‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 57 sur 77 · T03IE · texte numérisé non relu

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» plices , quoiqu'il se montrai souvent clément » pour ceux qui l'avaient offensé. Personne ne fut )) plus intrépide dans les combats, plus libéral » dans les récompenses. Son discernement brillait » dans les affaires épineuses, et son courage aug- » mentait en proportion du péril. »

Cet éloge mérite d'autant plus de croyance qu'Alexandre à la fin de sa vie s'était brouillé avec ce pbilosophe , que la calomnie rangea au nombre des complices de sa mort.

Alexandre fit connaître dès sa plus tendre jeunesse la fierté de son caractère et l'ardeur de son ambition. On lui proposait d'aller disputer le prix aux jeux olympiques ; il répondit : « J'irais si je » devais y trouver des rois pour rivaux. »

Lorsque le roi Philippe faisait la conquête de quelques villes , loin de s'en réjouir , il disait : « Hélas, mes amis ! mon père ne nous laissera rien » à faire. »

Aristote lui avait appris les mathématiques , la philosophie , l'histoire , la logique : il devait à ses leçons une éloquence convenable à un prince , un style plus grave que fleuri , et plus rempli de pensées que de mots. Aussi, voulant exprimer sa reconnaissance pour son instituteur, il répétait souvent qu'il devait à Philippe de vivre , et à A rislote de bien vivre.

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Son admiration pour Homère allait jusqu'à l'en- Son ailmi. thousiasme ; il le préférait à Hésiode, ce Celui-ci , Homërc.°ur » disait-il , est le poète des bergers , et l'autre ce- » lui des rois. »

Après la bataille d'Arbelles il enferma l'Iliade dans la cassette d'or de Darius , et il fit faire de ce poème une édition qui s'appelait $ édition de la cassette.

Les grands talens donnaient des droits certains à son amitié. Son peintre favori, le fameux Apelle, devint amoureux de a belle Campaspe , dont le roi lui-même était fort épris. Alexandre découvrit leur intelligence secrète , triompha de sa colère , leur pardonna et les unit.

Lorsqu'il sortait à peine de l'enfance le roi Philippe reçut en Macédoine des ambassadeurs du roi de Perse. Alexandre , au-dessus de son âge , ne les questionna point sur les jardins suspendus de Babylone, sur la richesse des palais de Suse : il écouta avec indifférence ce qu'on disait du magnifique platane et de la vigne d'or , chargés d'émeraudes et de rubis , sous lesquels le roi de Perse donnait ses audiences ; mais il leur demanda quels chemins conduisaient dans la haute Asie , quelle était la population des Perses , la force et la tactique de leurs armées, la conduite du roi à l'égard de ses sujets. Aussi l'un des ambassadeurs

s'écria : « Ce jeune prince est grand ; le noire est » riche. »

Sonderai Cm avskt amené en Macédoine un superbe che- °' val de Thessalie , qu'on nommait Bucéphale , parce que sa léte offrait la forme de celle d'un boeuf. Lès plus hardis écuyers voulurent en vain monter ce coursier fougueux ; il les renversa tous. Le jeune prince, voyant qu'on voulait s'en défaire, dit vivement: « Quel excellent cheval ils perdent » là par leur maladresse et leur timidité ! )) Philippe , pour corriger l'orgueil de son fils , lui permit de le monter. L'intrépide Alexandre, après avoir évité de l'exposer comme les autres au soleil, et de l'effrayer par l'ombre de son corps, le flatta quelque temps , s'élança sur lui avec agilité , résista fermement à ses bonds impétueux, et le dompta si complètement que depuis ce temps Bucéphale, qui écartait tout autre écuyer, se laissait conduire docilement par lui , et fléchissait les genoux pour le recevoir sur son dos. Bucéphale sauva la vie d'Alexandre dans les Indes en le dégageant d'une mêlée où sa témérité l'avait précipité. Ce combat fut le terme des travaux et de la vie de ce coursier fameux , et le roi donna son nom à une ville qu'il fit bâtir sur les bords de l'Hydaspe.

Avant de monter sur le trône Alexandre avait prouvé au roi Philippe son héroïque vaillance en

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lui sauvant la vie en lllyrie. 11 ne lui fit pas moins évidemment connaître l'indomptable violence de son caractère lorsqu'aux noces de Cléopûlre il viola le respect qu'il devait à son monarque, à son père.

Insatiable de toute espèce de gloire, il aurait voulu être le plus savant des hommes comme le plus grand des rois ; aussi reprocha-t-il à Aiistole d'avoir publié pendant son absence un traité de métaphysique dont il désirait avoir seul la possession , et il lui écrivit : a II faut que vous sachiez » que j'aimerais beaucoup mieux surpasser les » autres hommes par la science des choses su- » blimes que par l'étendue de mon pouvoir. »

Son père, digne de l'apprécier , prévit le premier ses grandes destinées ; et , lorsqu'il l'eut vu dompter Bucéphale et prouver tant d'audace dans un âge si tendre , il lui dit : « Mon fils , cherche » un autre royaume plus digne de toi ; la Macé- )) doine ne le suffit pas. »

Cependant lorsque tant d'iudices , plus surs que les oracles , annoncèrent un maître à la Grèce, un conquérant à l'Asie , un héros au monde , on ne s'occupait en Perse , dans le Péloponèse , dans la JBéotie , dans FA trique et chez les barbares de la '1 lu ace et de l'illyrie, qu'à secouer un joug qu'on «:i < \ ;iii déjà brisé par la mort de Philippe.

