‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 48 sur 77 · AUTRES ÊVÉNEMENS DANS LA GRECE · texte numérisé non relu

AUTRES ÊVÉNEMENS DANS LA GRECE

Description de L'ile de Chypre. — Règne d'Evagore. — Commandement de Conon. — Victoires d'Evagore. —Sa défaite. — Sa mort. — ■ Règne de Nicoclès. — Exploits de Datame — Sa mort. — Commandement de Dercilidas. — Célébrité de Mania, femme de Zénig. — Sa mort. — Trêve avec les Perses. — Règne d'Agésilas. — Son caractère. — Son commandement. — Son sacrifice troublé par les Béotiens. — Trêve entre Tissapherne et Agésilas. — Conspiration de Lysandre contre Agésilas. — Rupture de la trêve. — Mort de Tissapherne. — Conférence entre Pharnabazc et Agésilas. — Prétexte des premières hostilités. — Mort de Lysandre. — Condamnation et fuite de Pausanias. — Victoire de Conon. — Victoire de Coronée. — Danger d'Agésilas.— Son retour à Sparte. — Reconstruction d'Athènes par Conon.— Arrestation et disparition de Conon. — MortdeThrasybule. — Exploits d'Iphicrate. — Traité d'Antalcide.

Les rois de Perse, profitant de la discorde qui Description régnait parmi les Grecs, augmentaient leur puis- cbjprc.

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san ce. La même division qui la favorisait clans la Grèce étendit leur domination dans l'île de Chypre.

Cette île, que les anciens nommaient aussi Vénus, avait dans leur opinion une origine fabuleuse ; Us la disaient formée de l'écume de la mer : selon leur récit la déesse de la beauté s'y était établie avec les Jeux et les Amours, et Bacchus la combla de bienfaits. La beauté de son climat et sa fertilité expliquent ces allégories : on y trouve de l'huile renommée , du miel excellent , des vins fameux; elle était très-riche en mines de cuivre.

Les Phéniciens la découvrirent, et y fondèrent une colonie. Les Egyptiens, les Athéniens, les Arcadiens s'y fixèrent aussi, et y portèrent leurs différentes mœurs. Les Cypriotes, amollis et adonnés aux voluptés, ne se mêlèrent que fort tard aux querelles sanglantes qui agitaient l'Europe , l'Asie et l'Afrique.

L'île , partagée en plusieurs petits royaumes , ne montrait point d'ambition, n'attirait que le commerce , et n'offrait aux étrangers que des plaisirs. Ce fut en Chypre que vécut le fameux statuaire Pigmalion : la fable dit qu'il avait fait une statue si belle qu'il en devint amoureux. Vénus , prenant pitié de son délire , anima cette statue. Pigma-

lion l'épousa, et son fils fut le premier roi de Chypre.

L'an du monde 2499 le roi de Perse, comptant que tous les petits princes de Chypre , désunis, ne lui opposeraient aucun obstacle, voulut ranger cette île au nombre de ses provinces.

Onésile, l'un de ces rois, les confédéra, se mit à leur tête, et, avec l'appui des Grecs, entreprit de résister aux Perses ; mais il fut tué dans un combat. Le grand roi devint souverain de l'île, et la laissa partagée entre neuf princes qui lui payaient un tribut.

En 2662 Evagore, roi de Salamine , soutenu Règne par les Athéniens , se révolta : malgré plusieurs victoires il fut obligé de se soumettre.

Lorsque les successeurs d'Alexandre-le-Grand se partagèrent son empire, Chypre passa sous la domination des rois d'Egypte : enfin l'un d'eux , nommé Alexandre , légua cette île au peuple romain ; et depuis elle tomba sous la domination des Musulmans.

Pendant ce long espace de temps l'histoire n'a consacré dans ses éloges que les noms de deux princes qui méritèrent leur célébrité par leurs vertus.

Le royaume de Salamine avait été usurpé par un tyran : Evagore, prince de la famille détrônée,

dément de Cunon.

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était au berceau ; on le sauva seul du massacre de ses parens. Devenu grand, il osa, n'étant accompagné que de cinquante sujets fidèles , attaquer l'usurpateur : le succès couronna son audace ; il remonta sur son trône.

