ÉVÉNEMENS D ATHÈNES
phipolis , à Delium , si j'ai servi ma patrie. Interrogez les chefs du sénat ; ils vous diront si je ne me suis pas opposé fermement à la mort des dix capitaines , vainqueurs aux Arginuses , et victimes de vos injustes rigueurs. 11 est vrai que mon esprit familier m'a depuis long-temps empêché de me mêler des affaires publiques : si je ne lui avais pas obéi je serais mort depuis long-temps, car j'ai trop appris qu'un homme seul ne s'oppose pas impunément aux injustices d'un peuple entier. On m'accuse d'impiété : examinez ma vie , mes actions et mes discours , et vous serez convaincus que je crois plus à la Divinité que mes accusateurs. On blâmera peut-être aussi mon orgueil en voyant que je ne me conforme pas à l'usage , et que je n'adresse pas de supplications à mes juges : mais si je m'en abstiens, ce n'est point par fierté, c'est par principe; je pense que la justice doit obéir » non à la prière , mais aux lois.
» D'ailleurs je ne regarde pas la mort comme » un mal , et à mon âge je ne veux point, pour y> l'éviter , démentir les leçons que j'ai données » pour apprendre à la mépriser. »
Cicéron , en admirant ce noble plaidoyer, dit que Socrate se montra au tribunal non comme un accusé, mais comme le juge de ses juges.
La haine l'emporta sur la justice; le sage fut Shcon-
damnation.
condamné : l'arrêt ne statuait pas la peine qu'il devait subir, et, suivant l'usage dans ce cas, l'accusé pouvait choisir lui-même , et se condamner à la prison ou à l'amende.
Socrate ne voulut pas obéir à cet arrêt : « Je ne )> puis, dit-il, me reconnaître coupable ; et puis- » qu'on veut que je prononce sur le sort que je » mérite , je déclare qu'ayant consacré ma vie à » la patrie et à la vertu, je me condamne à être » nourri le reste de mes jours aux dépens de la » république. »
Les juges , irrités de cette fierté , ordonnèrent qu'il boirait la ciguë.
Socrate , après avoir entendu sa sentence , dit aux juges : « La nature avant vous m'avait con- )) damné à la mort; mais la vérité condamne , vous » et mes accusateurs, à des remords éternels. »
Il demeura trente jours en prison avant de subir sa sentence : son courage ne parut pas un instant ébranlé , ni son humeur altérée : ses amis l'entouraient ; il montrait toujours en causant avec eux le même enjouement et la même douceur.
Criton, étant parvenu à gagner le geôlier, voulut l'engager à s'échapper de sa prison : mais Socrate soutint que l'iniquité d'un arrêt n'autorisait pas un
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citoyen à se de'rober aux lois et à la justice de son pays.
11 employa son dernier jour à s'entretenir avec ses amis sur l'immortalité de l'Ame. Platon nous a conservé , dans le dialogue qu'on appelle le Phèdon , les principaux argumens qu'employait Socrate pour prouver que 1 âme est immortelle , et pour réfuter les objections des matérialistes, s» mort. Lorsque le moment fatal fut arrivé, le courageux philosophe, tenant à sa main la coupe funeste, dit à ses amis : a Je regarde la mort non comme "» une violence qu'on me fait, mais comme un » moyen que me donne la Providence pour mon- » ter au ciel : en sortant de la vie on trouve deux » chemins, dont l'un conduit la vertu dans le » centre du bonheur, et l'autre entraîne le crime » dans un lieu de supplice. »
Après avoir dit ces mots , et ordonné, sans doute ironiquement , de sacrifier un coq à Esculape , il embrassa ses enfans , et pria la Divinité de rendre son dernier voyage heureux.
Lorsqu'il sentit l'effet du poison il se coucha , et mourut paisiblement après avoir reproché à ses amis de gémir sur son repos.
L'envie meurt avec les grands hommes qu'elle a poursuivis; mais ils sont toujours vengés d'un peuple ingrat par une reconnaissance tardive.