Les factieux renouaient leurs intrigues à la cour de Macédoine : Olympias croyait régner ; les grands voulaient partager l'empire ; les lllyriens prenaient les armes, et les orateurs de la Grèce , déclamant contre la tyrannie , injuriant l'ombre de ce même Philippe qu'ils avaient naguère entouré d'hommages , méprisaient la jeunesse d'Alexandre qui n'avait alors que vingt ans , et personne ne se doutait que ce prince , qu'ils regardaient encore comme un enfant, dût se montrer si rapidement pour eux le plus redoutable des hommes. Gouverne. Loin de paraître étonné des obstacles qui em-

ment a A- *■ i

lexandie. barrassaient sa marche, et des périls qui entouraient son trône , il fit sentir promptement son autorité à sa cour , sa bienfaisance à ses peuples , et sa vigueur à ses ennemis. Il punit les assassins de son père , déchargea les Macédoniens des impôts excessifs qui pesaient sur eux , et leur fit par là supporter plus facilement les levées militaires dont il avait besoin. Il distribua des récompenses aux compagnons de gloire du feu roi ; et , par un habile mélange de douceur et de fermeté , il se concilia l'affection de ses sujets. Mais en même temps il ternit cette aurore de gloire en laissant Olympias excercer une cruelle vengeance sur Cléopâtre et sur son fils , ainsi qu'en ordonnant le supplice d'Attale , général expérimenté , dont il avait eu

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autrefois à se plaindre , et qu'il soupçonnait d'intelligence avec ses ennemis. Cependant Attale , pour regagner la confiance du roi, lui avait livré les lettres de Démosthène qui voulait l'engager dans le parti du roi de Perse.

Après avoir rétabli en peu de temps dans son se<enire- *■ # prises au de-

royaume l'ordre public et consolidé son autorité , horj-

Alexandre s'occupa de calmer la fermentation de la Grèce. Les Arcananiens, les Ambraciotes, les Thébains et les Arcadiens , qui avaient chassé les garnisons macédoniennes de leur pays , venaient de déclarer qu'on ne devait pas reconnaître Alexandre pour général des Grecs. Les Argiens , les Eléens, les Lacédémoniens proclamaient leur indépendance : Athènes fomentait tous ces mouvemens. Les peuples plus voisins de la Macédoine se préparaient à rendre la défection générale , tandis que les barbares du septentrion menaçaient la Macédoine de leurs armes.

Alexandre employa pour dissiper ces troubles l'audace et l'adresse : il effraya quelques-uns de ses ennemis par des menaces, et gagna les autres par des promesses. Les Thessaliens le reconnurent les premiers pour leur chef; les amphictyons, rassemblés , lui donnèrent le commandement général dont ils avaient revêtu son père.

Autorisé par ce décret , il se présenta inopiné-

premières

ment aux portes de Thèbes qui cessa pour le moment de lui opposer aucune résistance. Les Athéniens, déconcertés par sa rapidité , lui envoyèrent des députés pour apaiser son courroux. Bémosthène était du nombre de ces envoyés : on prétend qu'il n'osa pas se présenter devant le roi : probablement il ne le voulut pas ; cette démarche lui paraissait trop humiliante pour son caractère et pour sa patrie. Eschine lui reprocha peu de temps après d'avoir trahi les intérêts des Grecs en faveur des Perses, leurs éternels ennemis ; mais il se justifia victorieusement.

Alexandre , après avoir comprimé par sa présence la coalition qu'on voulait former contre lui , retourna en Macédoine , et marcha contre les barbares. Les Gètes , méprisant sa jeunesse, s'étaient révoltés : il les battit et ravagea leur pays. Le passage du mont Hémus, qu'il franchit malgré la difficulté des lieux et le nombre des ennemis , fit connaître avec éclat son audace et sa fortune.

En peu de temps il subjugua les Péoniens, les Thraces,lesTriballes et les lllyriens; et, surle bruit de ses exploits, les Celtes lui envoyèrent une députation pour l'assurer de leur amitié. Alexandre, se croyant déjà redouté par ces peuples , leur demanda quel était le sujet de leur crainte ; ils répondirent fièrement : (( Nous ne craignons que la

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» chute du cieJ. » 11 rit de leur bravade et conclut cependant une alliance avec eux. Ses victoires sur les lliyriens le conduisirent au-delà de Flster. Pour éviter que ces barbares ne se portassent pendant son absence à de nouvelles révoltes, il exigea des princes et des rois vaincus qu'ils le suivissent en Asie avec leurs principaux officiers , ne laissant ainsi dans leurs pays que des chefs sans talens et sans considération.

Tandis qu'il terminait si glorieusement cette R guerre , Démosthène et Lycurgue firent courir le bruit qu'il avait été défait et tué par les Triballes. A celte nouvelle la fermentation recommença de nouveau dans la Grèce : les bannis de Thèbes, excités par les Athéniens à recouvrer leur liberté, revinrent dans leur patrie , rentrèrent de nuit dans la ville , égorgèrent deux officiers macédoniens , et s'emparèrent du pouvoir.

Alexandre , informé de cette révolution , repassa l'Ister et le mont Hémus , rentra en Macédoine, traversa en six jours la Thessalie, franchil les Thermopyles, et arriva à Oncheste en Béotie : là il dit à ceux qui l'accompagnaient : « Démos- » thène m'appelait enfant quand j'étais chez les » Triballes ; jeune homme lorsque j'arrivai en » Thessalie : je veux lui prouver aux portes d'A- )) thènes que je suis un homme fait. »

elle en Grèce.

