, lorsque leur raison et leur civilisation étaient encore dans l'enfance.

DE TRQIL. 5t

Troie était défendue par des remparts et des tours; une armée nombreuse la couvrait. Le fameux Hector, fils de Priam , le pieux Enée , Déiphobe, Paris, et un grand nombre de princes d'Asie , alliés du roi de Pergame , résistèrent aux premiers efforts des Grecs qui furent obligés de se retrancher dans leur camp et d'y renfermer la plus grande partie de leurs galères. Ces bâtimens n'étaient point pontés ; les plus forts ne pouvaient porter que cent cinquante hommes , et, pour ne point les exposer aux tempêtes, on les retirait sur le rivage.

Tout annonçait une longue guerre ; les forces étaient à peu près égales des deux côtés; les hautes murailles bravaient facilement les efforts d'une armée qui ne connaissait point les machines de guerre.

La plaine qui séparait la ville de Troie du camp des Grecs devint le théâtre d'une multitude de combats qui ne décidaient rien : les troupes s'approchaient sans ordre ; on se lançait d'abord des flèches et des javelots ; on se mêlait ensuite pour se battre corps à corps. Tantôt les princes montaient sur des chars, tantôt ils combattaient à pied; ils s'accablaient réciproquement d'invectives.

Lorsqu'un chef tombait , la mêlée devenait fu-

5a ROYAUME.

rieuse autour de lui ; les vainqueurs cherchaient à le dépouiller de ses armes; les vaincus voulaient défendre son corps : la nuit séparait les corabattans , et la prochaine aurore éclairait de nouveaux combats. On ne savait ni préparer la victoire, ni en profiter par des manœuvres : les batailles ne produisaient aucun fruit; les défaites ne coûtaient que du sang , et le triomphe ne donnait que de la gloire.

Après de longs et infructueux combats , interrompus par des trêves qu'on s'accordait pour brûler les morts , et pour honorer leur mémoire par des jeux funèbres, les subsistances commencèrent à manquer dans le camp des Grecs. Une partie de la flotte fut chargée de ravager les îles et les côtes voisines.

Divers détachemens se répandirent en Asie pour enlever les récoltes et les troupeaux , et pour obliger les alliés de Priam à revenir défendre leurs foyers.

Achille, fameux par cette guerre, portait de tous côtés le fer et la flamme , et revenait au camp avec un butin immense et une foule d'esclaves, objet de l'avidité et des querelles des princes confédérés.

Bientôt la guerre recommença avec plus de vigueur. Ulysse et Ménélas avaient demandé à

Priam de rendre Hélène et de conclure la paix. Le conseil des Troyens voidait qu'on acquiesçât à leur demande ; mais le roi , touché des pleurs d'Hélène et de Paris, et n'écoutant que son antique haine contre les Pélopides, rompit toutes négociations , et causa par cette opiniâtreté sa ruine et celle de sa patrie.

L'artificieux Ulysse , jaloux de Palamède, prince m»** de de l'île d'Eubée, qui avait conseillé la paix, et dont y**}'****™

1 l J dl lysse

on admirait à la fois la science et la valeur , fit

cacher dans sa tente une forte somme d'argent, et

parvint à faire croire que Priam l'avait envovée

pour acheter une trahison. Les Grecs, irrités,

ordonnèrent la mort de Palamède.

Achille , qui l'aimait , et qui n'avait pu le Retraite ; f: ■ «rAchiiic.

sauver, rompit avec ses cruels alliés , ne voulut

plus combattre pour eux , et cette inaction drun héros diminua la force des Grecs et augmenta celle des Troyens.

Hector et ses frères, plusieurs princes alliés, tels que Sarpédon, Rhésus, Memnon, faisaient un grand carnage des Grecs. Enfin Hector, forçant leurs retranchemens, mit le feu à la flotte. La victoire semblait se déclarer pour Troie ; mais alors Patrocle , ami d'Achille , ne pouvant supporter le triomphe de ses ennemis, fit avancer les Thessaliens , rétablit le combat et mit en fuite

les Troyens. Plusieurs guerriers vaillans périrent Non dans cette bataille. Patrocle , revêtu des armes

de Patrocle. ,,...,, 0 ,, / • 1 • a

d Achille, tua Sarpedon, et périt lui-même sous

les coups d'Hector.

