‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 41 sur 77 · SECONDE GUERRE CONTRE LES PERSES · texte numérisé non relu

SECONDE GUERRE CONTRE LES PERSES

Ce philosophe disait qu'il ne fallait faire la guerre qu'à cinq choses : aux maladies du corps, à l'ignorance de l'esprit, aux passions du < ceur, aux séditions des villes , à la discorde des familles.

11 présentait sa morale sous le voile des allégories : par exemple , pour conseiller une activité continuelle, il disait: a Ne tuez jamais le coq; » pour préserver des vœux et des sermens téméraires : a Ne portez pas au doigt la bague qui vous » gêne; )> pour détourner d'irriter un homme déjà en colère : « N'attisez pas le feu avec votre » épée. ))

On croit qu'il mourut tranquillement à Métaponte, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il fut honoré après sa mort comme un dieu. Ses disciples avaient tant de foi à ses paroles qu'ils se contentaient de répondre à leurs adversaires : a Le maître l'a dit. »

Les Grecs firent sur lui, comme sur tous leurs grands hommes , beaucoup de fables : on raconte qu'il parut avec une cuisse d'or aux jeux olympiques, qu'il possédait des secrets magiques et. prédisait l'avenir; qu'il arrêta le vol d'un aigle , et qu'on le vit le même jour et à la même heure à Crotone et à Métaponte.

CUERRE DU PÊLQPOXÈSE. 23o,

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Armement de la Grèce pour la liberté. — Forces militaires de la Grèce. — Commencement des hostilités. — Expédition de Périclès. F.chpse de soleil. — Honneurs funèbres après ra- première campagne. — Peste dans l'Attique. — Description de cette peste. — Courage d'Hippocvate. — Disgrâce de Périclès. - — Mort de son fils Xantippe. — Rappel de Périclès. — Sa mort.

— Gouvernement île Cléon et de IVicias. — Renouvellement de la guerre — Siège et reddition de Mit} lènc et de Platée. — Guerre civile à Corcvre. — Expédition de Démosthène. — Proposition de paix rejetée à Athènes. — Défaite des Spartiates.

— Expédition de Nicias. — Révolte à Mégare. — Bannissement de Thucydide. — Défaite et mort de Cléon. — Gouvernement «le Nicias. — Trêve de cinquante ans , troublée par Alcibiadc.

Riche de talens, de sciences, d'arts et de grands Armement hommes, la Grèce aurait pu jouir en paix de sa pour ia h-

splendeur, et devenir par son urbanité le centre du monde civilisé. L'empire des lumières est le plus doux à conquérir , et le plus facile à conserver : mais l'ambition des armes et du pouvoir égara tous les esprits; plus dangereuse que les Perses , elle brisa le faisceau qui avait résisté à l'Asie , et prépara la ruine des peuples qui se livrèrent à ses illusions. Jamais une guerre n'éclata dans un mo-

bcrlé.

24o GUERRE

ment qui dût faire prévoir pins de passions et de désastres. L'amour de la liberté avait armé toute la Grèce ; la nécessité d'opposer l'héroïsme au nombre, et de vaincre ou de périr sous la masse des Perses, avait électrisé toutes les âmes.

Après la victoire , la jalousie des villes les unes contre les autres alimenta le feu qu'une longue paix aurait pu éteindre. L'esprit guerrier se soutint et changea seulement de direction. On n'avait plus à combattre pour l'indépendance; on courait aux armes pour se disputer la prééminence , et les plus petites cités , ne pouvant prétendre , comme Athènes et Sparte , à dominer la Grèce , se groupaient autour de ces deux villes et leur prêtaient des armes pour déchirer la commune patrie.

Thèbes seule souffrait impatiemment cette suprématie , et leur disputa bientôt le premier rang. Nous avons présenté plus haut le tableau des forces Forces mi- d'Athènes. Sparte pouvait armer huit mille ci-

Ittairesdela „ . . .

Grèce. toyens , dont chacun se faisait suivre par plusieurs Dotes armés. On faisait combattre les esclaves dans une extrême nécessité.

Dans toute la Grèce , les citoyens étaient conscrits et obligés de servir depuis l'âge de trente ans jusqu'à celui de soixante.

L'infanterie pesante portait de grands boucliers,

DU PÉLOPOJVESE. 24l

des lances, des javelots et des sabres. L'infanterie légère combattait avec l'arc et la fronde : ces troupes étaient divisées en corps de cinq cents hommes, et cbacun de ces corps en cjuatre compagnies. On voyait dans ces armées peu de cavalerie; les plus riches citoyens la composaient.