Avant de se venger des Thébains il employa d'abord les conseils et la douceur pour leur donner le temps de réfléchir aux dangers de leur entreprise : un héraut promit en son nom la liberté et la sûreté à tous ceux qui passeraient dans son camp , ou qui reconnaîtraient son pouvoir ; et il exigea pour toute satisfaction qu'on lui livrât Phœnix et Prothut , principaux auteurs de la révolte.

6i«ge(prise Les Thébains , loin de déférer à ces ordres ,

et riestruo

tiondeihé- demandèrent qu Alexandre leur livrât Philotas

lies. l

et Antipater, deux de ses principaux généraux : ils firent même publier , du haut d'une tour , qu'on recevrait comme ami tout soldat m acédonien qui prendrait le parti des Thébains et du roi de Perse, ligués pour délivrer la Grèce d'un tyran odieux.

Toute négociation se trouvant rompue , Alexandre forma le siège de Thèbes. Ses armes étaient favorisées par une garnison macédonienne qui occupait encore la citadelle nommée Cadmée. Ptolémée , témoin de ces événemens , rapportait que les assiégés, s'étant avancés trop loin dans une sortie, furent enveloppés et attaqués si vivement par la phalange macédonienne, qu'elle entra pêlemêle avec les fuyards dans la ville.

Diodore raconte le fait autrement , et dit que pendant cette sortie Perdiccas s'empara d'une

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porte qui livra l'entrée de la vilLe aux troupes macédoniennes.

Les Thébains dans ce désastre montrèrent un courage digne des héros de Leuctres et de Mantinée ; aucun ne fléchit devant le vainqueur. Les Platéens, les Phocéens et les Thespiens, qui servaient alors dans l'armée d'Alexandre, et dont les villes avaient été détruites autrefois par les troupes thébaines, vengèrent avec atrocité leurs anciennes injures et la ruine de leur patrie : ils n'épargnèrent ni les femmes , ni les enfans ; ils égorgeaient leurs victimes jusqu'au pied des autels. Les Lacédémoniens montrèrent la même fureur. Cet affreux massacre dura toute une journée : six mille Thébains périrent ; on en vendit trente mille. Les dames thébaines, prisonnières, sévirent réduites en servitude. Enfin Thèbes fut totalement détruite.

Alexandre fit seulement respecter les temples , la maison du poète Pindare et celles des familiers thébaines qui avaient donné l'hospitalité à lui et à son père.

Rien ne peut justifier la cruauté : vainement Alexandre s'efforça d'excuser sa barbarie par la nécessité de satisfaire ses alliés,' les ruines de Thèbes pesèrent toujours sur son âme. Il en parlait souvent avec regret; et depuis, lorsque les Thébains échappés au massacre lui demandèrent

quelque grâce, il la leur accordait sur-le-champ. s barbares soldats voulaient détruire les tombeaux des Thebains morts à Chéronée; le roi leur ordonna de respecter ce monument dédié au malheur et au courage.

mie Lorsqu'on apprit dans Athènes la destruction de

nés i * l l

!t cette vaste cité, la consternation fut générale on interrompit les grands mystères ; Démosthène , Eschine , Stratocle déplorèrent éloquemment les malheurs de Thèbes. Les Athéniens donnèrent asile aux Thebains sauvés de ce désastre; mais en même temps ils envovèrent des ambassadeurs à Alexandre : le prétexte de cette ambassade était 4e féliciter le roi sur ses succès, et le but réel de fléchir sa colère.

Alexandre fît un accueil favorable à ces envoyés; mais il exigea que le peuple athénien lui livrât ses ministres et ses orateurs; Démosthène, Lycurgue, Hypéride , Polieucte, Charès, Charidème , Ephialte, Diotime et Mérocle.

Démosthène monta à la tribune pour persuader a ses concitoyens de rejeter cette dangereuse proposition : il leur rappela ingénieusement 1 apologue îles bergers qui perdirent leur troupeau, parce que , traitant avec les loups, ils leur avaient livré leurs gardiens vigilans, leurs chiens fidèles. L intérêt personnel de Démosthène était trop évident

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dans cette circonstance pour convaincre des esprits effrayés : mais l'orateur Démade, plus désintéressé, le soutint avec adresse , et fit rendre un décret par lequel Athènes priait le roi d'abandonner au peuple la punition des coupables. Il sollicitait en même temps sa clémence pour les Thébains fugitifs.

Le sang répandu à Thèbes avait éteint l'ardeur clémence

. d'Alexan-

d Alexandre pour la vengeance. Demade, envoyé «ire pour après de lui par Athènes, obtint tout ce qu'il voulait. Le roi se contenta de faire exiler Charidème- Ses dispositions changèrent même à tel point qu'il se réconcilia complètement avec les Athéniens : il leur recommanda de surveiller les affaires de îa Grèce pendant son absence , et les désigna pour la gouverner s'il venait à mourir.

Tout se trouvant ainsi pacifié , il revint en Macédoine, où il fît célébrer des jeux publics en l'honneur de Jupiter et des muses. Quelque tem après il se rendit à Delphes pour consulter l'oracle sur la guerre d'Asie. La Pythie refusait <!;monter sur le trépied ; Alexandre la prit dans ses bras et l'y porta malgré elle. Alors la prêtresse sYcria : ce Mon fils, on ne peut te résister. )) A 1 instant Alexandre la quitta en disant : « Je n'ai [as y) besoin d'autre oracle. »

Tous les Grecs furent ensuite convoqués par lui

sa nomma- ^ Corinilie : ils le nommèrent de nouveau génération de ge- O

otImGku lissimc. Le roi clans celte assemblée déclara que

toutes les villes grecques resteraient libres, et leur

défendit de rappeler les bannis et de reconnaître

des tyrans.