Sa justice, sa douceur, ses lumières , accrurent sa réputation. Ce fut chez lui que le fameux général athénien Conon chercha im asile après la défaite d'iEgos-Pontamos.

Conon ne s'occupait que de l'espoir de relever les murs d'Athènes, et de la délivrer du joug de Sparte ; l'amitié d'Evagore lui en donna les premiers moyens : il parvint à engager aussi les Perses à faire la guerre aux Lacédémoniens. On le chargea de commander les flottes de Perse et de Chypre , et quelques succès hrillans prouvèrent à Lacédémone qu'Athènes sans murailles gardait encore des défenseurs redoutables.

Evagore voulut se servir des forces qu'il avait rassemblées pour s'emparer de toute l'île de Chypre , afin d'en faire un Etat puissant et respectable ; mais les princes cypriotes , qu'il prétendait ranger sous sa loi , appelèrent à leur secours Arlaxerce Mnémon, dont l'intérêt s'opposait à la réunion des différens Etats de Chypre en un seul royaume.

Evagore, secouru par le roi d'Egypte , ne put

Sa défaite.

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réunir que quatre-vingt-dix galères et quatre- ^£™ vin<n mille hommes. Artaxerce avait envoyé contre lui trois cent mille hommes et trois cents galères. Malgré celte inégalité de forces le courage et l'habileté d'Évagore rendirent quelque temps la fortune incertaine : il remporta par mer et par terre plusieurs victoires sur les Perses. Mais ses troupes s'affaiblissaient par ces combats ; ses ennemis recevaient sans cesse des renforts ; enfin , battu et assiégé dans Salamine, après une longue résistance il capitula ; son royaume fut réduit à la seule ville de Salamine , et on l'assujettit à payer le tribut accoutumé. Depuis cet événement il passa le reste de ses jours en paix , chéri par ses sujets et respecté par ses ennemis. Il mourut en sa mort. 563a.

Nicoclès,son fils, lui succéda. Le célèbre ora- Régna

r de Nicoclcs.

leur Isocrate composa l'éloge funèbre d'Evagore : dans ce discours il le représenta comme le modèle des guerriers, des rois et des citoyens. Le but d'Isocrate était de donner à Nicoclès des leçons indirectes : ce prince en profita ; et , s'il n'est pas compté au nombre des conquérans et des dévastateurs de la terre, il eut la gloire plus rare de faire passer son nom à la postérité , avec le titre du prince le plus juste, le plus sage , et le plus fidèle à ses engagemens.

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Ëxpioib Lorsqu'Artaxcrce eut terminé la guerre de

«ic Dat.imc

Chypre , il porta ses armes contre les Cadusiens. Cette guerre serait peut - être totalement oubliée si elle n'avait fait briller le caractère d'un de ses généraux, nommé Datame, si fécond en ruses , et si audacieux dans ses entreprises , que CornéliusNéposle compare àAnnibal.

Un guerrier féroce, nommé Thyus , profitant de la rébellion des Cadusiens , avait fait révolter la Paplilagonie contre le roi de Perse , et s'en était rendu le tyran. Sa bravoure repoussait tous les généraux d'Arlaxerce ; son habileté et la terreur qu'il répandait faisaient avorter tous les complots tramés contre lui. Datame , plus heureux que ses prédécesseurs, le battit ; et , entrant dans son palais sous le déguisement d'un chasseur il s'empara de sa personne , de sa femme et de ses enfans. Sans quitter ce costume de chasseur il se rendit à Suse , et présenta au roi son captif, dont la figure colossale et hideuse inspirait encore 1 effroi : il le conduisait , cbargé de chaînes , comme une bête féroce. Le peuple , en foule sur son passage , admirait à la fois la stature gigantesque du vaincu et l'intrépidité du vainqueur.