La marine consistait en vaisseaux de charge allant à la voile , et en vaisseaux de guerre ou galères allant à la rame. Ces galères étaient appelées birêmes, trirèmes , quinquërêmes , suivant le nombre des rangs de rames. Les rameurs étaient disposés obliquement par rang et par étage. On appelait éperon une poutre armée d'une pointe de fer, et placée à la proue du vaisseau pour enfoncer les vaisseaux ennemis.

Les matelots , rameurs et soldats recevaient une paie de cinq sous par jour ; on en donnait une plus forte au pilote. Les plus riches citoyens armaient ces vaisseaux.

Démosthène fit ordonner que tout citoyen possédant dix talens équiperait une galère. Celui qui la commandait s'appelait Triérarque.

La jeunesse se préparait aux travaux de la guerre , dans les gymnases , par des exercices qui donnaient à la fois de la force et de la grâce au corps. La musique était fort honorée : on l'employait, pendant la guerre, à exciter les courages; tome 2. ib*

a4'2 GUERRE

elle servait, pendant la paix, à calmer les passions, à rendre les têtes pltis augustes, les festins pins joyeux, les mœurs pins douces. Le théâtre la corrompit en s'en servant presque exclusivement pour peindre et pour inspirer l'amour et la volupté.

Jaloux de tout genre de gloire, les jeunes gens étudiaient les arts , récitaient des vers , s'appliquaient à l'étude de la philosophie , et cultivaient surtout l'éloquence qui, dans ces anciens temps , pouvait ouvrir la porte des plus grands emplois, et placer à la tête du gouvernement ceux qui en étaient doués.

Toutes les écoles étaient tenues par différens maîtres, qu'on appela sophistes , nom qu'ils devaient justifier par une grande sagesse ; mais la présomption , la subtilité , les paradoxes et la cupidité de la plupart d'entre eux, justement tournés en ridicule par Socrate, firent depuis regarder le nom de sophiste comme une injure.

Commen- Les hostilités ne tardèrent pas à suivre la rup-

cement des

hostilités, ture entre Athènes et Sparte. Les Lacédémoniens avaient pour eux toutes les villes du Péloponèse , excepté Argos , et, hors de la presqu'île, les Mégariens, les Locriens et les Béotiens.

Athènes avait pour elle Chio, Lesbos, Platée . l'Ionie, les peuples de l'Hellespont , les villes de, la Thrace.

Une armée béotienne attaqua la ville de Platée : les troupes athéniennes marchèrent à son secours. Archidamus , roi de Sparte , vint à Corinthe , où il rassembla une armée , que les secours de ses alliés portèrent au nombre de soixante mille hommes. Il envoya encore un député à Athènes pour engager la république à renoncer à ses prétentions : il fut congédié sans être entendu.

Les Spartiates et leurs alliés entrèrent dans Expédition l'Attique. Les Athéniens n'avaient que dix-huit mille hommes à leur opposer; mais trois cents galères faisaient à la fois leur force et leur espérance.

On suivit le plan de Périclès, et, sans opposer dans la plaine une résistance inutile , tous les habitans de la campagne se réfugièrent dans la ville.

Les Spartiates firent le siège d'une forteresse nommée JEnoé : mais la résistance des assiégés trompa leurs efforts ; ils renoncèrent à cette entreprise , ravagèrent l'Attique sans obstacle , et vinrent camper à une demi-lieue d'Athènes. De là ils provoquèrent les Athéniens par des railleries insultantes , se moquant de la timidité qui les retenait derrière leurs murailles.

Périclès eut besoin de tout son talent pour apaiser les murmures, et contenir l'indignation du peuple. Bravant les outrages de l'ennemi, il pour-

suivit tranquillement son plan, mena sa Hotte sur les côtes de la Laconie , y fit une descente , ravagea le territoire de Sparte; et, comme il l'avait prédit, il obligea par ce moyen les Lacédémoniens à se retirer de l'Attique.

éclipse Pendant qu'il dirigeait cette expédition il sur-

âc soleil.

vint une éclipse de soled qui effraya les matelots. Le pilote de Périclès, consterné, quittait le gouvernail : celui-ci, pour dissiper son effroi et lui expliquer ce phénomène, lui jeta son manteau sur les yeux en lui disant que la lune s'interposait ainsi entre nous et le soleil , ce qui nous privait momentanément de sa lumière.