Force do Le moment d'exécuter ses grands desseins étant

son armée.

arrivé, il rassembla son armée : elle était composée de douze mille Macédoniens, sept mille alliés , cinq mille mercenaires , tous gens de pied aux ordres de Parménion ; cinq mille Triballes et Illyriens , quinze cents cavaliers macédoniens , sous le commandement de Pbilotas ; quinze cents cavaliers tbessabens, conduits par Calas, et six cents Grecs par Erygius ; enfin de neuf cents bommes de troupes légères de Tbrace et de Péonie , sous les ordres de Cassandre. La plupart de ces officiers étaient âgés de plus de soixante ans ; leur assemblée avait la gravité d'un sénat. Le trésor du roi ne montait qu'à soixante talens ( 56o,ooo fr. ); 1 armée n était approvisionnée de vivres que pour un mois. Ses généraux les plus distingués étaient Parménion, Pbilotas et INicanor, ses fils; Clitus, Epbestion , Cassandre , Ptolomée , Calas , Perdiccas, Cratère, Caelus, Phihppe, fils d'Amyntas. sa marcLe Alexandre laissa le gouvernement de la Macédoine et la surveillance de la Grèce à Antipater qui jouissait alors de toute sa confiance.

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Avant de passer en Asie il distribua ses domaines à ses amis; et Perdiccas lui demandant ce qu'il gardait pour lui , il répondit : V espérance.

Parvenu en vingt jours à Sestos , où cent cinquante bâtimens l'attendaient, il s'embarqua, et voulut faire lui-même les fonctions de pilote. Après avoir traversé l'Hellespont il arriva dans la plaine de Troie, fit un sacrifice à Minerve, lui consacra ses armes, et prit dans le temple celles qu'on disait avoir appartenu au grand Achille , un de ses aïeux maternels. 11 posa sur la tombe de ce héros une couronne de fleurs. Ephestion , son favori, en mit une autre semblable sur le tombeau de Patrocle.

Cependant les Perses, méprisant l'avis sage Bataille au de Memnon de Rhodes , qui leur conseillait d'éviter toute action décisive , et de se retirer devant les Grecs pour les envelopper s'ils pénétraient trop imprudemment dans le pays , rassemblèrent une armée de cent mille hommes sur les bords du Granique, pour en défendre le passage.

Ptolémée, à la tête de la cavalerie macédonienne , commença l'action avec intrépidité , mais sans succès. Alexandre et Parménion , accourant à son secours, franchirent le fleuve. La phalange décida la victoire. Les mercenaires grecs , qui

combattaient avec les Perses , furent taillés en pièces après une opiniâtre résistance.

Alexandre dans cette bataille lit des prodiges de valeur : il combattit corps à corps , et blessa un frère de Darius. Au moment où un cavalier persan, le cimeterre levé sur sa tête, allait trancber ses jours , Clilus lui sauva la vie en tuant le barbare.

Le roi fît faire par Lysippe des statues qui représentaient vingt-cinq de ses compagnons d'armes tués dans cette journée : on les vit longtemps à Dium , en Macédoine ; dans la suite , on les porta à Rome, lêt* La conquête de toute i'Asie-Mineure fut le

Vsie-

Minenre. fruit de cette grande victoire. Alexandre rétablit la démocratie dans Epbèse, prit Milet d assaut , arriva en Carie, et s'empara d'Halicarnasse , malgré la courageuse défense de Memnon.

Après ces exploits il permit à ceux de ses soldats qui étaient mariés d'aller passer l'hiver en Macédoine. Cette mesure inspira une grande confiance, et lui valut de fortes levées d'hommes que Ptolémée lui ramena.

r . La faiblesse compte plus sur le poignard que

',^sLir l'épée : Darius paya plusieurs conspirations 7,™ contre Alexandre : il lui semblait plus facile de le tuer que de l'arrêter dans sa marche rapide.

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Alexandre, fils d'iErops, dont les frères étaient entrés dans la conjuration de Pausanias contre Philippe , se laissa corrompre par le roi de Perse, et voulut assassiner son maître. Alexandre, se souvenant que, dans le moment de son avènement au trône , il s'était un des premiers déclaré pour lui contre les factieux , lui pardonna son crime. Cet acte de clémence porta l'admiration des Grecs jusqu'à l'enthousiasme.

Dès que le printemps fut arrivé , le roi conquit Gordie*U(1 la Phrygie. On voyait, dans la capitale de ce pays, le char d'un ancien roi, nommé Gordius , dont le timon était lié par des nœuds inextricables. Un oracle avait promis l'empire d'Orient à celui qui le dénouerait. Alexandre, ayant tenté d'inutiles efforts pour y parvenir, coupa ce nœud avec son sabre, et crut ainsi accomplir l'oracle. Il marcha ensuite en Cappadoce.

Dans ce même temps Memnon faillit à renverser tous ses desseins. Darius lui avait permis de faire une diversion dans la Grèce, qui aurait forcé les Macédoniens d'y revenir. Il marchait à la tète d'une forte armée ; sa flotte s'approchait de l'île d'Eubée ; mais la fortune, qui favorisait Alexandre, le délivra de cet habile adversaire. Memnon mourut , et Darius , dans son vaste empire, ne trouva personne- qui put remplacer ce gétome 2. 29

45o CONQUÊTES

néral sage , courageux , et digne de eombaitre un héros.