Un autre usurpateur, nommé Aspis, s était emparé de la Cappadoce : Datame le défit et le livra au roi qui le nomma , pour prix de cette victoire,

général en chef de toutes ses armées. Les courtisans , qui ne pouvaient égaler la gloire de Datame, devinrent jaloux de sa fortune : la calomnie est toujours l'arme des envieux ; on noircit le héros dans l'esprit du roi ; on lui supposa le projet d'usurper la puissance souveraine. Artaxerce, trop crédule , ordonna sa mort.

Datame, indigné, s'échappa de Suse, rassembla ses amis et des soldats dévoués ; par leur secours il s'empara de la Paphlagonie et de la Cappadoce.

Le roi fit marcher contre lui Antophrade avec deux cent mille hommes. Datame n'en avait que vingt mille : le talent supplée au nombre ; il manœuvra si habilement , qu'il défit les Perses , les mit en déroute , et força Artaxerce à traiter avec lui.

Une dangereuse maxime des cours est de re- samort. garder comme nulle toute convention faite avec des rebelles , principe qui rend les révoltes plus opiniâtres et la foi des rois moins sacrée. Artaxerce, n'espérant plus réussir par la force, employa la ruse : Mithridate , fils d'Ariobarzane , exécutant ses ordres, surprit la confiance de Datame, et l'assassina.

Dans le même temps le roi de Perse, irrité des secours que les villes grecques d'Asie avaient

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donnés au jeune Cyrus, menaçait de ses amies

l'Iome. Comman- Nous avons dit que Tymbron le Spartiate, re- Uerciiidas. joint par Xénophon et ses héroïques guerriers ,

s'était préparé à le combattre; mais il se conduisit

si mollement que Sparte le rappela, et lui donna

pour successeur Dercilidas.

Celui-ci, plus actif, s'empara de la province

de Pharnabaze , reprit les villes d'Ionie dont les

Perses s'étaient rendus maîtres , et força le roi à

conclure une trêve.

célébrité Ce fut dans celte guerre qu'une femme , nom-

<le Mania , " . ,

femme de mée Mania , se rendit célèbre par son courage et par sa valeur : son mari Zénig, gouverneur d'Etolie sous l'autorité du satrape Pharnabaze, ayant été tué dans un combat livré contre Thymbron, elle demanda et obtint son gouvernement, commanda elle-même les troupes , enflamma les espriis par son exemple , gagna des batailles, et défendit avec succès l'Etolie contre les Grecs. Sa mort. } Cette femme héroïque , qui avait résisté au glaive de ses ennemis , succomba sous le poignard de son gendre, Midias. Cet homme perfide, jaloux de sa gloire et de son autorité, l'assassina , et fit périr son fds : mais il ne sut pas conserver par sa valeur le pouvoir acquis par un crime ; Dercilidas le battit, le dépouilla de son bien

DJJTS LA GRÈCE. 535

et de son rang : une mort honteuse punit ses forfaits.

Dercilidas , vainqueur , fît fortifier l'isthme Trêve arec

j 1 /->! i , , , les Perses.

de la Cnersonese, et conclut une trêve avec les Perses. Ainsi Lacédémone, après avoir renversé les murs d'Athènes et vaincu le roi de Perse , se trouvait parvenue au plus haut degré de gloire et de puissance : mais l'orgueil aveugle les Etats comme les hommes ; ils s'enivrent des faveurs de la fortune , et l'abus qu'ils en font cause leur ruine. Sparte devait protéger la Grèce : elle employa ses forces à la tvranniser. Les Eléens venaient de s'allier avec les villes d'Athènes et d'Argos : le roi de Lacédémone, Agis, les punit de cet usage légitime de leurs droits , ravagea leur pays , et les força de se soumettre. Un tel abus de la victoire excita la haine des Grecs contre Lacédémone, dont le joug, plus pesant que celui des Athéniens, devait paraître insupportable à des peuples jaloux de leur liberté : ce fut alors que Conon se joignit à Tissapherne , à Pharnabaze et au roi de Perse pour attaquer les Lacédémoniens. Leurs troupes réunies combattirent avec succès Dercilidas , et le forcèrent d'évacuer la Carie. Une trêve conclue entre eux n'eut pas une longue durée : Sparte, généralement haïe, vit lever contre elle, de tous côtés, des armées qui la mirent peu après dans

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