Les Athéniens, délivrés de leurs ennemis, ordonnèrent par un décret qu'on mettrait toujours en réserve cent talens et cent vaisseaux, et défendirent, sous peine de mort, de s'en servir hors le cas d'une nouvelle invasion.

Ces premiers succès leur donnèrent des alliés : ils conclurent un traité avec les rois de Thrace et de Macédoine , s'emparèrent de Céphalonie , du port de Nysée , et ravagèrent le territoire de Mégare.

Tels furent les événemens de la première cam-

Himncurs

«"rctiTi re Pabne. On rendit de grands honneurs aux guerriers

suei qui avaient péri : leurs os, rassemblés sous une

tente, furent couverts de Heurs; on les porta en-

DU PÉLOPONESE. 245

suite au monument élevé dans le Céramique et destiné à les conserver. Périclès, pour immortaliser la mémoire de ces généreux citoyens, prononça une oraison funèbre que Thucydide nous a transmise.

L'année suivante l'A ttique se vit une seconde fois Posle dans ravagée : Périclès conduisit de nouveau quatre mille tUluehommes d'infanterie et trois cents chevaux dans le Péloponèse, qu'il dévasta, et l'A ttique fut encore évacuée. On proposa la paix aux Lacédémoniens qui la refusèrent. Pendant cette campagne la peste se joignit à tous les malheurs de la guerre : jamais ce fléau terrible n'étendit si loin ses ravages ; sorti de l'Ethiopie , après avoir parcouru l'Afrique et l'Asie , il vint dépeupler la Grèce.

Thucydide nous en a laissé une horrible des- n«cnp-

J tion de cette

cription : ce mal attaquait successivement tous les Pesle organes; ses symptômes inspiraient l'effroi ; ses rapides progrès étaient presque toujours suivis de la mort. Dès la première atleinte l'âme était accablée ; le corps semblait redoubler de forces pour sentir plus vivement la douleur. Les malades , tourmentés par de violentes convulsions que ne calmait aucun repos , faisaient retentir l'air de leurs cris. Les ulcères de leurs corps , la couleur sanglante de leurs yeux frappaient d'horreur. Un feu cruel déchirait leurs entrailles ; une odeur le-

tide s'exhalait de leur bouche, et éloignait les secours quelle invoquait; ils se traînaient en gémissant dans les rues , et se précipitaient dans les puits et dans les rivières pour éteindre la soif qui les dévorait.

D abord l'amour et l'amitié se dévouèrent pour arracher des victimes à ce fléau ; mais une prompte mort qui suivait ces sacrifices les rendit bientôt trop rares : la terreur l'emporta sur tout autre sentiment ; les plus doux et les plus forts liens de la nature furent rompus ; la mort fit un désert autour d'elle, et la plupart des mourans expirèrent au sein de leur patrie, dans la plus affreuse solitude.

Non-*seulement la peur éteignit la pitié, mais elle eut encore des suites plus funestes ; elle corrompit les cœurs; on ne crut plus à la justice des dieux qui frappaient également le vice et la vertu; et les hommes, voyant que leur nature était si fragile, et leur vie si courte, en conclurent qu'ils devaient se hâter de jouir et de livrer sans contrainte à toutes leurs passions les courts momens de leur existence.

Le célèbre Hippocrate , dont tous les médecins ci"1™'0- modernes suivent encore les leçons et qu'aucun n'a encore surpassé, existait alors à Cos : le roi de Perse invoqua ses secours et lui offrit ses trésors. Hippocrate répondit qu'il devait ses services à ses concitoyens plutôt qu'à leurs ennemis : il partit

Courage

pour Athènes , où sa présence fut regardée comme l'apparition d'un dieu.

Luttant sans relâche contre l'horrible fléau, il exposait sans crainte sa vie pour lui arracher quelques victimes , et il ne quitta l'A llique qu'après la cessation de la peste. Le peuple Athénien lui décerna le droit de citoyen , une couronne d'or de cinq mille livres , et on ordonna qu'il serait entretenu aux dépens du Prytanée.

Cependant , l'Attique ravagée , les pertes eau- Disgrâce sées par la guerre , la dépopulation effrayante qu'augmentait sans cesse la contagion , avaient dissipé les illusions des citoyens les plus ambitieux : le peuple regrettait les douceurs de la paix, et accusait Périclès de l'avoir rompue. Il fut mis en jugement, condamné à une amende et privé de ses emplois.