Maladie Débarrassé de la crainie de celte diversion ,

cTAlexan- .

*»• Alexandre continua sa marche. Il devait, pour

pénétrer en Asie , passer les deux défilés de Cilicie et de Syrie. Rien n'était plus facile cpie de l'écraser dans ces étroits passages ; mais , soit négligence , soit trahison, il les trouva libres, et arriva sans obstacles à Tarse. 11 y commit l'imprudence de se baigner dans le Cydnus , dont les eaux froides le saisirent. Il tomba malade , et si violemment que sa mort paraissait certaine. Son grand courage éclata dans cette circonstance. Parménion lui écrivit que son médecin Philippe, payé par Darius, voulait l'empoisonner.

Le roi, rempli d'une confiance généreuse , donna la lettre à Philippe, et, pendant qu'il la lisait, prit et but tranquillement sa potion. Son attente ne fut pas trompée , et une prompte guérison prouva l'innocence de l'accusé.

Marche de Darius , se réveillant enfin au bruit des progrès

l'armée de

Darius. de son ennemi, rassembla une armée plus nombreuse que forte , et plus brillante que brave. Le monarque de l'Asie étalait dans sa marche pompeuse tout le luxe de l'Orient; partout l'éclat de l'or et des diamans se mêlait à celui des armes. Ses équipages, remplis de femmes, encombraient

d'alexandre-le-grand. 45 1

les routes. Le trône de Darius, entouré de prêtres et parfumé d'encens , annonçait plutôt un dieu qui vient recevoir des hommages , qu'un guerrier qui va combattre pour le salut de son pays.

Les dix mille immortels qui défendaient la personne du prince portaient des lances dorées , plus éblouissantes que dangereuses , et leurs bras, énervés par la mollesse , devaient mal seconder leur fidèle et inviolable dévouement, dont ils ne donnèrent des preuves qu'en mourant pour un roi qu'ils ne purent rendre vainqueur.

Alexandre n'avait que quarante mille hommes à opposer à six cent mille Perses; mais ses soldats étaient aguerris aux dangers, durs aux fatigues ; ses officiers expérimentés; et l'on devait facilement prévoir quelle serait l'issue du combat livré par la force à la mollesse, par la tempérance au luxe, et par le génie à l'inexpérience.

Le roi de Macédoine attira habilement son en- , Jaunie

d Issu*.

nemi dans une plaine étroite, près d'Issus, où il ne pouvait profiter de l'avantage du nombre.

Cependant les Grecs qui étaient à la solde de Darius , enfoncèrent d'abord les Macédoniens. Alexandre rétablit le combat , et renversa tout ce qui se trouvait sur son passage. Une blessure qu il reçut ne put l'arrêter. Les immortels résistèrent

quelque temps à la cavalerie ihessalienne ; mai* Défaite et enfin ils furent détruits et mis en déroute. Darius

fui r île La- » . A • 1

riu». lui-même, craignant de tomber dans les mains

d'Alexandre , prit la fuite, laissant au vainqueur son camp, sa mère, sa femme, sa fille et ses richesses.

Le roi victorieux éleva trois autels qu'il consacra à Minerve , à Jupiter et à Hercule. Maître du camp des Perses, il traita la famille de Darius avec humanité, et ces temps étaient tellement barbares qu'on lui fit un titre de gloire d'une vertu si commune aujourd'hui. Le respect pour la vieillesse, pour le trône, pour la pudeur, et l'accomplissement des devoirs les plus sacrés, passaient alors pour de l'héroïsme. Mais ce qu'on doit trouver véritablement digne d'éloges, c'est qu'il ne se borna pas à épargner la vie et à respecter la vertu de la famille de son ennemi, il montra constamment à l'égard de sa mère et de sa femme la plus grande générosité , leur laissa tous les officiers qu'elles voulurent garder, toutes les richesses qui leur convinrent ; enfin elles ne perdirent rien , dans leur infortune, de la splendeur de leur rang. Suite d«s Ayant poursuivi quelque temps Darius sans

d'Aiexm- pouvoir l'atteindre, Alexandre se rendit en Syrie et s'empara de Damas. Cette ville aurait pu l'arrêter ; mais on la lui livra , ainsi qu'un trésor con-

d'alexàndre-le-gra.nd. 455

sidérable qui y était renfermé. Il trouva clans ce lieu des députés que Thèbes , Athènes, Lacédémone , avaient envoyés au roi de Perse. 11 pardonna au premier, par ^pitié pour Thèbes; au second, parce qu'il était fils du fameux Iphicrate, et se montra plus sévère pour Lacédémone, qui ne lui avait point fourni de troupes dans cette guerre. Le Spartiate Eutyclès fut long-temps en prison ; mais , dans la suite , le roi lui fit rendre la liberté.

Poursuivant le cours de ses conquêtes , il s'empara de la Phénicie , prit la ville de Sidon , et lui donna pour roi le sage Abdolonyme, prince d'une branche éloignée de la famille royale, qui vivait pauvre, ignoré, et cultivant de ses mains un petit jardin. Alexandre eut plus de peine à triompher de la résistance de ce prince philosophe pour l'élever sur le trône, qu'à vaincre Darius pour le faire descendre du sien.

La ville de Tyr , célèbre par sa richesse et par sa puissance , résista sept mois aux armes macédoniennes. Si l'on j :ge du mérite d'une conquête par sa difficulté, la destruction de cette république fut un des plus grands exploits d'Alexandre.

Il eut à combattre à la fois les hommes et les

Prise (le la

élémens. Ses infatigables soldats domptèrent la mer vmede Tyr par une digue qu'ils construisirent en combattant

toujours , et que les assiégés renversèrent plusieurs fois.