Retcr Cet événement changea le destin des deux

armées. Achille alors , furieux de la mort de son

ami, oublia son ressentiment contre les Grecs. Mon Après avoir immolé douze prisonniers aux mânes

d'Hector. 1T-» l'i r • • «î* îm

de Patrocle , il se précipita au milieu des I royens pour chercher Hector, le combattit, le tua, et traîna son corps, attaché à un char, autour de la ville de Troie.

Mort Peu de temps après une flèche partie de la

de Paris, main de Paris termina les jours d'Achille. Paris lui-même, le flambeau de cette guerre, fut tué par Philoctète qui avait hérité des flèches d'Hercule.

Les deux armées avaient ainsi perdu leurs plus illustres guerriers. Les Troyens maudissaient Hélène ; les Grecs soupiraient après leur patrie ; et cependant le désir de la vengeance s'opposait à tous les vœux formés pour la paix.

. , Après dix ans de batailles infructueuses Troie

Prise de *

J;™,eanaspr£ succomba : sa chute, qui remplit la Grèce d'orgueil et l'Asie d'effroi, retentit encore dans l'Europe , et sert aujourd'hui même de principale; époque à l'histoire.

Les poètes disent que les Grecs, usant d'ar- chcvai lilice , se cachèrent dans les lianes d'un immense cheval de bois qui devait être consacré à Minerve, et qu'entrés de nuit dans la ville, ils exterminèrent les Troyens, surpris par cette attaque imprévue.

11 est probable qu'on a voulu nous apprendre par cette allégorie la première invention d'une machine de guerre dont l'extrémité , représentant la forme d'un cheval, renversa les murs de Troie.

Quoi qu'il en soit, les murs, les maisons^ les palais , les temples de cette ville .célèbre furent réduits en cendres. Priam périt au pied des autels après avoir vu égorger ses fils sous ses yeux. Hécube sa femme , Cassandre sa fille , Andromaque , veuve d'Hector , toutes les princesses et toutes les Troyennes , chargées de] fers , suivirent leurs vainqueurs , et terminèrent leur vie dans l'esclavage.

Tel fut le dénoûment de cette guerre cruelle. Les rois grecs satisfirent leur vengeance; mais cette jouissance fatale fut le terme de leur prospérité et le commencement des malheurs qui les attendaient dans leur patrie.

Peu même d'entre eux revirent leurs foyers. Ménesthée , roi d'Athènes , mourut dans l'île de Mélos ; Ulysse erra dix ans avant'de revoir Itha-

56 ROYAUjHE DE TROIE.

que; Ajax , roi des Locriens , périt avec sa flotte ; Idoménée , Philoctèlc , Teucer , Diomède trouvèrent leur trône usurpé , leur lit souillé , leurs sujets soulevés , et cherchèrent un asile dans d'autres contrées. Le roi d'Argos fut assassiné par sa femme et vengé par son fils. Ménélas seul jouit du triste fruit de cette expédition : il ramena la coupable Hélène à Sparte ; et l'on peut douter si ce ne fut pas plutôt une preuve du courroux des dieux qu'une, marque de leur faveur.

Fuite Enée , suivi de quelques Troyens , parcourut les côtes de Grèce , de Sicile , d'Afrique ; et , abordant enfin en Italie , il y fonda une colonie qui, dans la suite des temps, donna naissance au peuple romain. Ainsi Rome, qui devait gouverner le monde , sortit des cendres de Troie. Nous devons aussi à la ruine de cette ville fameuse les trois plus beaux poèmes que l'esprit humain ait produits ; l'Iliade , l'Odyssée d'Homère et l'Enéide de Virgile.

Fin au Ainsi se termina le premier âge de la Grèce

premier âge ...

de la Grèce. J an 1 1 84 , suivant la chronologie ordinaire , et l'an 1 209 selon les marbres d'Arundel , trouvés à Paros.

Nous avons suivi la version la plus généralement répandue relativement au sort de Troie ; cependant, si l'on croit quelques passages d'Homère et

SECOND AGE DE LA GRÈCE. 5j

de Strabon , confirmés par le témoignage de Xénophon , cette ville ne fut pas entièrement détruite. Énée y régna , ainsi que sa postérité. Scamandre , fils d'Hector , et Ascagne , fils d'Enée , occupèrent le trône. Les Troyens réparèrent les ruines de leur capitale , reprirent leur ancienne splendeur , et ne perdirent leur nom que dans le temps où les Eoliens , chassés de la Grèce par les HéracKdes, vinrent en Asie.

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