Tout se réunissait alors pour l'accabler : son fils Mort

de son fils

Xantippe , qu'il chérissait malgré ses vices et son xantirPe. ingratitude , fut enlevé par la peste ; la plupart de ses amis périrent victimes de ce fléau , et l'injustice de ses concitoyens ne laissait aucune consolation à son cœur. Mais bientôt les Athéniens, atta- R qués de nouveau par leurs ennemis , sentirent vivement combien les lumières de Périclès leur étaient nécessaires ; ce peuple inconstant le rappela avec enthousiasme, comme il l'avait chassé avec légèreté.

appel rie Pe'ricle'.

Sa mort.

La prise de Potidée couronna encore celte année les armes d'Athènes. A l'ouverture de la troisième campagne les Lacédémoniens attaquèrent la ville de Platée , qui se signala par une défense digne de sa réputation : on put reconnaître pendant ce siège les progrès des Grecs dans l'art militaire ; les assiégeans et les assiégés déployèrent pour 1 attaque et pour la défense une grande industrie ? et employèrent un grand nombre de machines.

Les habitans de Chalcis , attaqués par les Athéniens , les battirent et les poursuivirent jusqu'aux portes d'A thènes.

Sparte et ses alliés , voulant garantir le Péloponèse des ravages auxquels la marine athénienne l'exposait annuellement , venaient de créer une armée navale forte de quarante-six vaisseaux. La flotte des Athéniens , commandée par Phormion , mit en déroute celle du Péloponèse , et lui prit douze navires.

Cette victoire fut le dernier triomphe qui signala l'administration de Périclès : ce grand homme mourut ? selon Plutarqne , de la peste , et , selon d'autres , de la consomption. La fin de sa vie avait été troublée par de grands chagrins : la contagion, qui s'était renouvelée, avait enlevé toute sa famille «-I une grande partie de ses amis ; victime de lingratitude d'un peuple auquel il avait consacré ses

DU PÉLOPOIS'ÈSE. 2-tg

jours , il s'était vu dégradé par lui et condamné à une amende. Le repentir tardif de cette nation légère l'avait rappelé ; mais s'il pardonna à ses concitoyens leur injustice, il ne put reprendre avec le commandement son ancienne confiance et ses premières illusions. Aux portes de la mort et respirant à peine, il entendait les magistrats d'Athènes, près de son lit , exhaler leur douleur , rappeler les actes de son administration , et compter ses nombreux trophées : a Mes victoires, dit-il en fai- » sant un dernier effort, sont l'ouvrage de ma for- » tune et la gloire de mes compagnons d'armes : » le mérite dont je m'honore le plus est celui de » n'avoir fait prendre le deuil à aucun citoven. » Tant il est vrai cpi'à l'heure dernière le prestige des actions éclatantes disparaît : le cœur ne conserve que le souvenir des bienfaits, et la vertu reste seule pour consoler la gloire.

Périclès avait gouverné quarante ans le plus inconstant des peuples ; Athènes fut florissante tant qu'il dirigea ses conseils. On peut le regarder comme un des plus célèbres orateurs, puisque Cicéron, qui leur sert de modèle, dit qu'il donna le goût de la parfaite éloquence. Sa politique sage était plus adroite qu'audacieuse : économe dans son intérieur, fastueux pour l'Etat, il n'employa les richesses qu'il avait conquises qu'à laccrois-

sèment des forces de la république et à l'embellissement d'Athènes. 11 la remplit de monumens magnifiques, et elle devint par ses soins l'ornement et la merveille du monde.

La renommée des grands hommes s'augmente

par la médiocrité de leurs successeurs : l'envie se

tait alors , et laisse sentir plus vivement leur perte.

Gouvcr- Après la mort de Périclès deux citoyens se dis-

nement de

a.éon et Je putèrentl'autorité , et prirent tour à tour les rênes du gouvernement.

L'un était Cléon, homme vain, téméraire et agréable au peuple , parce qu'il parlait à ses passions et les partageait. 11 exaltait toujours la puissance d'Athènes et méprisait celle de Lacédémone. La liberté, la justice étaient toujours sur ses lèvres ; l'injustice et la cupidité dans son cœur.