Toutes les forces de Carthage devaient venir au secours des Tyriens ; mais Syracuse, déclarant alors la guerre aux Carthaginois , les empêcha de sauver leur mère-patrie.

Il prit enfin cette ville d'assaut. Son sort fut peu différent de celui de Thèbes , et la rigueur d'Alexandre était peut-être alors encore moins excusable , car il n'avait aucune ancienne injure à venger; il poussa même la cruauté jusqu'à faire mettre en croix deux mille braves guerriers qui s'opiniatraient à combattre sur les débris de leur patrie. Huit mille hommes périrent dans cette journée. La plus grande partie des habilans furent vendus , quelques-uns se réfugièrent à Sidon.

Proposi- Le roi reçut encore de nouvelles propositions do Darius, de paix de Darius qui lui offrait sa fille en mariage avec la moitié de son empire. Le sage Parménion voulait qu'd acceptât , et lui dit qu'à sa place il signerait le traité : c< Je le ferais aussi, re- » prit Alexandre, si j'étais Parménion. » Rr-spcct Les Juifs, fidèles à leur serment, avaient refusé

A'Alcxan- . . '

•ire pour je- de combattre contre Darius. Le roi de Macédoine

r tuaient.

porta ses armes contre eux. Il s'attendait à trouver des ennemis plus intrépides et des dangers plus

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grands qu'en Phénicie; mais on ne lui opposa que des prières : il ne rencontra que des prêtres et des lévites. La solennité du culte d'Israël frappa son esprit ; sa fierté fléchit devant la majesté divine , et , loin de se montrer en vainqueur à Jérusalem , il y entra en ami, et offrit un sacrifice dans le temple de Salomon. Les Hébreux prétendaient qu'un fantome, sous les traits du grand-prêtre Jaddus, lui avait apparu autrefois en Macédoine , pour lui prédire ses hautes destinées.

La ville de Gaza refusant de se soumettre à lui , il se vit obligé de l'assiéger. Ce siège fut meurtrier; Bétis la défendit avec opiniâtreté.

Après avoir pris la ville, le roi , voulant imiter Achille , fit attacher le corps de Bétis à son char , et le traîna autour des murs de Gaza. Il oubliait qu'on ne doit imiter des grands hommes que leurs vertus.

On dit qu'il envoya de Judée en Macédoine à Léonidas , l'un de ses gouverneurs , pour cent talens de myrrhe. Il se souvenait que, dans son enfance, cet homme sévère , lui reprochant un jour de prodiguer l'encens dans un temple et de le verser à pleines mains, lui avait dit : « Prince, soyez plus )) économe, et attendez, pour dissiper avec une » telle profusion cet encens précieux , crue vous * ayez conquis le pays qui le produit. ))

Toujours avide de combats et de gloire, Alexandre fit, dit-on, une incursion sur les terres des Arabes. S'étant avancé presque seul la nuit , avec sa témérité ordinaire, près du camp des ennemis, il y entra audacieusement, saisit une bûche enflammée dans un de leurs postes, et, revenu près de ses troupes , il fît allumer une grande quantité de feux qui effrayèrent les barbares et les mirent en fuite.

Dans sa marche il s'était vu près de périr en voulant tirer de danger et porter sur ses épaules le vieux Lysimaque, un des gouverneurs de sa jeunesse, qui l'avait suivi dans cette expédition. Le cœur d'Alexandre offrait le plus étonnant et le plus continuel mélange d'orgueil et de bonté. Vices et vertus , tout était excès dans cette âme ardente.

Conqnêie La conquête de l'Egypte , qui, depuis tant d'années, coûtait une si prodigieuse quantité d'or et d'argent au roi de Perse , ne fut qu'un voyage pour Alexandre. Les Egyptiens détestaient le joug asiatique; tout conquérant, pourvu qu'il ne fût pas Perse , leur semblait un libérateur. Déjà un officier grec du parti de Darius, et qui s'était sauvé avec quelques troupes de la bataille d'Issus, avait levé en Egypte l'étendard de la révolte. Tout le peuple se déclara pour lui; mais il ne sut pas

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profiter avec prudence de ses premiers avantages , et se laissa surprendre par un corps ennemi. Alexandre, sur ces entrefaites, fut reçu comme un roi qui serait entré pacifiquement dans ses Etats.

11 se concilia tous les cœurs par son respect poulies lois , pour les moeurs , et surtout pour le culte égyptien. Sa marche , jusqu'à Memphis , ne fut qu'un triomphe, et sa puissance y fut aussitôt consolidée qu'établie.

Ce qui paraît inconcevable , c'est l'apathie et la lâcheté des habitans de l'immense empire des Perses. Non-seulement ils s'étaient laissé vaincre par une armée si peu nombreuse, mais ils n'osaient pas même se soulever , tandis que leurs téméraires vainqueurs s'éloignaient d'eux pour s'enfoncer dans les sables de l'Afrique.

Une telle mollesse diminue beaucoup le prodige de la conquête. Il ne suffit pas de compter les hommes, il faut mesurer les courages; et depuis long-temps les Thermopyles , Marathon , Salamine, Platée , la retraite des dix mille et les succès d'Agésilas avaient prouvé que quelques milliers de Grecs intrépides pouvaient braver et subjuguer sans peine des millions d'Asiatiques.

