‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 45 sur 77 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

3i22 ÉVÉNEMENS d'àTHÈNES

grands malheurs, cède aux contrariétés journalières, et s'aigrit par les chagrins domestiques : Xantippe , femme de Socrate , était capricieuse et violente ; elle exerça sa patience sans la lasser.

Il prétendait avoir un esprit familier qui l'avertissait des dangers qu'il pouvait courir, et de ce qu'il devait faire et éviter : ce génie était probablement une conscience droite et un esprit juste.

Quoiqu'il fut disgracié par la nature et extrêmement laid , la beauté de son âme faisait oublier sa figure. La foule, empressée de l'entendre, le suivait partout; et dans les promenades publiques on voyait la plus brillante jeunesse quitter les plaisirs pour écouter ses leçons.

Tant de vertus ne pouvaient échapper à la haine des hommes qui n'en avaient pas : il devint l'objet de la satire des écrivains sans mœurs, et de la persécution des hypocrites sans piété.

Aristophane le traduisit en ridicule sur la scène dans la comédie des Nuées, et fit sortir d'une bouche si pure des obscénités et des blasphèmes. Socrate avait une âme trop élevée pour qu'elle ne s'approchât pas de l'Etre suprême : il croyait à un Dieu unique , et méprisait les fables des poètes , la superstition des peuples et les divinités de son temps ; nous en trouvons la preuve dans son entre-

tien avec Eulhydème sur la Providence , qui nous a été conservé par Xénophon.

Son amour pour la vérité fut regardé par ses Accusation

1 ° 1 de Mélilus

ennemis comme un crime. Mélitus l'accusa devant cc"^" b°" l'Aréopage de ne pas croire aux dieux de la Grèce, de vouloir introduire un culte nouveau, et de corrompre l'esprit de la jeunesse.

L'orateur Lysias conq)osa un éloquent discours pour sa défense ; mais il refusa cette apologie , disant qu'il ne voulait pas emprunter les secours de l'art pour émouvoir en sa faveur. Sa défense fut simple comme sa vertu, et ses réponses claires comme son innocence.

11 dit qu'on ne pouvait lui reprocher de man- Défense

1 de ce sage.

quer de respect aux lois religieuses , puisqu'il sacrifiait dans les temples ; qu'on ne pouvait lui faire un crime de croire à un esprit familier dans un pavs où tous les peuples ajoutaient foi à la divination , aux auspices et aux augures ; que , loin de corrompre les mœurs, tout Athènes était témoin que la doctrine qu'il soutenait se réduisait à ces deux principes : « 11 faut préférer l'âme au corps, m et la vertu aux richesses. »

« Vous me reprochez, disait-il, de manquer à » mes devoirs de citoyen, et de ne point opiner » dans les assemblées du peuple : demandez aux » guerriers qui combattaient à Potidée , à A m-

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