L'aristocratie lui opposait Nicias qui avait commandé les armées avec quelque succès. Ses libérables captivaient pour un temps la multitude ; mais sa raison et ses talens étaient éclipsés par la timidité de son caractère. Le peuple veut être fortement ému, et le froid langage de Nicias pouvait rarement le retenir et le détourner des entreprises téméraires où Cléon l'entraînait par la violence de ses déclamations.

Les sages conseils de Périclès furent oubliés :

cnonvclleracnt

DU PÉLOPOVÈSE. 25 1

si on les avait suivis, le Péloponèse, toujours attaqué par la flotte athénienne , se serait vu forcé de reconnaître la supériorité d'Athènes. Mais, ne se bornant plus à une défense légitime , la république révolta ses voisins par son ambition , sacrifia sa sûreté à des projets de conquêtes, et prépara sa ruine en voulant porter trop loin ses armes et sa domination ; car , en fait de puissance , tout ce qui se divise et s'étend trop s'affaiblit.

L'A ttique se vit ravagée une troisième fois : r

v.clle

Lesbos se révolta; une victoire des Athéniens,lc6u«re sur la flotte de Mitylène amena une suspension d'armes. On envoya de part et d'autre des députés aux jeux olympiques : les ambassadeurs athéniens n'y montrèrent que leur injustice , opposant sans pudeur l'intérêt à la raison, et le droit de la force au droit des gens.

Lesbos entra dans l'alliance de Sparte. Un grand armement des Athéniens répandit l'effroi dans le Péloponèse. Mitvlène fut assiégée : les se- s;ége «*

reddition «le

cours n'arrivèrent point à temps ; elle se rendit, ^y'^ el On prit mille des principaux citoyens de cette ville malheureuse, et le peuple athénien , abusant de sa victoire, les mit à mort ; un décret barbare ordonna même le massacre du reste des habitans : on le révoqua au moment de l'exécution ; mais le territoire de Lesbos fut partagé entre les citoyens d'Athènes.

Les Lacédémoniens ne montrèrent pas plus de générosité pour leurs ennemis : ils assiégeaient depuis long-temps Platée; cette place, dénuée de vivres , ne pouvait plus prolonger sa défense; une partie de ses liabitans chercha son salut dans la fuite; le reste se rendit aux Spartiates qui les firent égorger, emmenèrent leurs femmes en captivité, et détruisirent de fond en comble une ville dont le nom sacré rappelait la défaite des Perses et la gloire de la Grèce.

r,nerre ci- Corcyre fut dans ce temps le théâtre de pareilles eyns. horreurs. Les magistrats et les plus riches citoyens de cette ville avaient pris le parti de Corinthe : le peuple , voyant arriver soixante vaisseaux athé- • niens, massacra tous les partisans de 1 aristocratie ;

pendant un jour entier on se ba ttit, on se tua dans toutes les maisons , et le sang coula jusqu'au pied des autels.

La cinquième et la sixième années de la guerre

furent marquées par plusieurs incursions des

Spartiates dans l'Attique , et des Athéniens dans le

Expédi- Péloponèse. Athènes envoya Démosthène avec

tiondeDé-

mosthtne. trente vaisseaux en Elolie : il y fut d abord battu ; mais , revenant avec de nouvelles forces, il s'empara de Pyle en Messénie.

Les Lacédémoniens l'y attaquèrent par terre et par mer. Un corps considérable, composé de l'élite

des citoyens de Sparte , descendit imprudemment dans la petite île de Sphacterie. Il y fut bloqué par les forces athéniennes. Les Lacédémoniens , sans Proposi"

tion de pais

vivres et sans espoir de secours , se virent con- «jetée à

1 m Athènes.

traints , pour sauver l'élite de Sparte , d'envoyer demander la paix à Athènes : c'était le moment le plus glorieux pour cette république; elle pouvait consolider sa puissance , et terminer les maux de la Grèce. Nicias voulait qu'on signât la paix : l'impétuosité de Cléon entraîna le peuple , et la fit refuser.

Lacédémone aU désespoir arma toute sa population et même les esclaves pour secourir les assiégés. Cléon se joignit à Démosthène , et entra dans Sphacterie. Les Spartiates se défendirent avec un Défaite des'

Spartiates.

courage digne de leur nom : mais on est toujours trahi par ceux qu'on opprime. Les Messéniens, leurs tributaires, les prirent à dos, et ils furent enfin obligés d'abaisser leurs boucliers et de se rendre.

Les Athéniens dressèrent un trophée , et le souillèrent en massacrant cent vingt-huit des braves guerriers qu'ils avaient vaincus. Les autres furent conduits à Athènes , et gardés en otages.