Alexandre, qu'aucun danger n'effrayait, résolut alors d'aller dans la Lybie visiter l'oasis et le temple de Jupiter-Ammon. L'exemple de Cambyse, qui

perdit presque toute son armée dans ces sables brûlans , ne l'intimida pas. 11 fut au moment d'éprouver le même sort. Un vent impétueux et des tourbillons de sable menaçaient de l'engloutir ; une soif dévorante épuisait les forces de ses infatigables guerriers. Sa fortune le tira de ce péril ; le ciel se couvrit de nuages ; une pluie abondante, et presque inconnue dans ce triste climat, éloigna la mort.

Il arriva enfin dans cette fameuse oasis, dans celle île de verdure placée, comme un port favorable , au milieu d'un océan de sables. On ra^ conte que le grand-prétre d'Ammon le déclara fils de Jupiter , et lui promit l'empire du monde. D'autres disent qu'il écrivit à Olympias qu'il avait reçu du pontife des réponses secrètes , dont elle serait instruite quand il la reverrait.

Plutarque rapporte que le grand-prétre, voulant l'appeler mon fils, en langue grecque qu'il parlait mal, au lieu de se servir du mot O paidion , prononça O pai-dios , ce qui signifiait fils de Jupiter ; et que celte méprise qui fit sourire Alexandre , donna lieu à toutes les fables débitées sur cet oracle. Ce qui est certain cependant c est que , depuis ce voyage, le roi, dans tous ses acies et dans toutes ses lettres , ajouta à ses titres celui de fils de Jupiter.

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Au reste , sans rendre cette prétention si injurieuse pour sa mère , il pouvait la soutenir , d'après la croyance du temps, dune manière plus convenable, puisqu'il descendait, par son père, d'Hercule que tous les Grecs reconnaissaient pour fils de Jupiter. Alexandre , de retour en Egypte , fonda la ville d'Alexandrie , qui remplaça Tyr, et devint le centre du commerce des trois seules parties du monde alors connues. 11 en traça lui-même les plans , et en confia l'exécution à l'architecte qui avait rebâti le temple d'Epbèse.

L'Egypte était trop habituée à changer de gou- Div;sion vernement et de dynasties pour en confier la sur- ,,ar Aiexaaveillance à un seul homme qui aurait pu tenter de s'en rendre le maître. Alexandre la divisa en provinces , dont les gouverneurs lui rendaient directement compte de leur administration.

Après avoir pris ces sages mesures pour assurer la tranquillité de cette contrée, il revint à Damas. Statira, femme de Darius, venait d'y mourir. Le roi de Perse, apprenant cette nouvelle, crut qu'elle avait péri victime des insultes du vainqueur; mais, informé par un de ses confidens de la conduite généreuse de son rival, il demanda aux dieux, s ils lui enlevaient le trône de Cyrus , de ne le donner qu'à Alexandre.

La conquête de l'Egypte avait laissé le temps au

46o CONQUÊTES

d'Arbï r°i ^e Perse de rassembler une nouvelle armée. On assure qu'elle se montait à plus de six cent mille hommes. Alexandre , réunissant toutes ses forces pour le combattre, passa TEuphrate à Thapsaque , et s'avança, avec sa célérité ordinaire , près du Tigre. Ce fleuve était rapide et facile à garder ; mais la négligence de Mazée, qui arriva trop tard pour le défendre avec la cavalerie persane , en livra le passage aux Macédoniens.

Les armées se trouvèrent bientôt en présence , dans une vaste plaine, près du bourg de Gangamelle et de la ville d'Arbelles. On conseillait à Alexandre d'attaquer la nuit; il dit qu'il ne voulait point dérober la victoire. L'approche d'un si grand danger ne l'empêcha pas de dormir paisiblement, et comme ses amis se montraient surpris de sa sécurité, il répliqua : a Comment ne serions- » nous pas tranquilles, lorsque l'ennemi vient lui- » même se livrer entre nos mains ! »

Une éclipse de lune, qui survint alors, alarmait ses soldats : il leur fil dire par le devin Aristandre que le soleil était l'astre des Grecs , et la lune celui des Perses, et que ce phénomène présageait la ruine de l'ennemi.

Défaite et l °

fnitc de Le succès de cette bataille demeura quelque

Darius. x *

temps incertain : l'aile gauche des Macédoniens fut enfoncée par les Perses et repousséc jusqu'au-

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pi es de leur camp. Mais la fortune, toujours constante pour Alexandre , seconda son impétuosité ; il ruit en déroute tous les corps qui le combattaient successivement, et se fit jour jusqu'au char de Darius. Ce malheureux monarque , voyant sa garde écrasée , et toute défense inutile , quitta son char, s'élança sur un coursier , et chercha son salut dans la fuite.

Alexandre, sans se laisser entraîner par une ardeur imprudente , revint délivrer Parménion et son aile gauche des forces qui l'accablaient. La déroute des Perses fut alors générale, et ce jour décida de l'empire.

Après ce grand triomphe, Alexandre, reconnaissant des services de ses alliés , écrivit de nouveau dans la Grèce , pour confirmer l'indépendance de toutes les villes de la confédération. Il envoya de riches dépouilles à Crotone , en mémoire de l'athlète Phayllus, qui , dans le temps de la guerre de Xerxès, arma une galère pour secourir les Athéniens et les Spartiates , lorsque tant de peuples , tremblans devant le grand roi, les abandonnaient.

Cest en montrant, dans toutes les occasions , cet amour ardent pour la gloire des Grecs , qu'Alexandre se faisait pardonner par eux sa domination.

N'ayant plus d'ennemis à vaincre, il continua

Entrée paisiblement sa marche , ne trouvant partout que

triomphale

d'Aie^n- des sujets soumis et des hommages empressés.

«Irrrlaus Ba- o I

b>ione. Qn clressait des autels sur son passage ; l'air était embaumé de parfums et d'encens , les chemins jonchés de fleurs. Il entra en triomphe à Babylone, n'y permit aucune violence, aucun désordre , montra de l'estime aux savans chaldéens , et de la vénération pour le culte des mages. Cette grande ville redoutait un conquérant ; elle ne vit qu'un monarque pacifique , occupé d'embellir cette capitale de son nouvel empire, et d'en faire un monument de sa gloire.

Après tant de dangers, les soldats macédoniens recurent de justes et de magnifiques récompenses, et les plus braves obtinrent des prix proportionnés à leurs actions.

Alexandre, voulant achever sa conquête, marcha vers la Perse. Ariobarzane, qui gardait les défilés de Suse , défendit vaillamment ce poste , et lui fit éprouver beaucoup de pertes. 11 tourna ces montagnes , traversa l'Araxe , et arriva à Persépolis , où toutes les richesses des anciens rois de Perse étaient réunies.

La vue de l'antique capitale d'un pays autrefois si redouté , rappela aux Grecs l'invasion de Xerxès, les anima à la vengeance, et leur fit commettre un grand nombre de cruautés.

Honteux

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Le vieillard Démarate , qui s'y trouvait alors , versait des larmes de joie , et regrettait que tous les habitans de la Grèce ne pussent pas jouir du plaisir de voir un guerrier grec assis sur le trône de Xerxès.

Jusque là le roi de Macédoine, sobre, tempe- exeèsd**-

. n • -i lcxandre.

rant, frugal et continent, avait lait autant admirer sa sagesse que son courage ; mais le vainqueur de la Perse fut enfin vaincu lui-même par la volupté. Enivré de gloire, de puissance et d'encens, il prit les mœurs, le costume et les vices des vaincus. Il se livra aux plus bonteuses débauebes, et, à la suite d'un festin, entouré de flatteurs et de courtisanes, il suivit l'une d'elles, nommée Thaïs, dont il partageait le délire et l'ivresse, et, la torche à la main, il réduisit en cendres le palais dont la conquête était un des plus beaux titres de sa gloire.

Tandis qu'il éprouvait le sort des rois victorieux Mort

de Darius.

que la flatterie empoisonne et que 1 orgueil corrompt , Darius , comme tous les princes malheureux , se voyait trahi et abandonné.

Bessus et plusieurs satrapes qui l'accompagnaient dans sa fuite formèrent une conspiration contre lui et le chargèrent de chaînes. Une seule Iroupe de sa garde , composée de Grecs, et commandée par Patron, lui resta fidèle : perdant l'espoir de le sauver, elle se sépara des conjurés.

Alexandre, s'arrachant aux délices de Persépolis afin de poursuivre Darius , était près de l'atteindre. Bessus et ses complices abandonnèrent leur maître après l'avoir percé de flèches. Ce prince, mourant, fut secouru dans ses derniers moraens par le Macédonien Polystrate.

Aussi touché de la générosité de ses ennemis qu'indigné de l'ingratitude de ses sujets , son dernier vœu fut pour Alexandre. Il mourut en lui souhaitant le trône du monde. Ainsi finit l'empire des Perses , fondé par Cyrus : il avait duré deux cent six ans, sous treize rois.

Alexandre , après avoir vaincu les traîtres et soumis plusieurs peuples , vengea Darius , et livra Bessus à la juste fureur de Sysigambis. Révoited Pendant qu'il consommait, au milieu de l'Asie , Bi*en3d£m0~ cette grande révolution, les Lacédémoniens, ayant appris qu'Antipater faisait la guerre aux peuples de la Thrace , voulurent secouer le joug des Macédoniens. Ils soulevèrent le Péloponèse , et rassemblèrent une armée de vingt-deux mille hommes. Antipater marcha contre eux avec quarante mille guerriers.

Les deux armées se livrèrent une bataille sanglante. Le général macédonien , ne pouvant enfoncer les Spartiates, les attira par une feinte retraite dans une plaine où toutes ses forces pou-

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vaient se développer : là, s'arrêtant tout à coup , il les déborda, les entoura et les battit complètement. Le roi Agis, après des prodiges de valeur, fut tué. Cette journée coûta trois mille hommes ;i Sparte , et détruisit sa puissance.

Antipater rendit à Alexandre un compte très-modeste de sa victoire pour ne pas exciter sa jalousie.

Cette réserve prudente était nécessaire; le temps et le succès augmentaient les défauts d'Alexandre, et atténuaient ses vertus.

Philotas , l'un des généraux les plus distingués D, f ort dc

' o J. o rhilolas et

de l'armée macédonienne , montrait un orgueil ?j0^.armé~ qui accompagne trop souvent la gloire militaire. Envahi le vieux Parménion, son père , lui disait : « Mon fils, fais-toi plus petit; » il humiliait ses rivaux par sa jactance , et frondait même souvent les opérations et les actes du roi.

Ses ennemis profitèrent de ses imprudences pour le rendre suspect; ils l'accusèrent de conspiration. Alexandre, oubliant tous ses services, le fit mourir.

11 est rare qu'un crime n'en enfante pas d'autres : il craignit que Parménion ne vengeât son fils, la vertu, la vieillesse, la fidélité, les talens militaires de cet illustre général , loin d'arrêter la violence du roi , l'affermirent dans sa barbare résolution de se défaire d'un grand homme dont il redoutait le crédit sur l'armée.

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