Ce fut dans ce temps qu'Artaxerce mourut. Xerxès II lui succéda, et fut bientôt tué par Sogdien. Celui-ci se rendit par ses vices l'objet

254 (ilKRRE

de la haine de ses sujets ; on l'égorgea. Ochus , son frère, monia sur le trône, et prit le nom de Darius Nothus. Sous son règne la Perse perdit son éclat et son repos : les eunuques gouvernèrent ; les troubles éclatèrent de toutes parts; l'Egypte se révolta, et les Perses en furent chassés.

Depuis huit ans la Grèce, déchirée par la

guerre intestine , était loin encore d'en prévoir la

« , ,. . fin. Nicias , à la tête des forces athéniennes , s'em-

r,xpéditaon * *

deNioafl. para je Cythère, de Thyrée, et mit à mort les Éginètes qui s'y étaient réfugiés. On peut dater de cette époque le commencement de la guerre de Sicile.

Les habitans de Léonlium avaient envoyé demander des secours à Athènes contre Syracuse : on leur envoya vingt vaisseaux. Mais les Grecs de Sicile , craignant que des alliés si puissans ne devinssent leurs maîtres, prévinrent ce danger en faisant la paix. Révolte ^ s'était élevé dans Mégare un parti en faveur

aMégarc ^es ^t]1(iniens : le peuple soulevé voulait leur ouvrir ses portes. Brasidas,l un des meilleurs généraux de Sparte , accéléra sa marche , et arriva dans Mégare assez promptement pour réprimer cette sédition et en prévenir les suites funestes. Il prit ensuite plusieurs villes de Thrace, et s'empara d'Amphipolis.

Thucydide , envoyé par Athènes pour la sauver, Banniwe-

J ment de

arriva trop tard. Cléon lui en fil un crime, et ob- **«!**•■ tint son bannissement.

Les Athéniens éprouvèrent encore un autre échec. Leurs généraux Démosthène et Hippocrate se laissèrent battre près de Délie par les Thébains qui se rendirent maîtres de cette place.

Les trois années suivantes furent marquées par des pertes réciproques et des avantages balancés. Celte égalité de position porta les deux r épubliques à conclure une trêve d'un an. La paix aurait pu la suivre , mais l'orgueil des deux peuples , les prétentions des alliés , et surtout l'ambition de Brasidas et de Cléon, firent recommencer la guerre. Cléon Défaite

i / i i i • et mort de

marcha avec une armée pour reprendre Amphi- ciéon. polis. Brasidas , qui connaissait son impétuosité , tendit un piège à son imprudence, l'attira dans une embuscade, le surprit, tomba sur son aile gauche, le mit en déroute , et lui tua six cents hommes. Cléon, obligé de prendre la fuite, fut atteint et tué par l'ennemi.

La victoire des Spartiates leur coûta peu d'hommes ; mais ils firent une grande perte ; Brasidas périt dans le combat. Sa mémoire fut honorée par des regrets universels ; on le vantait comme un héros devant sa mère : a Oui , dit celle femme » plus citoyenne que mère, mon fils avait du

256 GUliRRE DU PKLOPONESE.

y> courage ; niais Sparte a beaucoup de citoyens )) aussi braves que lui. »

Les Spartiates donnèrent dans ce temps un afl'reux exemple de la dureté de leurs mœurs. La population des Ilotes augmentait et leur donnait de l'ombrage : ils firent appeler à Sparte les plus braves d'entre eux, sous prétexte de les met-

Gonveme- tre en liberté, et les égorgèrent sans pitié.

cias. La mort de Cléon avait placé Nicias à la tête de

l'administration : sestalens pour la guerre ne 1 empêchaient pas d'aimer la paix. Les conjonctures étaient favorables à ses vues; Lacédémone voulait rendre la liberté à ses principaux citoyens pris à Trèvc de Spliactérie. La vanité des Athéniens était abattue

WéeparAi-par la victoire de Brasidas. Dans ces dispositions on négocia , et JNicias parvint a conclure un traite de paix et d'alliance pour cinquante ans : mais ce calme ne fut que passager ; et l'ambition du jeune Alcibiade , troublant bientôt la tranquillité publique , devint la cause d'une nouvelle guerre et de la ruine de sa patrie.

SUITE DE LA GUERRE DU PÉLOPONNÈSE. 25j

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